LIVRE VIII
telle ordination; il dut céder à la force; et Bassianus fut institué évêque d'Éphèse à la pointe de l’épée. Telle est la version la plus vraisemblable des faits; mais Bassianus la niait entièrement : tout s'était passé, disaitil, avec calme et régularité; il n’y avait eu de violences faites qu’à son désiniéressement !.
Autour de lui, dans le clergé et parmi les notables, on propagea la même version par une entente commune, afin d'enlever à l’archevêque de Constantinople tout prétexte à intervenir. On ne put cependant empécher des bruits contraires d’arriver à ses oreilles, et, Bassianus s’éiant rendu dans la ville impériale, le patriarche lui refusa sa communion. Le nouvel exarque d'Éphèse était riche ; il était habile, il se mit bien en cour. Théodose lui-même daigna intervenir pour rétablir la paix entre les deux évêques, et Proclus, qui gouvernait alors le siége de Constantinople, inscrivit Bassianus sur ses diptyques. Celui-ci, rentré dans Éphèse, remplit les fonctions épiscopales pendant quatre ans sans interruption ni obstacle, ordonna un très-grand nombre de prêtres et sacra jusqu'à dix évêques *.
On ne vivait pas longtemps en paix dans la glorieuse cité d’Éphèse : son Église non plus ne connaissait guère que des trêves au milieu d’un état permanent d’agitation et de complots. Au bout de quatre années d'administration, Bassianus avait perdu son
1. Me autem cum multa necessitate et vi iuthronizaverunt in eadem civitate Ephesi populus et clerus etepiscopi. Concil., 1V, p. 688.
2. Mansi sic quatuor annis, ita ut decem episcopos ordinarem et multos clericos. Concil., IV, p. 689.
ancienne popularité dans le clergé, et des trames s’ourdissaient de toutes parts pour labattre et le supplanter. À la tête d’une des plus puissantes factions figurait le prêtre Étienne, qu’on pouvait appeler le doyen du clergé éphésien, car il en faisait partie depuis cinquante ans. Des troubles provoqués par elle éclatèrent contre l’évêque durant le carême de l’année 4h48 : c'était une déclaration de guerre à outrance entre le chef et ses subordonnés; l'histoire ignore à quel sujet.
On écrivit de part et d'autre à l'Empereur et à l’impératrice Pulchérie, qui se déclarèrent pour Bassianus. À la réception des lettres impériales, le parti victorieux fit éclaier une joie immodérée ; c'était le jeudi de Pâques, et Bassianus offrit solennellement le sacrifice en actions de grâces de sa victoire; mais ses ennemis veillaient, le cœur altéré de vengeance. Le sacrifice s’achevait à peine, que ceux qui venaient de recevoir les saints mystères de la main de l’évêque se jetèrent sur lui, et, le dépouillant de son vêtement sacerdotal, le traînèrent dans le baptistère, où ils l’accablèrent de coups. Pendant ce temps, sa demeure était livrée au pillage : le peuple lui enlevait tout ce qu'il possédait en argent et en meubles !, et les gens de son service qui essayèrent de défendre lui ou ses frères furent tellement maltrailés que plusieurs moururent sur la place. Emprisonné ensuite dans la geôle épiscopale, il y subit entre autres tortures celle de la soif; on lui refusa jus-
4. Crastina autem die missas celebravimus omnes simul, et post missas, manus injicientes incluserunt me, et cum vi abripuerunt pallium sacerdotii mei et omnia bona mea. Concil., IV, p. 689.