LIVRE VII
Toutefois on les pressait toujours de souscrire la lettre de Léon sous péine d'excommunication. Hiéracus prit de nouveau la parole. « Les évêques de notre province, dit-il, sont nombreux, et nous sommes trop peu pour nous porter garants de’'nos frères. Nous supplions donc votre grandeur et tout le concile de nous avoir en pitié, car, si nous faisons quelque chose sans notre archevêque, tous les évêques d'Égypte s’élèveront contre nous, comme ayant violé les canons. Ayez pitié de notre vieillesse! »
Alors se passa une scène étrange, la plus étrange de toutes celles qu’eût encore présentées ce concile, déjà si rempli d'incidents. Tous ces évêques, quittant leurs . places et gagnant le milieu de la nef vis-à-vis des magistrats, se prosternèrent la face contre terre en disant : « Ayez merci de rious, ayez pitié? ! — Le concile œcuménique est plus digne de foi que tous les évêques d'Égypte ensemble’, criait Cécropius de Sebastopolis; il n’est pas juste d'écouter dix hérétiques au mépris de tant d'évêques orthodoxes. Nous ne leur demandons pas de déclarer leur foi pour d’autres, mais pour euxmêmes. »
Les Égyptiens n’écoutaient plus rien et semblaient
4. Quia si extra voluntatem præsidis nostri aliquid faciamus, sicut præsumptores et non servantes secundum canones antiquam consuetudinem, omnes Ægyptiacæ regiones insurgent in nos. Miseremini nostræ senectutis. Concil., IV, p. 515.
2. Revereudissimi episcopi Ægyptiorum jactaverunt se in terram et dixerunt : Clementes estis, miseremini nostri. Concil., 1V, p. 515.
3. Universalis hæc Synodus, Ægyptiacis episcopis major est, et fide dignior. Concil., t. IV, p. 515.
affolés de terreur. On n’entendaitsortir de leur bouche que ces mots entrecoupés : « Nous ne pourrons plus rester dans la province, ayez pitié de nous‘! » A quoi Eusèbe de Dorylée répondait : « Ils sont les représentants de toute l'Égypte, il faut qu’ils s'accordent avec le concile. » Le désordre était au comble. Le légat Lucentius, s'adressant aux magistrats, leur dit : « Apprenez à ces gens, s'ils ne le savent pas, que dix hommes ne peuvent faire un préjugé contre une assemblée de six cents évêques. * » Mais les Égyptiens criaient toujours : « Ayez pitié de nous, on nous tuera! — Entendez-vousle témoignage qu'ils rendent de leurs évêques ? répétait-on dans l'assemblée. — On nous fera mourir, continuaient les Égyptiens, ayez pitié de nous! Faitesnous plutôt mourir ici. Que l’on nous donne ici un archevêque * ! Anatolius connaît la coutume d'Égypte * : il vous dira que nous ne désobéissons pas au concile, mais que nous suivons la règle de notre province. On nous tuera si nous y manquons, ayez pitié de nous ! Vous avez la puissance ; nous vous sommes soumis; agissez, nous ne réclamons point. Nous aimons mieux mourir ici par ordre de l'Empereur et du concile. Pour Dieu, ayez pitié de ces cheveux blancs! Si l’on veut nos
4. Jam non possumus habitare in provincia. Miseremini nostri. Concil., IV, p. 515.
2. Quia non possunt decem homines præjudicium facere synodo sexcentorum episcoporum, nec catholicæ fidei. Concil., IV, p. 515.
3. Morimur, per vestigia vestra, miseremini nostri. Moriamur a vobis et non illic. Fiat hic archiepiscopus. Concil., t. 1V, p: 515.
4. Anatolius avait été apocrisiaire d'Asie avant d’être archevêque de Constantinople.