LIVRE VIII
qu’à quelques gouttes d’eau pour éteindre la fièvre qui le brûlait !,
Au plus fort de ces horreurs, le prêtre Étienne montait au trône épiscopal revêtu des ornements de sa victime, et recevait l’ordination de quelques évêques ses complices ?. La ville accepta le nouvel exarque, : comme elle avait accepté l’ancien; l'orgueil municipal était sauf, puisque le patriarche de Constantinople ne s'était point mêlé de l'élection; mais l'Empereur, informé de tout, envoya sur les lieux un agent du maître des offices, le silentiaire Eustathius, pour ouvrir une enquêteet lui adresser un rapport sur le fait. Eustathius était un homme juste et ami du bien ; mais .dles passions étaient tellement déchaînées que tout fut mis en œuvre pour lui voiler la vérité; que l’enquête, interrompue et reprise, finit par n’aboutir jamais, et tout restait encore en suspens quand Théodose mourut. |
Le changement de prince et la convocation d’un concile universel rendirent l'espérance à Bassianus. Cet homme, jadis si riche et si généreux, errait maintenant de lieu en lieu, accompagné d’un prêtre qui mendiait pour lui, car Étienne avait mis la main sur son patrimoine comme si c’eût été un bien de l'Église. Venu à Constantinople, l’évêque dépossédé se présenta au palais de l'Empereur avec une requête où il deman-
1. Et ista sum passus, aquam quæsivi, et non mihi dederunt. Concil., IV, p. 696.
2. Episcopi autem qui a me ordinati sunt, Stephanum ordinavcrunt episcopum, dum essem inclusus. Concil., IV, p. 696.
dait réparation de ces injures : l'Empereur le renvoya devant le concile. .
L'affaire était grave; le concile fixa pour l’entendre sa onzième Action, qui se tint le 29 octobre. Bassianus fut introduit, et sa requête lue en sa présence. Comme elle était conçue dans des termes d’une réserve extrême, et que les persécuteurs dont il dénoncait les actes n’y étaient point désignés par leurs noms : « Expliquezvous, lui dirent les magistrats; qui sont les gens dont vous vous plaignez? — Ils sont nombreux, reprit Bassianus, et leur chef est l’évêque Étienne. C’est lui qui détient mon siége épiscopal et mon bien. Je désire que tous les faits que j'énonce soient éclaircis, et en premier lieu ce qui regarde mon épiscopat !. Nos saints Pères du concile verront si j'ai péché, et décideront de moi comme il leur conviendra. — Que le révérendissime évêque Étienne veuille bien répondre, dirent alors les magistrals. — Il se trouve ici, dit Étienne en s’avancant, des évêques du diocèse d’Asie; on peut les faire approcher, et je m'expliquerai devant eux; je demande qu’on appelle Léontius de Magnésie, Maronius de Nysse, Protérius de Smyrne, et d’autres que j’apercçois là-bas. — Commencez par répondre vous-même ?, » firent observer les magistrats. Étienne alors s’exprima en ces termes : | | . 4. Muiti quidem sunt; princeps tamen eorum ipse est, qui nunc cpiscopus est Stephanus. Hic et sedem meam tenet, et res : et rogo omnia examinari. Necessarium est enim potius sacerdotium, quam possessiones. Concil., IV, p. 688.
2, Gloriosissimi judices -dixerunt : Interim tu responde. Concil., IV, p. 688.