‹ Nestorius et EutychèsChapitre 4 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Premières années de Nestorius. — 11 est nommé évêque do Constantinople. — Son entretien avec Théodore de Mopsueste. — Il persécute et proscrit les Ariens. — Son sermon sur l'Incarnation. — La question des deux natures. — Proclus et Eusèbe de Dorylée attaquent sa doctrine. — Violences de Nestorius : sa querelle avec Cyrille. — Cyrille s'adresse à l'Empereur Théodose 11 et au pape Célestin. — Nestorius est sommé de se rétracter. — 1l refuse de recevoir les envoyés de Cyrille. — Théodose convoque un concile œcuménique à Éphèse.

Il est de mode d’accuser le v° siècle d’avoir manqué de vie publique, par suite de n'être pas digne de l'histoire. Nous souscririons peut-être à la conséquence, si les prémisses étaient exactes, bien que, en vérité, notre siècle n'ait guère le droit d’être dédaigneux pour les autres, et que le fameux humani nihil a me

alienum puto soit l’unique devise de l’histoire. Le tout est de s'entendre sur ce qu'on veut appeler la vie publique. La plupart de ceux qui nous en parlent, au moins pour l'antiquité, ne la concoivent qu'avec l’attirail de Rome républicaine : un forum tumultueux, un sénat en guerre perpétuelle avec le peuple, des tribuns en toge, des candidats accoutrés de blanc, des licteurs, des proscriptions, des exils, des assassinats commis jusque dans le forum même. Eh bien, le v* siècle nous présente une partie de ce spectacle. On n’y dispute pas, il est vrai, sur les lois agraires ou sur la représaille des plébéiens contre les nobles; mais on s’y bat très-ardemment pour construire l'édifice de la religion que nous professons, et qui, dans ces temps troublés, est le dernier asile de la civilisation; la brigue, la corruption, la violence, s'y exercent non plus dans des compétitions de consuls ou de tribuns, mais dans des compétitions d'évêques; des tumultes populaires y répondent aux agitations des Églises; il y a autant de forums que de grandes métropoles dans l’Empire, et les conciles sont le sénat du temps. C’est toujours la vie publique avec ses ardeurs, ses vertus, ses crimes.

La vie publique, car ce mot serait un non-sens, s’il ne signifiait un concours de passions, de volontés, d'efforts vers un but déterminé, la vie publique existait donc au v° siècle, et l'on voit tout le monde y prendre part, empereurs et peuples, nobles et plébéiens, laïques et clercs. Retrancher de l’histoire de ce temps ce qui regarde les idées et les faits chrétiens, c'est véritablement en retrancher l'âme : on ne l’a que

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