LIVRE Y
Eusèbe, évêque de Dorylée, l'avait dénoncé pour fait d’hérésie, sans spécifier laquelle, espérant que, surpris et troublé de cette attaque inattendue, Eutychès donnerait prise à l'accusation par quelque réponse irréfléchie qu'on tournerait contre lui. L'archevêque Flavien l’avaitalors cité à comparaître devantun concile, sachant qu'il avait fait vœu de ne point sortir de son couvent, et afin dele condamneren son absence comme contumax. Au reste, sa sentence était déjà rendue bien avant sa comparution, et le silentiaire Magnus, que l'Empereur avait attaché à sa garde, en avait porté témoignage sous serment. Les détails de l’interrogatoire étaient dénaturés dans le même esprit d’inimitié contre Flavien. L'archevêque n'avait eu aucun respect pour ses cheveux blancs, aucun pour les combats soutenus par lui contre les. hérétiques ; son appel interjeté au milieu du concile, l'archevêque n'avait pas voulu le recevoir, et après avoir condamné l’accusé de sa propre autorité en dehors du droit canonique, il l'avait livré aux fureurs d’une populace ameutée, de sorte qu'il était perdu sans une protection particulière de la Providence.
Telle était en résumé la requête d’Eutychès. Quand elle eut été lue, Flavien se leva et dit : « Vous avez entendu l'accusé, il faut entendre maintenant l’accusateur, et Eusèbe de Dorylée n’est pas ici. — Il n’est pas besoin qu’il y soit, reprit le comte Elpidius, et l'Empereur l’a exclu de cette assemblée : Paccusateur a rempli sa fonction, il prétend avoir gagné sa cause; eb bien! soit. Ce qui se passe ici ne le regarde plus; vous êtes
réunis pour juger les juges, pour casser ou confirmer un jugement rendu, et non pour recommencer un procès !. » Puis, s'adressant au président, Elpidius ajouta : « Il nous reste à connaître les actes du concile de Constantinople, ordonnez qu'on les lise! »
Dioscore mit aux voix cette lecture : la plupart des évêques opinèrent pour l'affirmative, mais les légats du pape s’abstinrent. « N'êtes-vous pas de cet avis? demanda le président inquiet en interpellant l’évêque de Pouzzoles., — Nous ne nous y opposons pas, répondit celui-ci; mais nous voulons qu’on: lise auparavant la
lettre du pape. — Nous insistons d'autant plus, ajouta le diacre Hilaire, que le très-saint évêque de Rome n'a libellé cette lettre qu'après s'être fait communiquer les actes dont vous proposez la lecture ?. » À ces mots, qui lui firent craindre qu'on n’obtempérât à leur réquisition, Eutychès se hâta de dire : « Les envoyés du très-saint archevêque de Rome me sont devenus suspects, car ils logent chez l’évêque Flavien; ils ont dîné chez lui, et il leur a rendu toute sorte de services *; je les récuse donc, et supplie que ce qu’ils pourront
4. Nunc igitur vos convenistis, ut eos qui judicaverant, judicetis ; non ut iterum accusatoris personam suscipiatis, et perturbationis rursus initium alterum fiat. Concil., IV, p. 146.
2. Quoniam et sanctissimus episcopus Romanæ ecclesiæ, relectis | sibi istis monumentis, quorum nunc quæritis lectionem., transmisit epistolam, quam scripsit, eam legi jubete. Concil., IV, p. 150.
3. Directireligiosissimi viri a sanctissimo et Deo amantissimo Leone archiepiscopo Romanæ ecclesiæ in sanctam vestram synodum, suspecti mihi facti sunt. Manserunt enim apud religiosissimum episcopum Flavianum, et pransi sunt apud eum, et munerati sunt, et omne obsequium eis præbuit. Concil., IV, p. 150. .