‹ Nestorius et EutychèsChapitre 157 sur 279 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

faire ou dire ne me nuise point. » Dioscore expliqua que, dans l’ordre de la procédure, il était bon de lire premièrement les actes de la cause, la lettre du trèssaint évêque de Rome viendrait ensuite. Elle ne vint point.

La lecture des actes de Constantinople suscita quelques débats parmi les évêques, dont plusieurs, qui avaient assisté à ce concile, cherchèrent à expliquer ou mitiger çe qu’ils avaient dit d’abord. Quand on fut arrivé à l'endroit de la dernière séance où l’accusateur Eusèbe pressait Eutychès de confesser deux natures en Jésus-Christ après l’Incarnation, un grand tumulte se fit dans l'assemblée ; beaucoup de voix crièrent : « Qu’on ‘chasse, qu’on brûle Eusèbe! Qu’Eusèbe soit brûlé vif! qu'il soit coupé en morceaux! comme il a divisé le Sauveur, qu'on le divise lui-même ! » |

Dioscore, profitant de l'émotion qui se manifestait, dit d’une voix haute : « Pouvez-vous souffrir ce propos, deux natures après l’Incarnation ? — Non; non, répliqua le concile, anathème à qui le soutient! — J'ai besoin de vos mains comme de vos voix, continua Dioscore ; si quelqu'un ne peut crier, qu'il lève la main! » Les mains se levèrent, et on n’entendait que ce cri au milieu du tumulte : « Si quelqu'un dit deux natures, qu’il soit anathème ! — Quelle profession de foi approuvezvous donc? reprit le président : celle d'Eutychès ou celle d'Eusèbe ? — Ne l’appelez pas Eusèbe, dirent plu-

4. Sancta synodus dixit : Tolle, incende Eusebium! Îste vivus

ardeat, iste in duo fiat! Sicut partitus est, partiatur! Concil., IV, p. 223.

sieurs voix, — ce mot en grec signifie le pieux, — nommez-le Asèbe ! — l'impiet. »

Après les actes du concile de Constantinople, on à lut ceux de la commission de révision, et, les pièces de la procédure ayant été ainsi communiquées, le président passa aux avis. Juvénal de Jérusalem opina le premier : « Eutychès, dit-il, ayant toujours déclaré qu’il suit l'exposition de Nicée et admet le précédent concile d'Éphèse, je le trouve parfaitement orthodoxe, et j’ordonne qu'il reprenne son monastère et son rang ?. » Beaucoup de voix s’écrièrent que c'était juste’.Domnus d’Antioche dit à son tour : « Sur la lettre qui m'avait été écrite par le concile de Constantinople, j'avais souscrit à la condamnation d'Eutychès; mais sur le libelle que celui-ci vient de présenter, je me rétracte. »

Ce vote de Domnus jeta le désarroi parmi les évêques orientaux qui étaient venus combattre Eutychès ; ils opinèrent comme la majorité. Barsumas prononça son avis après tous les évêques, et il le fit en syriaque, un de ses moines traduisant ses paroles en grec. Les légats du pape s’abstinrent; mais Eutychès avait gain de cause sur tous les points, et se retira de l’air d’un triomphateur.

C'était la première scène d’un drame lamentable, la seconde dépassa en tristesse tout ce qu’on avait jamais vu. J'ai parlé plus haut de ces moines d’Eutychès que

1. Nam Eusebius impius est. (Edoé6tos &oe6nç.) Concil., IV, p. 223.

2. Et ego autem decerno et volo eum in suo monasterio degere et in proprio gradu. Concil., IV, p. 256.

3. Sancta synodus dixit : Hoc justum judicium. Concil., IV, p. 256.

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