‹ Nestorius et EutychèsChapitre 145 sur 279 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

furent alors recueillis, et sont restés précieux pour l'histoire. En voici quelques-uns.

Les notaires tachygraphes traçaient leurs notes au fur et à mesure de la discussion; à la clôture de la séance, ils les rapprochaient entre elles et composaient le compte rendu présenté à la signature des évêques, et qui devenait l’authentique des actes. La rédaction de cette pièce était faite par le chef des notaires, ou du moins sous sa surveillance directe. On y laissait non pas tout ce qui avait été dit ou fait, mais seulement es choses ayant certain caractère d'importance; par exemple, des propos échangés entre les membres en manière de conversation, et non comme des opinions déterminées, étaient omis par les tachygraphes ou retranchés lors de la rédaction définitive, souvent même le retranchement s'opérait d'après le désir des interlocuteurs eux-mêmes. IL arrivait aussi que les cris proférés par un ou quelques membres étaient recueillis comme des acclamations du concile, et si aucune observation ne s'élevait lors de la rédaction du procèsverbal définitif, ils y figuraient à ce titre, « les signatures approuvant tout », suivant l'expression du protonotaire Aétius. Ainsi les actes disaient que le concile tout entier s'était levé en criant : « Anathème à Eutychès ! » Eutychès niait le fait, et il résulta de l’enquête que quelques voix seulement avaient prononcé cet anathème, attribué faussement à toute l'assemblée.

Les paroles de plusieurs membres avaient été dénaturées ; on n’avait pas relaté des propositions positivement faites au président, et auxquelles leùrs auteurs

attachaient du prix. En résumé, la séance de la condamnation d’Eutychès avait été rendue fort inexactement. Les notaires s'excusèrent en rejetant la faute sur le désordre de l’assemblée et le bruit qui les empéchait d'entendre. Toutefois, au sortir du baptistère,

un d’entre eux, le prêtre Astérius, celui-là même qui avait lu la sentence de condamnation, prit à part le référendaire Macédonius pour lui dire, à la décharge de sa responsabilité, que les notaires avaient altéré les actes malgré lui !. Comme la séance de la commission était levée, Macédonius courut faire sa déposition chez le juge civil.

Deux points se dégageaient de la plainte d'Eutychès comme les plus considérables de tous :

1° Le refus de l’archevêque-président de recevoir l'appel de l’accusé, appel interjeté par écrit d’abord, puis verbalement, en face de l'assemblée :

2° La sentence de condamnation formulée avant le vote du concile et même avant la comparution du prévenu.

Sur le premier point, les procureurs de l’archimandrite, ne pouvant prouver qu’il eût essayé de remettre son libelle d'appel au président, n’en parlèrent point ; mais l’un d’eux, le moine Constantin, affirma avoir entendu l’appel verbal pendant qu’on lisait la condamnation. Les membres du concile siégeant à la commission déclarèrent qu’ils n'avaient rien entendu, et

1. Asterius accusabat notarios tanquam immutantes in gestis quædam cajitula. Concil., 1V, p. 24,

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