‹ Nestorius et EutychèsChapitre 133 sur 279 · LIVRE IWY · texte numérisé non relu

LIVRE IWY

est malade et ne peut vous voir, reprirent les moines: mais que lui voulez-vous? dites-le-nous. — C’est à lui-même que nous sommes envoyés, répliquèrent les commissaires, à lui-même que nous devons remettre une citation par écrit que nous tenons en main.» Les moines entrèrent, ressortirent, firent beaucoup d'allées et venues, puis amenèrent avec eux un autre moine, nommé Eleusynius, que. l’archimandrite envoyait, disaient-ils, pour connaître ce qu'on Jui signifiait. Les commissaires du concile parurent choqués de cette inconvenance et firent mine de partir. Les moines alors semblèrent troublés ; ils se chuchotèrent à l'oreille, puis, comme prenant un parti, ils introduisirent les deux prêtres dans le bâtiment de l’archimandrite. Cette dernière scène se passait dans la cour intérieure de l'édifice. L’archimandrite était devant une table, entouré de hauts fonctionnaires de son couvent, savoir : le prêtre Narsès, son syncelle; le diacre Constantin, son apocrisiaire ; Eleusynius, un de ses conseillers, et Maxime, archimandrite d’un couvent voisin et son ami. Il tenait à la main un papier dont il voulut charger les commissaires pour le concile; ceux-ci le refusèrent, disant : « C’est à vous de venir vous expliquer vous-même. ns Il voulut leur lire ce que contenait ce papier, ils s’y refusèrent également ; il le souscrivit alors et dit qu’il le ferait remettre au concile par une autre voie. « Que

4. Nos ad illum ipsum sumus directi et scriptam jussionem complemus, et præ manibus habemus quæ ad eum scripta sunt a sancta synodo. Concil., IV, p. 200.

me veut-on ? répétait-il; je suis vieux et cassé, l’évêque et le concile le savent bien; ils savent aussi que je me suis fait une loi de ne point sortir de ce monastère, si la mort ne m’y contraint. On peut faire de moi tout ce qu’on voudra; je prie seulement que personne ne vienne pour une troisième citation, je la tiens pour faite. » Comme les commissaires allaient sortir, il les entreprit sur le dogme de l'Incarnation. « En quelle écriture, leur disait-il, trouve-t-on ces mots : deux natures? Et qui des saints Pères a dit que le Verbe ait deux natures? — Mais vous, répondit le prêtre Théophile, montrez-nous donc en quelle écriture on trouve le mot consubstantiel ? — Il n’est pas dans l’Écriture, reprit Eutychès, il est dans l’exposition des Pères. — Eh bien !ilen est de même des deux natures. » Comme il disait que le Verbe incarné est venu relever la nature qui était tombée, un des commissaires lui dit: « Quelle nature? — La nature humaine, reprit-il. — Et par quelle nature la nature humaine a-t-elle été relevée ? dirent les commissaires, — Je n'ai point appris dans l'Écriture qu'il y ait deux natures », répliqua Eutychès ; puis il s'écria : « Je ne raisonne point sur la nature.de la Divinité, et je ne dis point deux natures, Dieu m'en garde! Me voici: si je suis déposé, ce monastère sera mon tombeau *. » Ce rapport contenait des renseignements suffisants sur les opinions d'Eutychès.

4. In qua scriptura jacent duæ naturæ? Quis sanctorum patrum exposuit, Deum Verbum habcre duas naturas ? Concil., TV, p. 214.

2. Ego de deitatis natura non disputo, neque dico duas naturas : hic sum et si damnatus fuero sepulcrum mihi sit monasterium. Con-

cil., IV, p. 218.

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