LIVRE VII
raître. Chaque requérant, suivant l’usage, avait son placet particulier, dans lequel il énumérait ses griefs propres, en y ajoutant des faits généraux capables de faire impression sur les juges. Le légat Lucentius ordonna de les introduire tous les quatre, et leurs requêtes furent lues successivement par un secrétaire du concile !.
Le premier plaignant, Théodore, était un diacre de Cyrille : il n'avait pas toujours appartenu à l'Église. Magistrien, c'est-à-dire employé dans la mattrise des offices pendant vingt-deux ans, il avait mérité, par sa bonne conduite et aussi par quelques services rendus, que Cyrille l’attachât à son clergé, où il avait figuré comme diacre pendant quinze ans; mais Dioscore, dès son arrivée au trône patriarcal, l'avait chassé, sans aucun autre motif que les distinctions qu’il avait reçues de Cyrille et la familiarité dont celui-ci l’honorait.
« En effet, était-il dit dans la requête, cet archevêque Dioscore?, qu'il faut appeler non pas très-saint, mais très-féroce, avait pris à tâche d’expulser de la ville non-seulement la famille de son prédécesseur, mais tous ceux qu'il avait favorisés. Il les expulsait comme des ennemis de sa doctrine, car il faut savoir qu’il est hérétique origéniste, et blasphème la très-
4. Lucentius episcopus dixit : Libelli, qui adversus reverendissimum episcopum Dioscorum a diversis nobis oblati sunt, ab Actio archidiacono et premicerio notariorum recenseantur. Concil., 1V, p. 393.
2. Hic namque sanctissimus, magis autem circa omnia ferocissimus. Concil., IV, p. 397.
330 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.
sainte Trinité. Aucun excès ne manque à sa tyrannie, ni le meurtre, ni l'incendie des maisons, ni la destruction des arbres, quand il porte sa vengeance sur quelqu'un. De plus il a toujours mené une vie infâme, ce que je m'engage à prouver. Pour tout ce que j'avance, je produiraides témoins qui sont là et que j’adjure le concile de mettre en lieu de sûreté, pour les garantir des violences de Dioscore et de ses satellites :. »
Le deuxième plaignant était diacre comme le premier et comme lui familier de la maison de l’évêque d'Alexandrie : chargé par Cyrille de plusieurs missions importantes par terre et par mer, il s'était vu honteusement chasser à l'avénement du nouveau patriarche, à qui les hommes de confiance de son . prédécesseur étaient tous suspects ou odieux. Il se nommaït Ischyrion. Sa requête contenait les détails les plus étendus sur les vols publics et privés commis par Dioscore et sur le scandale de ses mœurs. Elle racontait comment, les Églises de Libye ayant obtenu de l'Empereur une part annuelle dans les blés de l’annone à cause de la stérilité de leur sol, qui ne fournissait pas toujours assez de grains pour la nourriture des étrangers et des pauvres, pour le service des oblations sacrées, Dioscore avait réclamé son droit d’en faire lui-même la distribution, en qualité de chef ecclésiastique, et, ce prétendu droit lui ayant été reconnu, il avait fait emmagasiner les blés au fur et à
4. Et obsecro vestram sanctitatem præcipere, si placet, eos qui subter designati sunt, sub custodia fieri, quatenus quæ veritatis sunt, ostendantur. Concil., IV, p. 397.