LIVRE IX
une fois de plus encore à quel point les exigences religieuses pesaientsur ces autocrates du monde romain, si absolus en politique. Qui ne verrait sans surprise ce vieux soldat, devant lequel Aïttila reculait, donner des explications théologiques à des moines ignorants, dissiper les bruits calomnieux, et d’un soin jaloux venger son orthodoxie qu’un autre moine avait osé contester?
Pulchérie voulut répondre à son tour pour se dégager elle-même de l’inculpation d’hérésie, en même temps que le « très-sacré et très-pieux Empereur, époux de sa sérénité” ». Sa lettre est un résumé de celle du prince. Elle écrivit aussi à l’abbesse d’un des couvents de Jérusalem, appelée Bassa, car les religieuses n'étaient pas en reste sur les moines en fait d'opposition au concile de Chalcédoine, et plus d’un monastère de femmes était entré en révolte. Pulchérie fait à Bassa une ample déclaration de sa foi et la prie d’être son avocate auprès de toutes « les femmes consacrées » qu’auraient pu influencer les mensonges de Théodosius. Bassa voyait familièrement Eudocie, et à l'instigation de Pulchérie peut-être cherchait-elle à la ramener au giron de la foi catholique; ses efforts n'obtinrent pas un grand succès.
Les instructions de l’empereur Marcien à Dorothéus recommandèrent la douceur dans la répression, et la révolte fut étouffée sans effusion de sang. Les moines virent cesser les casernements de troupes et de che-
1. Sacratissimus et piissimus Dominus et conjux meæ screnitatis. Concil., IV, p. 872, 874.
vaux dans leurs couvents; les étrangers furent renvoyés dans leurs domiciles et toutes choses rentrèrent à peu près dans l’ordre; mais le bouleversement avait été long et désastreux. Théodosius, voyant la paix renaître, avait prudemment quitté Jérusalem; quand il sut que Marcien l’exceptait de l’amnistie, ainsi que ses principaux complices, il s'enfuit avec eux au couvent du Sinaï pour y trouver un asile . L'Empereur écrivit aux archimandrites des couvents de la sainte montagne qu'ils eussent à lui livrer ce scélérat couvert de crimes. Les archimandrites répondirent que toutes les recherches pour trouver Théodosius avaient été vaines, qu’il errait probablement, on ne savait où, dans les cavernes et les forêts, parmi les bêtes sauvages. II était aisé de deviner que l’homme traqué si soigneusement vivait tranquille parmi ses frères du Sinaï, eutychiens comme lui, sous l’inviolabilité d’une foi commune. Au reste, l'autorité de cet intrus avait depuis longtemps cessé dans Jérusalem, où les excès de sa tyrannie lui avaient aliéné tous les cœurs honnêtes. Eudocie était bientôt revenue de son aveuglement. Honteuse d’avoir patronné ce misérable et ses complices, elle se retira de la scène des événements, où de bonne heure son nom n'est plus prononcé. Pulchérie essaya de la ramener à la foi catholique, par Bassa sans doute, puis, et plus sûrement, par sa fille et ses petitesfilles, l’'Impératrice et les princesses d'Occident, qui lui
4. In montem Sina domicilium religionis, quo sanctis viris aditus est, pervenit. Concil., IV., p. 853.