‹ Nestorius et EutychèsChapitre 245 sur 279 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

guère à la cause d’Étienne; mais les faits qui avaient accompagné l'élection et l’intronisation du premier étaient à leur avis tellement entachés de manœuvres coupables qu'ils ne pouvaient se décider à le proclamer évêque légitime. Ils en conférèrent ensemble avec vivacité, puis leur chef dit au concile : « Notre avis à nous est que ni Bassianus, ni Étienne ne sont dignes d’occuper le siége d’Éphèse, Bassianus parce qu’il sy. est intrus violemment, Étienne parce qu'il a employé pour y parvenir l'intrigue et l’artifice : nous estimons en conséquence qu'il y a lieu d’en instituer un troisième; toutefois ce sera à vous de décider. »

Ce parti, qui frappait à la fois les deux coupables et tranchait au vif toutes les difficultés canoniques, plut à une majorité que tourmentaient encore bien des scrupules. La proposition des magistrats fut donc accueillie avec applaudissements. « Ce jugement est juste, répétait-on dans l'assemblée, c’est le jugement de Dieu, vous êtes les gardiens des canons, les gardiens des lois?. » Consulté s’il voulait revenir de sa première décision, le concile répondit affirmativement, et un décret fut voté qui ordonnait l'élection d'un troisième évêque en remplacement des deux autres. L'assemblée, comme soulagée d'un grand poids,

4. Nobis quidem videtur, neque Bassianum dignum existere ut sit Ephesiorum civitatis episcopus, quoniam ex invasione violenta episcopatum sibimet vindicavit : neque Stephanum reverendissimum episcopatum, qui per conjurationes et tales adinventiones episcopatum sibimet acquisivit. Concil., IV, p. 697.

2. Hæc justa sententia est : hoc Dei judicium est. Canones et leges vos custoditis. Concil., IV, p. 697.

fit suivre le vote de cette acclamation : « Longues années aux magistrats; longues années au concile! » Si bonne qu’elle parût à la majorité, la nouvelle décision provoqua cependant un incident grave et tout à faitinattendu. On avait pu remarquer pendant le vote un grand mouvement parmi les évêques du diocèse d'Asie, qui semblaient se concerter. À un signal donné, ils quittèrent leurs places tous ensemble, et, gagnant le milieu de la nef, ils se prosternèrent la face contre terre, les bras tendus vers le concile. « Ayez pitié de nous, disaient-ils; c'est notre mort que vous décrétez; on égorgera nos enfants! Ayez pilié de nos enfants; ayez pitié de nous1!» Ces évêques étaient tous mariés, et avaient laissé leurs familles dans leurs villes épiscopales. Connaissant l’animosité qui régnait non-seulement dans la cité métropolitaine, mais dans tout : l’exarchat, contre les prétentions juridictionnelles du siége de Constantinople, ils n'avaient pas vu sans terreur décréter la nomination d’un évêque d'Éphèse, soit par l'archevêque de la ville impériale, soit par le concile lui-même. Ils craignirent qu’on ne leur imputât à crime, s'ils ne s’y opposaient pas, d’avoir livré les droits électoraux de leur province, et que le peuple en fureur ne s’en vengeât sur leurs enfants. Ces malheureux restaient donc là dans l’attitude de la supplication, tremblants, baignés de larmes, attendant que

1. Miseremini nostri. Nos supplicamus sancto concilio, ut misereatur filiorum nostrorum. Filii nostri moriuntur, et civitas deperit. Concil., 1V, p. 700.

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