LIVRE PREMIER
propos à Cyrille. Celui-ci avait de quoi s’excuser, et dans une lettre demi-justificative, demi-agressive, il voulut s'expliquer avec son collègue et frère. « Je n’ai eu à son égard nulle intention blessante, écrivait-il, je n’ai fait qu’obéir au strict devoir d’un pasteur qui cherche à garantir son troupeau contre des doctrines qu'il croit mauvaises. » Il ajoutait cette phrase, remarquable sous sa plume : « ce n’est pas moi qui ai poussé les esprits simples et ignorants à s'occuper de matières inabordables au commun des hommes, où les yeux les plus perçants ne font qu'entrevoir la lumière, où les autres n’aperçoivent que ténèbrest. »
Nestorius ne voulait point répondre à cette lettre. Le prêtre d'Alexandrie qui la lui apporta le pressa tant au nom de la paix religieuse qu’il crut ne pouvoir s’en dispenser. La paix fut loin d'y gagner; Nestorius fut bref et hautain : « L'expérience fera voir quels fruits nous retirerons du scandale; quant à moi, je conserve la patience et la charité fraternelle, quoique vous ne l’ayez point gardée envers moi, pour ne rien dire de plus?. » La réponse était peu engageante pour un échange de lettres; mais les deux adversaires venaient de descendre dans l'arène, et, une fois le fer croisé, ils ne se quittèrent plus des yeux.
La polémique devint générale, àcre et violente du