‹ Nestorius et EutychèsChapitre 36 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Constantinople’. Il en envoya un autre en même temps aux vierges-reines, c’est-à-dire à Pulchérie et à ses sœurs, mémoire très-différent du premier quant à la forme, plein de citations savantes commentées par lui-même, et résumant ce qu'il fallait croire sur le dogme de l’Incarnation?. Ce second mémoire évidemment n’avait pas été composé dans le même sentiment que le premier, et laissait percer une plus grande estime pour la science théologique et l’orthodoxie des personnes auxquelles il s’adressait. Ce double envoi ‘causa chez Théodose une vive irritation. Qui donc avait parlé à Cyrille de dissidence entre l'Empereur et sa sœur? S'il l’ignorait, pourquoi agissait-il comme s'il eût voulu la faire naître? S'il le savait, était-ce le métier d’un prêtre d’espionner la famille de ses princes pour jeter la discorde entre eux? Voilà ce que dit Théodose, et dans sa colère il répétait à ceux qui lentouraient que l’archevêque d’Alexandrie était un brouillon, un insolent, un méchant, qu’il le lui ferait bien sentir à lui-même. Nous verrons qu’en effet sa rancune fut tenace.

Nestorius triomphait donc au palais de Constantinople ; il fut moins heureux à Rome près de l’évêque de la Ville éternelle. Nous avons dit comment il avait profité de l’envoi de ses discours au pape Célestin pour

4. Cyrilli episcopi Alexandrini de recta in dominum nostrum Jesum Christum fide liber, religiosissimo Imperatori Theodosio nuncupaius. Concil., III, p. 45.

2. Cyrilli episcopi Alexandriæ oratio religiosissimis reginis inscripta, de recta fide. Concil, II, p. 105 et 225.

lui expliquer à sa façon les luttes qu'il soutenait à Constantinople et les doctrines qu’il y voulait faire prévaloir ; mais le pape Célestin, absorbé par les affaires d'Occident, n’avait eu le temps ni de répondre à la lettre ni d'examiner à fond une question si délicate. Il n’avait pris aucun parti, lorsqu’il reçut par le diacre Possidonius une missive de Cyrille où le patriarche d'Alexandrie lui rendait compte à sa manière aussi de l'état de Constantinople, dont il faisait un tableau lamentable. « Les peuples, disait-il, ne s’y assemblent plus avec leur évêque, sinon quelques gens sans conséquence ou des flatteurs ; presque tous les monastères et leurs archimandrites ainsi qu'une partie du sénat ne fréquentent plus l'église, craignant de blesser la foit. Si je n'ai point encore rompu la communion avec ce collègue, c'est que je désirais connaître auparavant votre sentiment; daigne Votre Sainteté m'en instruire. » 11 envoyait en même temps son épître aux solitaires et ses autres publications, auxquelles étaient joints des extraits des livres de Nestorius*. L'évèque de Rome fut grandement inquiet à la lecture de cette lettre ; il fit traduire en latin les pièces émanées des deux partis, et convoqua un concile d’évêques italiens pour conférer ensemble, et arrêter la marche à suivre contre la nouvelle hérésie. C'est tout ce que souhaïtait Cyrille. 1l allait susciter le plus redoutable des adversaires à son ennemi, et de plus il rentrait per-

4. Plebs Constantinopolitana a synaxi abstinet : abstinent ab cadem omnia pence monasteria, eorumque Archimandritæ. Concil., III, p. 341. 2. Cyril., Ep. 9. — Theoph., p. 76. — Mercator., IT, p. 57.

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