‹ Nestorius et EutychèsChapitre 155 sur 279 · LIVRE Y · texte numérisé non relu

LIVRE Y

detre de l'Empereur, ordonnant l'admission de l'archimandrite Barsumas parmi les évêques. Les officiers impériaux discoururent sur ce sujet, et la lettre du pape fut mise de côté,

C'était un jeu convenu entre ces personnages pour éluder une communication qu'ils redoutaient, car ils devinaient aisément, d’après les dispositions bien connues de Léon, que sa lettre devait contenir, avec la réprobation d’Eutychès, l'approbation de la doctrine et de la conduite de Flavien. Les légats ne réclamèrent point pour le moment, attendant une occasion qui ne pouvait leur échapper, pensaient-ils. L'instant des expositions de foi étant venu, le président du concile se hâta de prendre la parole.

«Nous sommes assemblés ici, dit-il, non pour nous examiner les uns les autres, niais pour juger si certaines opinions nouvelles concordent entièrement avec la doctrine des Pères. Ne perdons point de temps en discussions stériles. Voudriez-vous changer la foi des Pères? — Non, non, cria-t-on de tous côtés; si quelqu'un la change, qu'il soit anathème! si quelqu'un y ajoute, qu'il soit anathème! Restons dans la foi des Pères'! — Puisque vous êtes d'accord sur la question générale, se hata de dire le comte Elpidius, passons aux affaires particulières: qu'on fasse entrer l’archimandrite Eutychès! » La lecture était une fois encore éludée.

42 Si quis innovat, anathema sit! Si quis discutit, anathema sit! Sanctorum patrum fidem servemus. Concil., IV, p. 127.

246 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.

Eutychès entra. Ce n'était plus l’humble moine malade et abattu du concile de Constantinople, qui abritait ses réponses sous cette formule prudente : « Je dirai cela, puisque vous le dites; j’obéis à mes supérieurs. » Sa démarche était ferme, son allure hautaine. Quoique déposé canoniquement de sa dignité, il portait le costume des archimandrites, que Dioscore lui avait rendu, et tenait à la main un rouleau de papier. Après avoir promené son regard de l’église sur l'assemblée, il dit : « Je me recommande au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à votre justice. Vous avez été les témoins de ma foi, car nous avons combattu ensemble pour la vérité dans cette même enceinte où je comparais aujoürd'hui comme un coupable. J'ai exposé ma croyance dans la requête que voici, et que je désire qu’on vous lise. » Il tendit le papier au protonotaire, qui le prit et le lut.

La requête commençait par la transcription du symbole de Nicée, à laquelle était jointe cette déclaration : « Je proteste vivre et mourir dans ces sentiments, et j'anathématise Manès, Valentin, Apollinaire, Nestorius et tous les héréliques jusqu’à Simon le Magicien ?, » Il entrait alors dans le récit des faits de sa cause, arrangés très-habilement et très-artificieusement. Eutychès, y était-il dit, vivant sous cetle foi,

4. Ego commendavi me ipsum Patri et Filio et sancto Spiritui, et Verbo veritatis vestræ justitiæ... Habeo autem præ manibus et libellum fidei meæ : Jubete eum recitari. Concil., IV, p. 134. = 2. Anathematizans Manem, Valentinum, Apollinarium et Nestorium, et omnes hæreticos usque ad Simonem magum, Concil., IV, p. 135.

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