LIVRE Il
veau pour la foi orthodoxe dans l’exagération du : principe de la consubstantialité, par opposition à l’arianisme, qui n'était que la négation de ce principe. |
Si savante qu'elle parût, cette théologie n'était pourtant pas nouvelle. Au im siècle déjà, l’hérésiarque Sabellius n’avait voulu voir dans la Trinité qu’une triple manière d'envisager un Dieu unique dans son action vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis du monde, suivant qu'il est l'être en soi, ou l'être créateur par son Verbe, ou l'être vivificateur et sanctificateur par son Esprit. Or, dans son désir d'expliquer la parfaite égalité de substance existant sous la diversité des personnes divines, Apollinaire reproduisait presque une formule maintes fois condamnée. En haut, le sabellianisme, qui faisait disparaître l'élément religieux de la rédemption pour aboutir à un déisme philosophique; en bas, l'arianisme extrême, aboutissant à un déisme juif sous une nouvelle prophétie, — tels étaient les deux périls, également redoutables, quoique inverses, qui menaçaient la théologie chrétienne, dès qu’elle s’écartait du symbole net et précis arrêté par le concile de Nicée.
Pour mettre une digue aux idées sabelliennes, dangereuses surtout en Syrie à cause d’un vieux noyau de sabelliens, restés dans les provinces du Tigre et de l’Euphrate, l'évêque d’Antioche, Mélétius, avait imaginé la doctrine des trois hypostases égales et coéternelles, composant par leur réunion la grande hypostase ou substance divine. C'était au fond lamême chose qu’un Dieu en trois
personnes consubstantielles; mais la formule grecque avait le tort d'employer le mot hypostase, dont la traduction latine était substantia, dans deux acceptions différentes'; on reprochait d’ailleurs à ce mot luimême d’être une nouveauté?. Quoi qu’il en soit, Mélétius et la plupart des évêques syriens admirent dans leurs confessions cette variante du symbole de Nicée; les évêques d'Égypte en communion avec l’Église de Rome la déclarèrent inutile, voire pleine de périls, et l'antagonisme des deux moitiés du monde chrétien se trouva de nouveau aigri par des imputations mutuelles d'hérésie.
On comprend que l'attention de pasteurs vigilants, devait se porter sur tout ce qui pouvait nourrir ces: erreurs si vivaces et si difficiles à saisir ; aussi Jean d’Antioche se serait-il moins effrayé peut-être d’une doctrine qui pour combattre celle-ci eût exagéré tant soit peu la part de la nature humaine dans la personne du Sauveur. Or on trouvait dans les anathématismes de Cyrille les propositions suivantes : « Si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe de Dieu a souffert dans sa chair, qu'il a été crucifié dans sa chair, qu'il a goûté la mort dans sa chair, et qu’il a été le premier-né d'entre les morts en tant qu'il est vie et vivifiant
4. Tota sæcularium litterarum schola nihil aliud hypostasin, nisi usiam novit. Et quisquam rogo, ore sacrilego, tres substansias prædicabit? Una est Dei et sola natura, quæ vere est. Hieron., Ep. 14. — In tribus vocabulis, trinominem credens Deum, in Sabellii hæresim incurrit. Hieron., in Lucifer.
2. Novellum nomen, exigitur. Qui, quæso, ista Apostoli prodidere! Hieron., Ep. 14.