‹ Nestorius et EutychèsChapitre 267 sur 279 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

fants dut à ses prières la fécondité de sa femme favorite. Une multitude de Persans, d’'Éthiopiens, d’Arabes, accouraient chaque jour pour le contempler sur son pilier, et s’en retournaient heureux de l’avoir entrevu; en un mot, le stylite Siméon était devenu la merveille et presque l’adoration de tout l'Orient.

Cet homme simple et d’un grand sens, dont les conseils réussissaient et les prévisions s’accomplissaient presque toujours, qui, n'ayant besoin de rien parmi les hommes, semblait porter dans leurs affaires un esprit supérieur à l’humanité, fut celui que l’impératrice Eudocie voulut consulter dans son infortune. « Comment, lui disait-elle dans une lettre que le chorévêque lui remit, comment ai-je pu allumer à ce point contre moi la vengeance divine, et que dois-je faire pour obtenir qu'elle se détourne? »

Siméon accueillit le messager avec bienveillance, et le chargea d’une réponse aïnsi conçue : « Sache, Ô ma fille, que le diable, voyant les richesses de ta vertu, t'a demandée au Seigneur pour te cribler comme le froment *. Le misérable Théodosius est devenu le vase et l'instrument de la tentation, pour offusquer de ténèbres ton âme aimant Dieu, et y jeter le trouble; mais prends confiance, ta foi ne défaillera pas. Au reste, je suis grandement émerveillé qu'ayant près de toi la source où tu dois boire, tu ne paraisses point la connaître, toi qui viens de si loin puiser à un humble

1. Theodoret., Vit. Patr., III, 26. 2, Scito filiola, quod diabolus virtutum tuarum cernens, te expetivit ut cribraret sicuti triticum. Niceph., XV, 13.

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et obscur ruisseau’. Tuas dans ton voisinage un homme divin, Euthymius; consulte-le, fais ce qu’il te commandera, et tu seras sauvée. »

Eudocie savait effectivement que le saint archimandrite Euthymius gouvernait une laure non loin de Jérusalem ; mais elle n’avait point songé à lui parce qu'il avait été en guerre avec l’intrus Théodosius. On appelait laure un ensemble de cellules assez disiantes les unes des autres pour que les solitaires, sans être perdus dans le désert, pussent y mener la vie isolée des anachorètes, ce qui la distinguait du monastère, où ils vivaient en commun et logeaient réunis, comme l’indiquait leur titre de cénobites.

L'établissement d’'Euthymius, simple et facile à édifier, changeaïit de lieu suivant les conditions de convenance et de sécurité, et il avait déjà parcouru plusieurs des déserts situés autour de Jérusalem et de la Mer-Morte. Ainsi l’archimandrite, ayant appris que Théodosius, inquiet de son influence, voulait le venir visiter, soit pour essayer sur lui sa faconde, soit pour embaucher ses moines, soit enfin pour paraître l'avoir gagné à sa cause, fit lever subitement ses cabanes comme un général en retraite fait replier ses tentes, décampa, lui, sa troupe et son bagage?. Euthymius alors se transporta dans le désert le plus éloigné de Jérusalem, sauf à recommencer la même manœuvre à la première occasion. Quand l’intrus fut tombé, il se rap-

1. Ego quidem illud valde admiratus sum, quod quum fontem apud te ipsam haberes, longius aquam auriendam peteres. Niceph., XV, 13. 2. Anal. Græc. per Bened., p. 55.

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