Concil., app. p
2, Concil., app. p. 882.
474 NESTORIUS ET EUTYCIIÈS.
les Églises un mal non moins grand qu’elle, la délation. Des diacres mécontents, des prêtres ambitieux, accusaient à chaque instant leurs évêques, qui avaient souscrit, de ne l'avoir fait que de la plume et non du cœur, de tenirles mêmesproposqu'auparavant; leschefs de la faction les dénonçaient à leur tour aux magistrats comme des schismatiques relaps et des parjures. Il n’y avait plus ni confiance, ni fraternité chrétienne, ni unité au sein des Églises : c'était bien l'abomination d'Égypte, comme disait Alexandre d’Hiérapolis.
Les livres de Nestorius étaient, comme on le pense bien, l’objet de recherches inquisitoriales dans lesquelles on intéressait la conscience des dépositaires en même temps que la sûreté de leur personne ou de leurs biens. L’excommunication atteignait même les simples lecteurs. Bientôt l’inquisition passa des livres de Nestorius à ceux de son maître, Théodore de Mopsueste. Déjà une première aitaque avait été dirigée contre le vieil évêque au concile d’Éphèse, et Cyrille le trailait maintenant « d’hérétique plus impie et plus blasphémateur que les païens et les Juifs. » Les fanatiques commençaient à s’acharner sur ce prétre aveugle ct infirme, quand Dieu le rappela à lui et lui permit de mourir dans la paix de l’Église. Mais sa mémoire restait vénérée en Orient, et on poursuivit la guerre contre elle, Théodore était à peine enfermé
4. Theodorum et hæreticum et impium ct super paganos et super Judæos blasphemum ostendchat. Concil,, V, p. 4817.
dans la tombe qu'un libelle parvint à l'Empereur, signé de plusieurs évêques d'Arménie ct conçu en ces termes : « un homme à existé, ou plutôt une bête féroce avec une figure diabolique d'homme, prenant faussement le nom de Théodore — c'est-à-dire don de Dieu — qui avait l'habit et le nom d'évèque!; né à Mopsueste, ville méprisable de la seconde Cilicie, descendu principalement de Paul de Samosale, quoiquil ait emprunté des paroles à Photin ; il était si rusé et si hardi qu'il voulait faire périr tous les hommes par la piqûre et le venin de sa langue de serpent”... »
La conclusion de ce libelle insensé était qu'on lui fit son procès dans la tombe, qu'on anathématisât son nom, qu'on brûlàt ses livres. En même temps que le pamphlet des Arméniens, on en vit apparaître un autre qui demandait la même condamnation posthume contre le nom ct les écrits de Diodore de Tarsc, mort depuis plus longtemps. Le prétexte de ces sévices contre des tombeaux était que, depuis la condamnation des livres de Nestorius, les hérétiques nestoriens les remplaçaient par ceux de ces deux évêques, chez lesquels ils trouvaient d'apparentes analogies de principes, Les deux évêques dont on incriminait les ouvrages avaient été dépendants du patriarcat de Syrie et étaient nés tous
4. Fuit aliquis pestifer homo, magis autem fera, hominis habens #formam diabolicam, mentito nomine Thcodorus, qui schema ct nomen @piscopi habuit. Concil., V, p. 463.
2, Iste per machinatiouem ct audaciam et errorem diaboli volcbat omnes nomines acuta sua sicut colubri lingua. et veneno quod sub Tingua aspidis est, deperire, Concil., V, p. 464.
deux à Antioche: il y avait là de quoi faire réfléchir. Aussi avant que l'Empereur eût rien décidé, l’archevêque de Constantinople — c'était alors l’éloquent et honnête Proclus, qui avait succédé à Maximien — envoya les libelles à Jean d'Antioche pour le mettre au courant de ce qui se tramait.
Jean n’était plus l’homme ardent, inflexible, qui avait ouvert la bataille contre les anathématismes et préféré le schisme à l'acceptation d’une doctrine jugée funeste à la foi. Cédant aux menaces de Théodose, qui voulait la paix à tout prix dans l’Église parce que la guerre le fatiguait, il s'était rapproché de Cyrille. L'Égyptien, de son côté, avait fait quelques concessions pour désarmer le prince. Mais cette réconciliation déplaisant à une partie du clergé d’Antioche, un nouveau schisme s'était créé dans l’Église syrienne.
C'est au milieu de ces embarras que parvint à Jean l'avertissement d’un procès en règle instruit contre la mémoire de Théodore de Mopsueste et d’un autre contre celle de Diodore de Tarse, ces deux enfants de la ville d’Antioche, ces deux illustrations de son Église, le premier surtout. Jean, réveillé comme en sursaut au milieu de cette paix trompeuse, s'empressa de réunir un synode d'Orientaux, où il fut décidé qu'on soutiendrait jusqu’au bout près de l'Empereur, près des Églises d'Orient et en face de la chrétienté tout entière, l'honneur d’un serviteur de Dieu mort saintement après avoir saintement vécu, « qui, disaient les Pères du synode, avait enseigné avec gloire pen-