LIVRE VIII
« Cet homme-ci, dit-il en montrant du doigt Bassianus, cet homme-ci n’a point été ordonné évêque à Éphèse; mais, pendant une vacance de cetle sainte Église, . réunissant une troupe de séditieux armés d’épées et de gladiateurs de l’amphithéâtre, il a fait irruption sur le trône épiscopal et s’y est assis’. Votre magnificence ne jugera pas sans doute que c'est ainsi qu'on devient évêque; en tout cas, il a été chassé comme le voulaient les canons, et quarante évêques d'Asie m’ont ordonné sur la désignation des nobles, du peuple et du clergé, en un mot de la cité tout entière. Quant à moi, il y a aujourd’hui cinquante ans queje suis attaché au clergé d'Éphèse. — Ne cherchez point à nous circonvenir ainsi, répliqua Bassianus avec véhémence, j'ai été fait évêque canoniquement, je puis le prouver ; et de plus, je n’ai été ni déposé, ni accusé, ni mis en cause par personne ?. Depuis ma jeunesse, j'ai voué ma vie aux pauvres; j'ai construit un hospice où j'ai placé soixante-dix lits; parce que j'étais aimé de tout le monde, l’évêque Memnon, jaloux de moi, voulut m'éloigner de la ville. »
Bassianus alors raconta son ordination forcée à l'évêché d’Évase, son refus persistant, et comment, dans sa lutte violente contre Memnon et ses satellites, l'autel et le livre des saints Évangiles avaient été souil-
4, Iste neque ordinatus est in Epheso, sed vacante sancta ecclesia, colligens seditiosorum turbam cum gladiis, et aliis quibusdamarenariis, superingressus est, et sedit ibi. Concil., IV, p. ti88.
2. Noli me circumvenire. Ego et canonice factus sum episcopus,
et ostendo hoc, et a nullo depositus sum, nec accusatus ab aliquo neque culpatus. Concil., IV, p. 688.
394 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.
lés de son sang. Suivait le récit de son ordination au siége d'Éphèse après la mort de Basile. Rien d’après Jui n’avait été plus paisible et plus régulier : il voulait se dérober à l'honneur qu'on lui destinait; « le peuple, le clergé, plusieurs évêques présents, lui avaient fait violence, et il s'était assis malgré lui sur le trône épiscopal. » — « J’aperçois d'ici, ajouta-t-il, un des évêques qui m'ont ordonné, c’est Olympius de Théodosiopolis : il rendra témoignage en ma faveur. L’Empereur a confirmé mon élection, et le révérendissime Proclus non-seulement a communiqué avec moi à Constantinople, mais il m’a envoyé depuis lors ses lettres synodiques. Quatre ans entiers, j'ai gouverné l'Église d'Éphèse, ordonné dix évêques et un grand nombre de clercs. Pendant que j'étais là, administrant à la satisfaction de la ville, un complot éclata dans mon Église, et je fus dénoncé. L'Empereur sur mes explications m'ayant donné gain de cause, mes ennemis furieux m’arrachèrent de l'autel où je venais d’officier, me dépouillèrent de mes vêtements épiscopaux, me volèrent ce que je possédais, et prirent un d'entre eux pour le faire évêque : c’est Étienne que voilà. »
Quand Bassianus eut fini cet exposé, tout à l’avantage de sa cause, ce fut le tour d'Étienne, qui raconta les mêmes faits d’une façon toute différente. Invoquant également le témoignage des évêques d’Asic, « Bassianus, dit-il, n’a point été conduit de force à l’église d'Éphèse; il y est venu de son plein gré, entouré de gla-
1. Et sumentes unum cx ipsis hunc Stephanum, feccrunt eum episcopum. Concil., 1V, p. 689.