LIVRE VI
d'Italie se rendaient à cette époque en grand nombre autour du successeur de l’apôtre, et la fête en tirait un lustre tout particulier. Or on avait su que cette année l'empereur Valentinien I, l'impératrice Placidie, sa mère, et Eudoxie, sa femme et la fille de Théodose II, devaient venir de Ravenne à Rome s'associer aux prières faites pour l'Empire. Le pape résolut de profiter de la circonstance pour enrôler dans sa cause des personnages d’une autorité aussi puissante que l'Empereur d'Occident, et deux princesses, l’une fille, l’autre tante de l’Auguste d'Orient.
La visite eut lieu en effet, et les souverains d'Occident, arrivés à Rome le 21 février, allèrent dès le lendemain matin à l’église, où Léon les attendait. Il y avait passé la nuit au milieu des évêques pour célébrer avec eux l'office des Vigiles. À la vue de l'Empereur, il s'ayança vers lui le visage trempé de larmes, la voix si entrecoupée de sanglots, qu’il ne pouvait, disent les anciens documents, faire entendre ses paroles !; il le conjura par ce même apôtre dont ils honoraient la mémoire, par son propre salut, par celui de Théodose enfin, son collègue et son père, d'écrire à ce prince pour obtenir la réparation des iniquités d’Éphèse et la remise des choses en l'état où elles étaient avant le procès d'Eutychès. Dans l’excès de son émotion, il se prosterna devant lui, tenant ses genoux embrassés, — les Impératrices unirent leurs supplications à celles du
4. Leopropter interpositam gemitus sui tristitiam,desiderium suum verbis pæne insinuare non poterat. Concil., IV, p. 06.
vieillard, et Valentinien consentit !; mais sa lettre n’obtint de Théodose qu'une réponse pleine d'amertume et de dureté.
« Le pape, y était-il dit, ne pouvait point l’accuser d’avoir abandonné, en quoi que ce fût, la foi des pères, lorsqu'il travaillait précisément à la maintenir. C'était dans ce dessein qu'il avait assemblé le concile d’Éphèse, où l’on n’avait condamné que ceux que l'amour de la vérité et de la justice obligeait de condamner. Flavien méritait ce qu’il avait souffert, puisque sa déposition avait rendu la paix à l'Orient, où l’union et la vérité recommençaient à régner dans toutes les Églises ?, — Qu'on ne me tourmente donc plus, ajoutait-il, pour remettre en question une affaire jugée et terminé par l'autorité de Dieu même. » Il n’y avait plus à espérer.
Sur ces entrefaites, on connut à Rome la mort de Flavien et les circonstances de cette mort, — affreux dénoûment de la tragédie d'Éphèse. On apprit bientôt que Théodose aussi avait cessé de vivre. La première de ces nouvelles augmenta l'horreur des Occidentaux pour Dioscore et son concile; la seconde rouvrit la porte à l'espérance. Qu’'était le nouvel Empereur choisi par Pulchérie? On l’ignorait encore; mais la main qui l'avait choisi donnait confiance aux catholiques.
. 4. Concil., IV, p. 54 ct sq. — Theoph., p. 87. — Liber., All, P. 78.
9, Flavianus autem qui reus inventus est læsibilis novitatis, debitam pœnam recepit; et hoc remoto omnis pax et omnis concordia regnat in Ecclesiis, et nihil aliud, quam veritas viget. Concil., 1V,p. 58.