LIVRE IV
Théodose, et le ministre fut perdu ; sa protectrice Eudocie venait de tomber en disgrâce, il tomba avec clile. A l’instigation des eunuques, redevenus tyrans, l'Empereur le dépouilla de sa préfecture et de tous ses honneurs; il le forca même comme par grâce à s'exiler dans un évêché de la Phrygie!, où ses ennemis le poursuivirent encore, répandant le bruit qu'il était païen, parce que dans ses vers il avait employé les formules mythologiques, qui constituaient alors le langage de la poésie. Dégoûté de la méchancelé des hommes, Cyrus quitta son évêché pour aller s’ensevelir dans la retraite, et disparut du monde ; mais son souvenir est resté honoré dans l'histoire.
Si l’heureuse influence d'Eudocie dota l'Empire d’un bon ministre, la crainte de Pulchérie ct le désir de l’éloigner des affaires en amenèrent un hien détestable. Théodose, en gucrre alors avec sa sœur, crut que rien ne déplairait plus à celle-ci que le retour de l'eunuque Antiochus au palais, de ce pédagogue persan donné par Lezdjerd à Théodose enfant, ctque Pulchérie avait eu hâte de renvoyer en prenant la régence. Cette expulsion, devenue un mérite aux yeux de Théodose, lui fit rappeler Antiochus, avec qui il n’avait pas cessé d'entretenir des relations. Ge calcul d'ingratilude réussit mal au prince qui s'en rendait coupable. Tandis
emisere vocem : « Constantinus condidit, Cyrus restauravit. » Niceph., XIV, 46. — Zonar., p. 35. — Theoph.,p. 83.
1. Eudocia autem, quum aula relicta, in Orientc Hicrosoly mis esset, Cyrus ab adversariis insidiis circumventus, in Phrygia Cotyei episcopus factus est. Niceph., XIV, 46. — Chron. Alexand., p. 536.
que Pulchérie, justement blessée, s'abstenait de conseils et d'observations vis-à-vis de son frère, celui-ci n'avait guère à se louer de son ministre.
Antiochus, croyant s'être construit un empire absolu sur l’inimitié du frère et de la sœur, perdit toute mesure dans son administration tyrannique, toute réserve même et tout respect à l'égard du prince, qui fut enfin obligé de s’en défaire. Après l'avoir dépouillé de sa charge et de ses titres, après avoir rendu au fisc les biens qu’il avait volés, Théodose le fit Pape, suivant l'éxpression d’un historien grec, c'est-à-dire qu’il le réduisit à la nécessité de demander par miséricorde qu’on l’ordonnât prêtre, puis il l’envoya finir ses jours dans une église de Chalcédoine. Ce ne fut pas tout: une loi rendue à son sujet exclut à jamais les eunuques de la dignité de patrice ; ce fut la seule trace du passage d’Antiochus dans le gouvernement de l’Empire d'Orient.
Un autre Antiochus, préfet du prétoire et consul, fit plus d'honneur au caractère de Théodose, et fournit à ce règne sa seule page glorieuse : il publia en 438 le code théodosien, dont la rédaction avait duré neuf années. C'était lui qui avait présidé, pendant ce long espace de temps, les deux commissions de hauts fonctionnaires et de jurisconsultes employées successivement à ce travail, dont le but était, comme on sait, de réunir en un seul corps de loi les ordonnances des divers princes qui s'étaient succédé depuis Cons-