‹ Nestorius et EutychèsChapitre 134 sur 279 · LIVRE IV. o · texte numérisé non relu

LIVRE IV. o

Le 16 novembre, avant l'envoi de la troisième citation, un archimandrite nommé Abraham et quelques moines d’Eutychès demandèrent à être entendus du concile et entrèrent. « Eutychès nous a envoyés, dit Abraham, parce qu’il est malade. En vérité, il n’a point dormi de la nuit, et n’a fait que gémir. Je n’ai point dormi non plus, car il m'avait envoyé quérir dès hier au soir, et il m'a chargé de vous répéter quelqu chose. » |

« Nous ne le pressons pas, dit Flavien avec bienveilance; c’est à Dieu de donner la santé, à nous d'’attendre qu'elle revienne’: Dieu nous a établis pour exercer l'humanité et non la rigueur. » Et, comme Abraham insistait pour s'acquitter de sa commission devant le concile, Flavien lui dit avec impatience : « Comment se peut-il faire, je vous prie, qu’un homme étant accusé un autre vienne parler pour lui? Nous ne pressons pas Eutychès : s’il vient ici, äl trouvera des pères et des frères. Il a soutenu autrefois la vérité contre Nestorius, qu’il vienne maintenant la défendre pour lui-même. Noussommes hommes, et de grands personnages se sont trompés; il n’y a point de honte à se repentir*?; qu’il confesse sa faute, et nous lui pardonnerons le passé; qu'il nous assure de se conformer pour l’avenir aux expositions des

4. Dei enim est dare sanitatem, nostrum autem exspectare sospitatem ipsius. Concil., 1V, p. 203.

2. Homines sumus; multi et magni scandalizati sunt,et per imprudentiam et imperitiam decepti sunt, putantes se recta sapere : pœnis tentia non affert confusionem. Concil,, IV, p. 206.

212 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.

Pères et de ne plus dogmatiser, et nous le tenons dès lors pour un frère et un ami. »

Flavien était évidemment ému en prononçant ces paroles, et, après qu’il se fut levé de son siége en congédiant l’assemblée, il dit aux moines d’Eutychès : « Vous connaissez le zèle de l’accusateur, le feu même lui paraît froid'. Dieu sait combien je lui ai préché la modération, mais je ne l’ai guère persuadé. Que puis-je faire ? Veux-je votre perte? Dieu m'en garde!»

Le lendemain de cette scène, Eutychès fit dire au concile qu'il se présenterait devant lui le lundi suivant, car il avait besoin de ce temps pour affermir sa santé. Le concile lui accorda ce délai. Plusieurs mots prononcés pendant les débats avaient donné de l'inquiétude à l'accusateur sur le dénoûment du procès, et il voulut avoir à ce sujet une explication publique. On avait parlé de repentir, d'indulgence, de pardon; on avait fait entendre que, si l'accusé, reniant ses erreurs passées, donnait pour l'avenir des garanties d’une meilleure croyance, le concile userait de clémence envers lui. Flavien, en effet, avait tenu ce langage, et Eutychès voulait déclarer, par la bouche de l’archimandrite Abraham, qu'il consentait aux expositions de Nicée et d’Éphèse, et acceptait celle du bienheureux Cyrille.

Eusèbe de Dorylée réclama, comme si une telle fin du procès devait être sa propre condamnation. «Quoi! s'écria-t-il avec véhémence, le voilà qui vient à rési-

1. Cognoscitis zelum accusatoris? Quoniam et ipse ignis frigidus illi videtur propter pietatis zelum. Concil., IV, p. 206.

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