LIVRE VI
entre les Romains et les Huns et dont on savait mal l'issue. Attila avait été battu par Aëtius dans les plaines de Châlons; bientôt les débris de son armée vinrent se reformer sur les bords du Danube, et menacer directement Constantinople et la Thrace‘. Les nécessités de la défense retenaient donc Marcien, quoi qu’il en eût, dans le voisinage du Danube. Toutefois les évêques réunis à Nicée trouvaient le tempslong; les subsistances y devenaient rares pour tout le monde, enfin l'ennui prenait ces vieillards, retenus oisifs si loin de chez eux. Ils demandèrent à l'Empereur de leur laisser ouvrir la session, s’il ne lui était pas possible de venir en personne; cette demande contraria beaucoup Marcien : elle présentait effectivement un grand danger, l’abstention des légats du pape qui n’y paraîtraient point sans lui; or cette abstention changeait, comme nous l'avons dit, le caractère du concile, et remettait tout en question. Les évêques insistaient cependant, et il fallait compter avec la difficulté des hommes comme avec celle des choses *.
Après y avoir mûrement réfléchi, Marcien écrivit aux évêques que, ne pouvant pas les aller trouver hors du centre de ses affaires, il avait résolu d’en rapprocher le concile, et que pour cette raison il le transportait à
. 4. Consulter mon Histoire d’Attila et de ses successeurs, t. I, p. 180 et sq.
2. Religiosissimi episcopi et presbytert, qui vice Leonis archiepiscopi.urbis Romæ venerunt, a nostra tranquillitgte petierunt, quatenus omnimodo nos adesse debeamus sancto concilio, affirmantes quoniam non paterentur illuc, absente nostra pietate venire. Concil., IV, p. 74°
Chalcédoine. « Ehalcédoine, disait-il, n’était séparée de Constantinople que par le Bosphore, large en cet endroit de moins d'un mille. Être à Constantinople, c'était être à Chalcédoine, et Marcien assisterait aux travaux de l'assemblée tantôt en personne, tantôt par des communications de tous les moments!. » Il ajoutait cette considération assez importante pour les évêques, que Chalcédoine, étant une bien plus grande ville que Nicée, leur offrirait soit par elle-même, soit par sa proximité de Constantinople, toutes les facilités désirables pour un bon établissement, même pendant une longue session.
Ge moyen terme mettait l'Empereur à l’aise dans ses engagements vis-à-vis des légats, et levait une partie des difficultés dont on pourrait se plaindre justement: toutefois il plut médiocrement aux évêques, peu soucieux de se rapprocher de Constantinople, où régnait, disait-on, une agitation assez vive, provenant des moines eutychiens?. Marcien mit fin à toute hésitation en donnant au concile l'ordre formel de se transporter à Chalcédoine avant la fin de septembre pour tout délai”; l’ordre impérial était daté d'Héraclée en Thrace. Les évêques, à bout d'opposition, partirent, et la tourbe
1. Unde si placet vestræ pietati, ad Calchedonensium civitatem, transire dignemini. Jlluc enim excurremus, licet hic nos publicæ causæ retineant. Concil., IV, p. 74.