LIVRE V
l'archevêque Flavien avait exclu de la communion des mystères parce qu'ils refusaient de reconnaître la condamnation de leur archimandrite, et qu’ils continuaient d'entretenir des rapports avec lui. L’excommunication leur avait été appliquée avec une rigueur excessive. Les pauvres moines avaient tout supporté avec résignation, dans l'attente du futur concile, et, le moment siardemment souhaité étant arrivé enfin, ils envoyaient à Éphèse une députation pour faire connaître leurs griefs et demander réparation. Les députés, au nombre de trente-cinq, se tenaient à la porte de l’église : Dioscore ordonna qu'on les fit entrer. Ils étaient porteurs. d’une requête souscrite par les principaux dignitaires. du couvent, et qu’ils présentèrent au concile pour qu'elle fût lue en séance.
Cette requête, injurieuse au plus haut point envers l'archevêque, qu’ils accusaient non-seulemen d'abus de pouvoir, mais de vol, concluait à cequ’il fût à son tour déposé et excommunié. Ils y disaient que, touchés des. promesses de Dieu, ils avaient tout quitté en ce monde, leurs biens, leursdignités, leurs charges, leurs espérances, pour former une communauté de moines jusqu'au nombre de trois cents, sous la direction du très-pieux archimandrite Eutychès, et que la plupart d’entre eux y vivaient depuis plus de trente ans. Au lieu de les encourager et de les protéger, l'archevêque Flavien avait opprimé leur chef par des calomnies, l'avait déposé, et leur avait fait ordonner par ses prêtres, à eux les fils spirituels d’'Eutychès, de se séparer de lui et de s’abstenir même de lui parler. En même temps il mettait
leurs biens sous le séquestre pour les administrer au profit des pauvres, ce qui n’était qu'un pur mensonge, car il n’avait pas d'autre but que de les confisquer à son profit. | « On nous menaçait des plus durs châtiments, ajoutait la requête, si nous n’obéissions pas, et même de la privation des saints mystères. La menace s’est accomplie. Le saint autel du couvent, consacré depuis six mois à peine par le même évêque, est resté sans sacrifice ‘, et cette injuste punition a pesé sur nous jusqu’à la réunion de votre saint concile. Quelquesuns de nos frères morts dans l'intervalle ont été exclus des sacrements et de la sépulture ecclésiastique. Dans ‘cet état d’affliction, nous avons vu passer la fête de la Nativité du Seigneur, celle de l’Épiphanie, celle enfin de la Résurrection, où les évêques absolvent les pécheurs et les princes font grâce aux criminels. Neuf mois durant nous avons souffert ce traitement rigoureux, observant en tout le reste les règles de la vie monastique. C’est pourquoi nous venons vous supplier d'avoir pitié de nous, de nous rendre l'usage des sacrements, et de iraiter comme il nous a traités lui-même le juge qui a prononcé contre nous cette sentence inique ?. »
1. Et sanctum quidem altare, quod ipse ante sex menses, quam insidias meditaretur, consecravit, vacuum divino remansit sacrificio. Concil., IV, p. 277.
2. Reddere vero nobis quidem communionem injuste ablatam, illi. vero talia perpetranti, vicissitudinem eorum quæ judicavit injuste. Concil., IV, p. 277.