‹ Nestorius et EutychèsChapitre 25 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

les railleries des courtisans arrivaient maintenant jusqu’à elle, mais elle avait toujours dédaigné d’y répondre : aucun de ces traits empoisonnés ne semblait l’atteindre.

Nestorius osa s’en faire contre elle une arme de vengeance. Sous le masque d'un évêque qui réprimande une de ses subordonnées du cloître, il lui reprocha des sentiments qui n'étaient que trop visibles dans son cœur, l'avertissant que pour une épouse du Christ comme elle de tels sentiments la mettaient en état d'inceste vis-à-vis de son divin époux. La fière descendante du grand Théodose sut rappeler au respect de sa personne et de son nom le prêtre indiscret ou méchant qui osait lui tenir un tel langage. De ce jour, nous dit un historien, son aversion pour Nestorius se changea en une haine qui poursuivit celui-ci jusqu’à l’exil et à la mort. Ces faits, dont les contemporains ne disent pas un mot, mais que nous trouvons dans un compilateur grec du moyen âge, Suidas, ont été puisés par lui, suivant toute apparence, chez les auteurs nestoriens. Quoiqueles partis religieux, comme les partis politiques, soient ingénieux à noircir dans le présent et à calomnier dans le passé ceux qui leur ont été contraires, il peut y avoir dans ce récit quelque chose d’exagéré, mais de vrai au fond. Quelque respect que mérite la mémoire de Pulchérie, dont la conduite est restée sans tache, son affection pour Paulinus n’en fut pas moins réelle, et la suite nous en fournira des indices plus assurés que les réprimandes de Nestorius.

La nouvelle doctrine ne borna pas ses ravages à Constantinople. À mesure que Nestorius prononcçait un discours, il le publiait puis l’envoyait dans toutes les directions aux évêques, aux clergés, aux magistrats des villes, et partout éclataient les mêmes disputes, les mêmes rixes sanglantes. Les monastères reçurent aussi les homélies du novateur; mais là se produisit parmi les moines un phénomène étrange. Ces solitaires, séquestrés dun monde et habitués à se régler en tout sur la parole de leurs supérieurs ecclésiastiques, apprenant un beau jour qu’un archevêque de Constantinople refusait à la Vierge Marie le titre de mère de Dieu, furent frappés d’une épouvante superstitieuse. Il leur sembla que le ciel se détraquait, qu'il n’y avait plus de rédemption, plus de Christ, plus de salut ; plusieurs allèrent jusqu’à nier Dieu, d’autres devinrent fous. Les abbés de quelques couvents de la haute Égypte, effrayés d’un tel état de choses, se rendirent dans Alexandrie pour supplier leur patriarche de leur venir en aide et de redresser par l'autorité de ses instructions l'intelligence des cénobites, dévoyée de la droite raison.

Le patriarche alors régnant à Alexandrie — on peut se servir de ce mot à son sujet — était Cyrille, neveu de

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