LIVRE VIl
mesure de leur délivrance, non pour les distribuer, mais pour les garder et les vendre à son profit dans les temps de cherté, si bien -que plus d’une fois les Églises de Libye en manquèrent pour le sacrifice non sanglant.
Comme fait particulier de fraude et de détournement, la requête citait celui d’une noble matrone nommée Péristérie, qui avait légué par testament une grande quantité d'or aux monastères, aux hôpitaux et aux pauvres de la province d'Égypte, legs confisqué par Dioscore et distribué par lui aux danseuses et aux baladins du théâtre.
« Les mauvaises mœurs, la luxure, les débauches du révérendissime personnage, ajoutait le diacre Ischyrion, sont de notoriété publique, comme ses vols. Toute la province les connaît ; les femmes impudiques d'Alexandrie fréquentent l'évêché et font leurs délices des bains de l’évêque, principalemént la courtisane Pansophia, surnommée la Montagnarde*?. Cette femme et l’archevêque son amant sont la fable du peuple de la ville ; on tient mille propos à leur sujet, et il en résulte souvent des rixes et des meurtres. »
Un détail personnel au plaignant fait voir à quel
4, Concil., IV, p. 400, 402.
2. Lascivia vero prædicti reverendi viri et luxuria omni illi provinciæ non ignorata est, impudicis mulieribus frequenter in episcopio et in balneo ejus aperte deliciantibus, præcipue famosissima Pansophia, quæ cognominatur Orine. Concil., IV, p. 401.
3. De qua et numerosus Alcxandriæ populus frequentissimas voces emisit, tam ipsius, quam amatoris ejus faciens mentionem...
Non solum vero hæc, sed etiam homicidia per occasionem istius admirabilis doctoris perpetrata sunt. Concil., IV, p. 401.
332 NESTORIUS ET EUTYCHÉES.
usage le patriarche employait sa milice monastique et ses ensevelisseurs de morts. « Ayant démérilé de lui, écrivait-il, j'ai vu lancer sur le petit héritage qui me faisait vivre une troupe de moines et d’autres individus armés pour le détruire. Ma maison de ferme a été incendiée, mes arbres fruitiers coupés à la racine, ma terre mise en friche. Non content de cela, Dioscore voulut me faire tuer, chargeant une bande de clercs, ou plutôt de bandits, de lui apporter mon cadavre après ma mort.» Ischyrion s'était sauvé, avait été repris, jeté en prison, puis enfermé dans un hôpital d’estropiés, car il avait gagné à ces persécutions des infirmités incurables. Il offrait, comme le précédent, de fournir des témoins, même parmi les domestiques de l’archevêque.
On passa au troisième, le plus important de tous, car C'était le neveu de Cyrille, le prêtre Athanase. « Mon frère Paul et moi, disait-il dans sa requête, étions neveux du bienheureux Cyrille, fils de sa sœur Isidora. Par son testament, il laissait à son successeur, quel qu’il fût, plusieurs legs considérables, le conjurant par les saints mystères de protéger sa famille, loin de lui faire aucun tort ?. Dioscore toutefois, au début
1. Sed neque eis contentus, submittit adversus miserabilem me ecclesiasticorum catervam, ut verius autem dicam latronum.….. ut me de humanis rebus auferrent, mandans corpus meum mortuum sibi deportari. Concil., IV, p. 404.
2. Cyrillus moriturus testamentum condens, honoravit eum, qui- : cumque ille post eum fuisset ordinatus archiepiscopus, plurimis et magnis legatis de propria sua substantia, conjurans eum ia scriptis
per venerabilia et terribilia mysteria, ut ipsius foveret genus, et in nullo eis laborem incuteret. Concil., IV, p. 405.