LIVRE V
La majorité fut pour la lecture, et alors se dévoila le but caché de Dioscore. Il ordonna de lire les actes de la sixième séance, où le symbole de Théodore de Mopsueste avait été condamné comme hérétique, ce qui avait donné occasion au concile d'interdire toute composition ou publication de symboles qui changerait quelque chose à celui de Nicée, sous peine de déposition pour les ecclésiastiques ou d’excommunication pour les laïques.
Le président fit suivre la lecture de ce décret d'un commentaire explicatif. Suivant lui, l'interdiction de rien changer au symbole de Nicée embrassait toute addition, tout retranchemert et même toute variante dans les termes. C'était la défense de dire, de penser, de rechercher autre chose que la formule même de cette exposition de Ja foi. Jamais, pourtant, l'assemblée d'Éphèse, en rendant ce décret, ne lui avait attribué un pareil sens; elle avait voulu arrêter le déluge de symboles, les uns bons, les autres mauvais, dont les Églises d'Orient étaient alors inondées, mais non proscrire l'emploi de termes équivalents, de phrases présentant la même idée, d'expressions destinées à rendre des vérités non encore définies canoniquement.
Si la première assemblée d'Éphèse s'était proposé le but que Dioscore lui supposait, elle se serait condamnée elle-même, puisqu'en jugeant Nestorius elle avait mis au jour, sur le mystère de l’Incarnation, une
futura est. Nam contra Flavianum nemo erit insanus, ut frustra tale aliquid faciat. Concil., IV, p. 253, :
définition qui ne se trouvait pas dans le symbole de Nicée; elle eût également condamné son président Cyrille, son guide et l’inspirateur de toutes ses résolutions. L'interprétation de Dioscore était donc évidemment fausse, mais nul des évêques n’osa élever la voix dans la crainte d’attirer sur lui l'arme qu'on faisait luire aux yeux de tous comme une menace. Il était difficile en effet que, depuis dix-sept ans que le décret était rendu, un des évêques présents et Dioscore peut-être tout le premier, n’eût pas fait une exposition de foi dont les termes différassent en quoi que ce fût des termes de l'exposition de Nicée.
« Vous avezentendu le décret, reprit Dioscore après avoir achevé son commentaire, notre devoir y est tout tracé, et celui de nous qui aurait altéré d’une manière quelconque la formule de Nicée a encouru volontairement la déposition. Le concile ne le pense-t-il pas comme moi ? Que chacun de vous opine, afin que son avis soit inséré aux actes!. » Ignorant sur qui le coup devait frapper, Thalassius éluda la difficulté en disant qu'il suivait les conciles de Nicée et d'Éphèse, et qu'il détestait quiconque enseignait quelque chose de contraire à leurs prescriptions. La plupart des évêques opinèrent de la même façon en se tenant dans des
généralités qui n’engageaient en rien leur opinion sur
1, Audivimus autem definientes eos ita : Si quis prætér hæc dixerit, aut sapuerit, aut retractaverit, aut quæsierit, subjaceat sententiæ. Quid vobis videtur ? Unusquisque qualem habet voluntatem, sub scriptis dicat, Concil., IV, p. 304.