CHAPITRE XI
La fonction de reproduction est de toutes les fonctions organiques celle que la nature a voulu assurer avec le plus de certitude. Le système nerveux est tellement imprégné, si j'ose ainsi parler, de Tinstinct sexuel, qu'il n'est pas une de ses parties qui n'entre en jeu pour concourir à Taccomplissement de cette fonction. Aussi, suivant que telle ou telle partie de Taxe cérébrospinal a perdu son équilibre, suivant qu'une irritation se porte sur la région lombaire de la moelle épinière ou sur les circonvolutions postérieures du cerveau, ou bien sur les circonvolutions antérieures, qui jouent des rôles divers dans la mise en œuvre de l'instinct de reproduction, voit-on se produire des troubles de l'innervation génitale.
Précocité de l'instinct sexuel. — Non seulement chez un certain nombre d'idiots et de dégénérés de la dernière catégorie, mais encore chez quelques enfants d'une constitution en
apparence normale, on voit se produire une précocité singulière de l'instinct sexuel, due exclusivement à l'excitation spontanée du centre génito-spinal. Les auteurs fourmillent d'exemples de ce genre.
Parent-Duchatelet (i) rappelle l'histoire d'une petite fille de quatre ans dont le cynisme naïf et les habitudes déréglées stupéfiaient ceux qui l'approchaient.
Marc (2) cite une enfant de huit ans atteinte de fureur génitale.
On doit à Zambaco (3) l'observation de deux petites filles d'une dépravation inouïe.
Lasègue (4) a vu des enfants contracter des habitudes vicieuses à l'âge de deux ans et même de dixhuit mois.
Magnan rapporte l'histoire d'une fille de sept ans, née d'une mère névropathe et d'un père alcoolique qui n'avait d'autre préoccupation que de satisfaire ses mauvais instincts et qui déjouait, pour arriver à ses fins, les précautions les plus intelligentes.
Disons tout d'abord qu'il ne s'agit pas, dans ces divers exemples, d'habitudes vicieuses acquises, dues à une mauvaise éducation, à de pernicieux exemples, mais d'une dépravation spontanée, morbide; d'un fait qui échappe au domaine de la morale, et est exclusivement du ressort de la pathologie nerveuse. En veut-on un exemple ?
(i) Parent-Duchatelet, Afin, d'hy g. et de méd. lég., i838.
(2) Marc, De la Folie considérée dans ses rapports avec les questions judiciaires, Paris, 1840.
(3) Zambaco, Encéphale, 1881.
(4) Lasègue, Études méd,, Paris, 1884.
Nous avons donné nos soins à une vieille névropathe de soixante-douze ans qui, depuis sa première jeunesse, était sujette à des troubles nerveux de diverse nature. Remarquant chez elle certains mouvements bizarres, comme spasmodiques, de la région moyenne du corps et des membres inférieurs, nous lui en demandâmes la cause, et voici quelle fut sa réponse : « Dès l'âge de quatre ou cinq ans, — je ne sais comment cela m'est venu, nous dit-elle, car personne ne me l'a appris, — j'ai ainsi pris l'habitude de ces mouvements qui me procuraient un sentiment très vif et très particulier de plaisir. Depuis cette époque, malgré une existence active, malgré le mariage et les enfants, malgré la honte que m'inspire cette pratique, je n'ai jamais pu m'en débarrasser complètement. »
Pour n^être pas toujours aussi monstrueusement prématuré^ Tinstinct sexuel se réveille encore trop tôt chez bien des adolescents et leur fait contracter de pernicieuses habitudes. Ce n'est point non plus chez eux le résultat d'une lubricité précoce. C'est en vain que les parents, que certains médecins même, considérant les pratiques déréglées de ces enfants comme l'effet d'un vice non seulement odieux et méprisable, mais encore dangereux pour leur développement physique et moral, s'ingénient à les combattre par tous les moyens que leur offre la pédagogie et la médecine. Ils ne tardent pas à comprendre, non sans désespoir, que tout leur système de coercition et de thérapeutique médicale et morale reste privé d'efficacité.
— Mais laissez donc cet enfant tranquille, s'écrie avec raison et bon sens Lasègue ; d'abord cette habi-
tude contre laquelle vous venez buter grossièrement n'a pas les conséquences déplorables que vous lui attribuez; de plus, elle n'est elle-même que la manifestation d'un état maladif, d'une névrose à laquelle il faut vous adresser, si vous voulez faire de la thérapeutique quand même.
Faisons plutôt de l'hygiène. Eloignons de ces enfants toutes les causes susceptibles d'exciter rirritabilité des organes ; la malpropreté, les inflammations muqueuses et cutanées qui peuvent les atteindre, les vers intestinaux et surtout les oxyures, qui séjournant de préférence dans la partie inférieure du tube digestif, y déterminent un prurit dangereux. Plus tard, quand l'enfant aura pris de la force, qu'on le soumette à un entraînement physique bien dirigé, qu'on dérive sur tout l'axe cérébro-spinal le courant nerveux qui tend à se polariser dans un point localisé de la moelle. Les divers exercices du corps, la marche, la gymnastique, l'escrime, la natation, l'hydrothérapie rempliront ce but. On laissera de côté réquitation, qui peut occasionner de la compression et des froissements des parties sexuelles, et réveiller l'habitude morbide. Cest ainsi que des actes feront plus que des paroles, et que deux ou trois heures d'exercice quotidien viendront à bout simplement, sans bruit, sans pompe, de ce que les spécifiques les plus solennels de la morale ne peuvent faire. Si 1 hygiène échoue, ce qui arrivera dans certains cas, il n'y aura plus qu'à se résigner et à attendre.
Excitation anormale des organes sexuels Ghez les adultes. — H est fréquent de ren-
contrer des perversions sexuelles qui se rattachent à la diathèse névropathique. Ici encore, il est bon de faire remarquer que, si la perversité morale est responsable de beaucoup de penchants vicieux et d'écarts de conduite, elle n'a rien à voir avec les faits qui vont nous occuper et qui relèvent de la pathologie.
Ce n'est pas seulement dans l'enfance et l'adolescence que l'on rencontre une excitation anormale des organes génitaux : les adultes y sont également soumis. On Tobserve souvent comme symptôme prémonitoire de certaines maladies graves du système nerveux. Elle est fréquente chez les personnes qui sont menacées d'une affection de la moelle épinière, le tabès dorsal ou ataxie locomotrice; elle n'est pas rare au début de la paralysie générale, aussi bien chez les femmes que chez les hommes^ et cause une salacité qui étonne, parce qu'elle est fort souvent en contradiction avec les habitudes et le tempérament habituel des individus. Elle n'est pas absolument rare chez quelques psychopathes à certaines périodes de leur maladie (i).
Mais l'excitation génésique existe aussi, non pas à titre de phénomène accessoire, mais de trouble principal ; elle peut même dans certains cas constituer à elle seule une forme de névropathie.
Certaines personnes sont poussées par un besoin irrésistible et toujours inassouvi à se livrer aux plaisirs sexuels.
(i) A. Gullerre, Des perversions sexuelles che^ les perse' cutés' (Ann. méd.-psychol., i885, t. II.)
« On croit généralement, dit Lasègue, que ces individus sont des hommes chez lesquels le sens génital est très développé. On a la plus grande tendance à considérer ce vice comme le résultat d'une ardeur exubérante, qui ne trouve pas à se satisfaire par des procédés normaux. C'est une erreur : la multiplication de l'acte génital ne prouve nullement l'aptitude génitale exagérée. Un homme qui urine toutes les cinq minutes n'est pas un homme qui urine bien; un homme qui mange souvent n'est pas un homme qui mange bien. Il en est de même du fait de répéter d'une manière abusive l'acte génital; cela implique une erreur, une aberration bien plus qu'une supériorité du sens. »
Il est enfin une autre catégorie de ces névropathes chez laquelle Torgasme a lieu spontanément, sans provocation d'aucune sorte.
Une malade que nous avons soignée pour une névropathie générale, survenue à l'occasion de la ménopause, était prise plusieurs fois par jour de gonflement du ventre et de douleurs analogues à celles de l'accouchement, auxquelles succédaient sans transition des spasmes qui la jetaient dans la confusion et lui inspiraient des scrupules désolés.
M. Magnan (i) cite le cas d'une dame de trentecinq ans, musicienne distinguée, mais névropathe, gastralgique, mal équilibrée. Depuis douze ans, elle était en proie, par périodes, à un éréthisme qui ne cédait que difficilement aux ablutions froides.
Chez les hommes, on constate des phénomènes d'excitation de même nature. L'auteur que nous venons de citer a donné ses soins à un
(i) Magnan, Ann. méd. psychoL, i883, t. I,
A. GULLEHRE. 2 3
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névropathe de cinquante-cinq ans, qui, depuis plusieurs années, ne cessait de se lamenter sur un état contre lequel la plupart des moyens ordinaires étaient impuissants.
Contre de pareils troubles, quand ils ne sont pas encore passés à l'état de mal irrémédiable, l'hygiène offre, comme précédemment, l'action dérivatrice des exercices corporels énergiques, rhydrothérapie, les ablutions froides, intus et extrsi, dont l'effet est à la fois tonique et antispasmodique, les distractions saines, le conseil de fuir toutes les occasions de subir quelque excitation psychique, qui ne manquerait pas de retentir péniblement sur l'organisme et de redoubler les accidents nerveux qu^il s'agit de calmer, enfin un régime sobre et frugal, constitué conformément aux règles que nous avons posées.
C'est en vain que, cédant à des conseils inintelligents ou aux suggestions du désir inassouvi qui les ronge, ces névropathes chercheraient, dans une cure a5 homine ou a feminà.^ le calme physique, sinon le repos moral. Les approches sexuelles sont sans influence sur l'apaisement de cet éréthisme. Ils trouveraient dans cette pratique, sinon une recrudescence dans leurs tourments, du moins des ébranlements nouveaux et le dépérissement progressif de leur santé si fort ébranlée.
Frigidité, impuissance. — La frigidité absolue est une mfirmité et n'intéresse que la tératologie. Il n'en est pas de même de la frigidité intermittente^ qui se manifeste toujours
d'une façon intempestive, et qui cause à ceux qui en sont atteints les angoisses les plus humiliantes et un véritable désespoir.
Ce trouble nerveux est plus commun qu'on ne pourrait croire; il a donné lieu jadis à une foule de fables et de procès où une verve gauloise trouverait ample matière à s'exercer. On l'attribuait à Tenvoûtement, aux sortilèges, aux maléfices des noueurs d'aiguillettes, et il servait de prétexte à la cérémonie rabelaisienne du Congrès (i). Tantôt il survient chez des personnes relativement bien portantes; tantôt il complique divers autres troubles névropathiques et psychopathiques. Nous en avons cité des exemples chez des individus atteints de délire chronique (2).
a J'ai vu avec M. Charcot, dit M. Magnan, un jeune homme, appartenant à une famille de névropathes, qui, à certaines périodes, sans fatigues préalables, sans causes physiques ni morales appréciables, se trouvait impuissant à toute approche sexuelle. Cette situation le préoccupait tellement que, renonçant à un mariage projeté, il s'était retiré dans ses terres, décidé à en finir. On le surprit assis à son bureau, écrivant ses dernières volontés, un revolver chargé à côté. Un de ses frères, marié et père de six enfants, m'a avoué que, de tout temps, il avait été obligé de subir les caprices de ses organes. Les circonstances les plus favorables, l'attrait le plus vif, les désirs les plus ardents restaient parfois lettre morte
(i) Voy. David Richard, Histov^e de la génération che:^ r homme et che:^ la femme, Paris, i88?. (2) A. Gullerre, lac. cit.
devant cette impuissance que rien ne justifiait. Mais à rinverse de son frère il prend, dit-il, gaiement la chose, il en rit avec sa femme et s'entretient d'un autre sujet en attendant le bon vouloir de ses sens. »
Ce névropathe de bon sens doit être offert en exemple à tous ses pareils; c'est à peu près la seule prescription que Thygiène puisse appliquer à ce cas étrange, en dehors des recommandations générales qui conviennent à tous les troubles du système nerveux.
Autres aiierrations sexuelles. — Les perversions sexuelles qu'il nous reste à passer en revue sont surtout psychiques, et quelques-unes même rentrent dans le cadre des psychopathies pures.
En premier lieu nous mentionnerons Tétat mental caractérisé par V inversion du sens génital, dans lequel, au mépris des lois naturelles, un sexe se sent irrésistiblement attiré vers le sexe de même nom. Il s'agit d'un trouble nerveux antérieur à toute dépravation accidentelle, indépendant de toute éducation vicieuse, de tout exemple pernicieux. C'est, en quelque sorte, un cerveau de femme qui s'est congénitalement développé dans un crâne d'homme, ou un cerveau mâle dans un crâne femelle, de telle sorte que, dès la première enfance, ces sujets éprouvent instinctivement, sans s'en rendre compte, sans en avoir conscience, une attraction sympathique qui les porte vers les personnes de leur sexe.
Ce trouble psychique est compatible avec une inteUigence bien douée sous d'autres rapports,
et dans les travaux consacrés à cette névrose, on peut voir qu'elle n'épargne aucun sexe, aucune classe de la société.
« Ma sensualité, dit un professeur de Faculté, s'est manifestée dès l'âge de six ans... Les hommes jeunes, beaux et forts provoquent toujours chez moi une vive émotion; une belle statue d'homme me produit le même effet; V Apollon du Belvédère me fait beaucoup d'impression. Quand je rencontre un homme dont la jeunesse et la beauté provoquent ma passion, je suis tenté de lui plaire... Quant aux femmes, si belles qu'elles soient, elles n'ont jamais fait naître en moi le moindre désir (i). »
Des aberrations analogues ont été signalées chez quelques femmes.
Westphal et Gock ont observé deux jeunes filles qui, dès leur jeune âge, aimaient à s'habiller en garçon, à jouer aux jeux de garçons, rougissaient auprès des autres jeunes filles, éprouvaient le désir de leur faire la cour et de leur prodiguer des caresses.
Ces perversions spontanées ne s'arrêtent pas toujours à l'amour platonique.
Cette singulière déviation névropathique se présente rarement seule ; elle n'est que Panneau d'une chaîne constituée par une série de troubles intellectuels et moraux qui se déroule pendant toute l'existence.
Quelque singulière qu'elle soit^ elle paraîtrait
(i) Charcot et Magnan, Invershn du sens génital. {Archiv. de neurol., 1882.) — Voyez aussi Kquss, Des aberrations du sens génésique. (Ann. d'hyg. publique et de yyiéd. lé g., Paris, 1886, t. XVI, p. i25, 23g et 3og.)
compréhensible à côté d'aaires dont nous nous dispenserons de parler, parce qu'elles sont tout à fait en dehors du domaine de Thygiène.
Que dire encore de la singulière aberration génitale de ceux que Lasègue a désignés sous le nom d'exhibitionnistes !
« La première pensée, dit-il, est qu'il s'agit d'un homme vicieux ayant épuisé les débauches et réduit aux dernières ressources des excitations impuissantes. L'enquête prouve surabondamment qu'il n'en est rien. Le prévenu a les antécédents les plus honorables. »
On en peut dire autant de la plupart des infortunées vicumes du mal névropathique que nous venons de passer en revue. La plupart souffrent profondément d'une dépravation instinctive dont elles se sentent innocentes et dont elles conjurent la science de les débarrasser. Si quelques-unes en sont complices et se sentent pour leurs passions maladives une certaine complaisance, c'est qu'elles ont un pied dans la maladie et l'autre dans le vice, deux choses qui se confondent plus souvent qu'on ne croit.
A tous ces déséquilibrés, Thygiène n'a toujours que le même conseil à donner : une vie active, l'exercice musculaire poussé jusqu'à la fatigue, un régime sévère, et l'abstention de tout excès.
Excès sexuels, leurs conséquences. — Ne fait pas des excès sexuels qui veut. Il faut une certaine prédisposition maladive, qui sans être toujours aussi accentuée que chez les sujets dont nous avons parlé, n'en est pas moins très réelle*, prédisposition d'ailleurs d'origine variable, tantôt purement organique, tantôt organique et psychique à la fois, tantôt enfin purement intellectuelle.
Si en effet, la plupart des personnes d'un tempérament nerveux sont portées à abuser des plaisirs sexuels, beaucoup le sont tout autant par suite d'une incitation intellectuelle qu'à l'occasion d'un éréthisme organique. Les écarts d'une imagination vive et parfois déréglée, une orientation trop contmuelle des idées vers les choses de l'amour^ l'oisiveté, les lectures erotiques, contribuent à développer et à maintenir une excitation dangereuse des organes.
Quoi qu'il en soit de la cause de ces excès, leurs conséquences sont toujours à peu près les mêmes. Mais, pour employer l'expression d'un hygiéniste distingué : « Où commence l'excès, où finit l'usage ? » On ne saurait répondre d'une façon catégorique à cette question, et il n'y a
pas, en pareille matière, de commune mesure applicable à tous.
D'une façon générale, on peut dire que les abus extra-naturels, tels que les excitations directes, les rapports incomplets causent un énervement plus rapide, plus profond, avec retentissement plus grave sur les facultés intellectuelles que les excès de l'acte simple. Ainsi il est rare que ce dernier genre d'excès, si commun dans les premiers temps du mariage, soit suivi d'accidents bien graves, chez les gens en bonne santé, et à peine voit-on quelques cas de neurasthénie se produire dans ces circonstances parmi les personnes prédisposées. Encore, chez celleslà, les approches sexuelles, même modérées, se sont-elles de tous temps montrées nuisibles.
Bouchut cite l'exemple d'un malade doué d'une imagination ardente, à tendances mélancoliques, qui, dès son adolescence, était tourmenté pardes rêves lubriques accompagnés de spasmes et d'une grande fatigue nerveuse. Il finit par tomber dans un état de neurasthénie que le moindre écart de régime et surtout les rapprochements conjugaux aggravaient à un point extraordinaire (i).
En dehors de ces conditions anormales, on a beaucoup exagéré les effets fâcheux des abus sexuels. Leur danger vient surtout de ce que, le plus souvent, ils coexistent avec d'autres causes d'énervement et de débilitation organique auxquelles ils viennent apporter un appoint. Les
(i) Bouchut, Du nervosisme aigu et chronique, Paris, 1877.
sombres et tragiques tableaux des effets de l'incontinence, dans lesquels se complaisent certains écrivains d'une science peu recommandable, n'ont d'autre but que d'exciter la curiosité en frappant les imaginations crédules.
Cependant, de tous temps les médecins ont reconnu que les plaisirs sexuels n'étaient pas favorables aux constitutions nerveuses. Quibus enim 7iervi dolent , semper Venus inîjnica, disait Celse. Le danger est surtout grand si les énervés qui se livrent à cet. abus, s'adonnent en même temps avec ardeur aux travaux de l'esprit. Alors, selon Réveillé-Parise(i), la vie, attaquée de toutes parts, se consume avec une extrême rapidité.
Si aux abus sexuels et aux excès de travail intellectuel viennent se joindre les excès alcooliques, les conséquences sont encore plus désastreuses, et la neurasthénie est inévitable, quand la paralysie générale ne vient pas terminer la scène.
En dehors de ces conséquences capitales des excès sexuels, s'en rencontrent quelques autres d'une gravité moins fatale, quoique considérable : ce sont les perturbations fonctionnelles des organes génitaux spéciales à l'homme; les pollutions et la spermatorrhée, dont les conséquences sont souvent des plus graves au point de vue de la santé générale.
Pollutions. — L'émission involontaire de la
(i) RéveUlé-Parhe, Physiologie et Hygiène des hommes livrés aux travaux de Vesprit. Paris, 1881.
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liqueur séminale est un accident commun à beaucoup de personnes névropathiques ou simplement nerveuses. Elle peut survenir sans raison évidente, sans nécessité, avec une fréquence de plus en plus grande, et sans les circonstances qui accompagnent ordinairement une pollution légitime. Au début, ce trouble fonctionnel ne se produit que lorsque Tesprit a été tourmenté par des obsessions erotiques persistantes; mais peu à peu il survient sous l'influence de la cause la plus insignifiante , la chaleur et la mollesse du lit, la plénitude de la vessie, le sommeil sur le dos , l'ingestion de thé ou de café (Michel Lévy), et même, finalement, sans motif appréciable.
Les pollutions ne surviennent pas seulement chez les névropathes qui font abus des rapprochements sexuels, on les rencontre encore soit à titre de symptôme d'une maladie du système nerveux, soit comme simple manifestation d'un état névropathique. Dans ce cas, elles peuvent disparaître spontanément ou être remplacées par quelque autre trouble des fonctions nerveuses. Il n'est pas rare, en effet, de voir des pollutions réitérées se produire pendant un certain temps, puis disparaître pour revenir à plusieurs reprises chez le même névropathe.
Mais elles peuvent aussi se montrer consécutivement aux écarts d'une imagination sans cesse accaparée par des pensées, des lectures ou des images erotiques qui occasionnent une excitation factice des organes génitaux. Elles sont encore une conséquence d'habitudes vicieuses,
et sont alors d'une gravité exceptionnelle, car elles conduisent à la spermatorrhée chronique.
Spermatorrliée. — Presque tous ceux qu^atteint cette infirmité sont des individus qui, par suite de cette faiblesse irritable des organes dont nous avons parlé, se sentent irrésistiblement portés à renouveler sans cesse Pacte, surtout par les moyens illicites. Peu à peu, l'émission spermatique devient involontaire; elle se produit le jour à propos de la miction, de la défécation, d'une pensée obscène, de la vue d'une figure ou d'une image provocante; la nuit, soit à l'insu du malade, qui ne s'en aperçoit qu'au réveil, soit au milieu de cauchemars et de rêves tragiques. Il en résulte un énervement, une fatigue qui conduisent presque toujours à la neurasthénie.
D'une façon générale, selon Lasègue , si on se donne la peine d'examiner ces malades au point de vue cérébral, on les trouve inférieurs à la moyenne de leurs semblables, et on constate qu'ils sont incapables d'arriver à une situation sociale quelconque. C'est dans cette population que se recrute toute la catégorie des individus qui, entre dix-huit et quarante ans, ont des pertes nocturnes involontaires. Cet accident devient pour eux un trouble immense, une véritable calamité qlii empoisonne leur vie. Chaque fois qu'ils l'éprouvent, ce qui arrive plus ou moins souvent selon la gravité de la maladie, ils deviennent sombres, mélancoliques : ils ne peuvent se livrer à aucun travail sérieux et déclarent qu'ils ont des étourdissements ou d'autres phénomènes morbides; dans tous ces accidents, dont quelques-uns sont réels, il y en a un grand nombre d'imaginaires.
3l6 LES FONCTIONS SEXUELLES
L'hypocondrie est, en effet, la conséquence ordinaire non seulement de ce trouble fonctionnel, mais de tous les autres désordres des organes génitaux de Thomme.
Seule^ une modification radicale du tempérament par Texercice et le régime combinés peut en prévenir Texplosion. C'est de ce côté que devront être dirigés tous les efforts de la médecine et de l'hygiène.
Menstruation. — La première apparition du flux cataménial s'accompagne fréquemment de désordres nerveux plus ou moins graves. Nous avons abordé cette question à propos de l'influence de la puberté sur le système nerveux; on observe depuis le plus léger énervement jusqu'à rhystéro-épilepsie et la folie.
Chez beaucoup de femmes régulièrement menstruées, les règles sont accompagnées ou suivies de malaises, de douleurs vagues, de palpitations, de syncopes, de fièvre, de troubles des sens et d'un agacement qui les rend irritables et d'une humeur difficile (i). Tous ces phénomènes caractérisent un faible degré de ner-
(i) Bouchut, Du Nervosisme, 2® édit.
vosisme, et il suffit souvent d'un dérangement dans la fonction périodique pour amener des accidents plus graves du côté du système nerveux.
U améiiorrhée , c'est-à-dire l'absence ou la suppression des règles, est presque toujours l'occasion de troubles névropathiques sérieux. On cite même des cas de mort consécutifs à une fièvre nerveuse causée par l'aménorrhée.
Bouchut fournit Tobservation d'une jeune fille de quinze ans qui éprouva une suppression des règles à la suite d'une vive frayeur. Au retour de l'époque suivante, elle fut prise de malaises, d'engourdissement des membres, de mouvements convulsifs, d'un spasme prolongé de la gorge. Elle succomba au bout de quelques jours : l'autopsie démontra que ces troubles nerveux avaient occasionné la mort sans laisser aucune trace matérielle de leur présence.
L'aménorrhée des très jeunes filles cause surtout l'hystérie et la folie impulsive.
Nous avons soigné une jeune fille qui, à chaque retour de l'époque où elle aurait da avoir ses règles, allumait un incendie.
Une autre, de dix-sept ans, non encore réglée, éprouvait à des périodes irrégulières des raptus sanguins vers la tête, des troubles nerveux multiples, des hallucinations de l'ouïe, de l'anxiété, de l'angoisse, des idées fixes, et enfin des impulsions irrésistibles du caractère le plus dangereux.
L'époque du retour des règles chez les femmes nerveuses sera donc surveillée avec grand soin. On évitera les émotions, les frayeurs, Tac-
9l8 LES FONCTIONS SEXUELLES
tion des intempéries, les grandes fatigues physiques et intellectuelles. Chez les jeunes filles mal réglées, l'exercice, la gymnastique, l'hydrothérapie, les bains de mer seront des plus efficaces pour rétablir l'équilibre des fonctions organiques, troublé par une distribution inégale et capricieuse de l'innervation.
On désigne sous le nom de dysménorrhée un trouble de la menstruation qui consiste dans la lenteur, la difficulté et lïrrégularité des règles, et qui s'accompagne de douleurs dans Pabdomen et les lombes, de névralgies utérines et de symptômes hystériques. Très fréquemment causée par des maladies des organes de la génération, la dysménorrhée est parfois purement nerveuse et spasmodique. Elle se rencontre alors surtout chez les jeunes filles dont les règles apparaissent de très bonne heure, mais s'établissent mal. La fonction ne s'exerce que par soubresauts de l'économie, par caprices, pour ainsi dire; tantôt en ne revenant qu'après plusieurs mois d'intervalle, tantôt en faisant explosion toutes les deux ou trois semaines. Une première fois le flux sera insignifiant ; à l'époque suivante, il prendra les caractères d'une métrorrhagie. Les soins hygiéniques que réclament ces désordres sont les mêmes que ceux de l'aménorrhée. Si on néglige de les combattre, ils s'établissent dans l'économie, y prennent droit de cité, y causent d'abord du nervosisme, des vapeurs, des accidents hystériques ; puis surviennent des troubles de la sensibilité morale, des idées bizarres, des impulsions déraisonnables, enfin, dans quel-
FONCTIONS PROPRES A LA FEMME Sic
ques cas, les symptômes de la folie véritable. La dysménorrhée nerveuse se rencontre aussi à une époque plus avancée de la vie utérine : le sujet étant délicat, nous nous abriterons derrière l'autorité d'un gynécologiste distingué.
L'irritation de l'appareil génital, dépendant d'un excès des fonctions sexuelles ou d'un manque de satisfaction de l'instinct génésique, dit le professeur Courty, n'est pas sans influence sur son développement; c'est pour cela qu'on l'observe fréquemment, d'une part chez les personnes de mœurs légères, de l'autre chez les vieilles filles ou les jeunes veuves (i).
Ces indications sont suffisamment claires ; elles nous dispensent de tout commentaire. Il en est de même des suivantes, qui concernent la précédente catégorie de dysménorrhéiques :
« Dans certains cas, l'usage modéré des rapprochements peut avoir une influence heureuse sur l'évolution de la dysménorrhée et contribuer à amener la disparition [des accidents. C'est ainsi que le .mariage peut être conseillé pour les jeunes filles chez lesquelles les phénomènes douloureux accompagnant la période menstruelle sont le résultat de ce développement incomplet de l'utérus qui entrave la congestion physiologique cataméniale et crée un obstacle physique au boursouflement régulier de la muqueuse et à l'issu du flux sanguin. Les excitations sexuelles ont pour effet, chez elles, d'augmenter la vitalité des organes de la génération, de leur permettre d'achever leur développement jusque-là imparfait, et enfin de donner à la fonction ovarienne le stimulus suffisant
(i) Courty^ Traité pratique des maladies de Vutériis.
pour que la ponte spontanée s'accomplisse périodiquement sans efforts (i). »
Grossesse. — Il est inutile d'insister sur le rôle que joue la grossesse au point de vue des troubles du système nerveux. S'ils sont légers chez la plupart des femmes, il en est quelquesunes chez qui ils prennent des proportions inquiétantes.
L'éclampsie — cette forme si grave des convulsions qui survient pendant la grossesse et surtout pendant les couches — n'est pas toujours le résultat d'une lésion dyscrasique du sang; elle relève parfois de la prédisposition névropathique. Après une première grossesse malheureuse , traversée d'accidents nerveux trop pénibles, il sera sage de ne pas [s'exposer à une seconde fécondation; c'est le seul conseil que puisse donner l'hygiène dans une conjoncture qui relève surtout de la thérapeutique.
Suites de couclies. — La forme névropathique la plus grave qu'on observe après les couches est Tahénation mentale. Assez rare dans le cours de la grossesse, elle est commune après les couches, et un peu moins pendant l'allaitement (2). D'après les statistiques, on peut admettre comme démontré que 60 pour 100 des cas de folie puerpérale se développent à la suite de l'accouchement : 3o pour 100 pendant la
(i) A.. Petit, Dict.encyclop. des se. méd. v^ sér., t. XXXI. — Voyez aussi Gallard, Leçons sur la menstruation, Paris,
(2) Voyez Marcé, Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices, Paris, i858.
période de rallaitement, et lo pour loo seulement pendant la grossesse. Les accès de folie antérieurs sont naturellement une cause prédisposante énergique. Sur 44 malades, nous en avons trouvé i3 qui avaient déjà eu de un à quatre accès d'aliénation mentale. Mais s'il est des femmes qui ont été aliénées avant d'accoucher, il en est, et même beaucoup, qui ont eu des couches plus ou moins nombreuses sans avoir éprouvé aucune atteinte psychopathique. Morel déclare mêaie avoir vu la folie consécutive à Taccouchement survenir bien plus sûrement après le troisième ou le quatrième accouchement qu'après le premier. L'alfaiblissement de l'organisme, l'épuisement et l'anémie consécutifs à des parturitions nombreuses seraient donc favorables à Téclosion des accidents vésaniques. De là, pour les femmes nerveuses et ané.niques, l'indication hygiénique de ne pas s'exposer à des couches multipliées.
Allaitement. — L'allaitenijut prolongé est une cause d'épuisement organique dont le retentissement se fuit souvent seniir sur le système nerveux. Les accidents le plus communément observés sont ceux Je la neurasthénie, puis viennent les formes dépressives des psychoses et l'hystérie. On ne devra pas attendre, pour supprimer la lactatioa et restaurer Téconoaiie, l'explosion des symptômes morbides qu'il est dans la plupart des cas facile de prévoir et par conséquent de prévenir.
A. CULLEURE. iNeRV. 21
322 l'intelligence