‹ Nestorius et EutychèsChapitre 28 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

rempli de ses fils les siéges épiscopaux les plus brillants, tandis qu’il fallait aux Alexandrins pour se montrer des conciles œcuméniques ou la polémique des dogmes. Cette infériorité offusquait leur orgueil, et leur bonheur était de pouvoir incriminer comme hérétiques quelques doctrines professées par les évêques et les clergés de Syrie. On en avait eu la preuve lors de la persécution de Chrysostome.

En second lieu, on voyait régner entre le même patriarcat d'Alexandrie et celui de Constantinople une antipathie égale, sinon plus violente. Démembrement de l'évêché d’Héraclée en Thrace et la dernière créée des métropoles orientales, sans passé, sans autre illustration que celle des évêques étrangers qui venaient la gouverner, l’Église de Constantinople avait néanmoins recu du second concile œcuménique, tenu en 381, la primauté dont il dépouillait le siége d'Alexandrie. La raison de cette spoliation était toute politique. La nouvelle Rome, organisée à l'instar de son aînée avec un empereur, un sénat et une cour, avait réclamé, comme on devait s'y atlendre, un établissement ecclésiastique analogue à celui de la Rome ancienne, c’est-à-dire la primauté religieuse dans l'Empire oriental. Alexandrie s'était plainte amèrement, et ses doléances avaient été soutenueset le furent longtemps par l’évêque de Rome, qui voulut rester fidèle à sa vicille amitié; mais le concile æœcuménique agissait sous l'inspiration de l’empereur Théodose [°", et la raison d'État prévalut. Il en résulta des haines qui se perpétuèrent, et dont on remarquera souvent

dans ces récits l’opiniâtreté et l’aigreur. Toutes les fois qu'un archevêque de Constantinople prêtait le flanc à des attaques, on était sûr de trouver en la main quile frappait la main d'un archevêque d’Alexandrie.Aussi dans le vocabulaire de Constantinople irritée le patriarche d'Alexandrie ne portait pas d'autre nom que celui de l'Égyptien, et ce mot disait tout.

Cyrille saisit donc avec empressement l’occasion de se mesurer avec son collègue, qui était doublement son adversaire comme archevêque de Constantinople et comme sorti de l’Église d’Antioche, et ilse promit bien de ne le lâcher, lorsqu'il aurait mis la main sur lui, qu'après l'avoir tué juridiquement. Mais, comme il savait Nestorius fort bien en cour et patronné personnellement par l'Empereur, il ne se hasarda qu'avec prudence. Sa tactique fut de paraître provoqué et poussé malgré lui dans la lice. Profitant de la plainte des archimandrites pour ouvrir le combat, il le fit par une instruction à ses moines sur le mystère de l’Incarnation, instruction dans laquelle il les mettait en garde contre certains écrits hérétiques dont on infestait leurs couvents, et il citait des passages de Nestorius qu’il réfutait sans le nommer. Cette instruction avait pour titre : Lettre aux solitaires'. Répandue en Orient avec la même profusion que les discours de Nestorius, elle tomba naturellement entre ses mains. Nestorius s’en offensa. « C'est là une attaque gratuite et que je n'ai point méritée », dit-il à quelqu'un qui manda le

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