‹ Nestorius et EutychèsChapitre 62 sur 279 · LIVRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE Il

impérial près du concile leur donnât plus tard une escorte de soldats pour leur sauvegarde. Quant à Nestorius, il se tint dignement dans sa situation d’accusé : n’essayant ni de pénétrer dans les églises, d’où Memnon l’eût fait chasser infailliblement, ni de tenter quelque représaille qu’on eût pu tourner contre lui.

Peu de temps après Nestorius, on vit arriver Cyrille avec ses cinquante évêques égyptiens et un cortége presque impérial. Assailli par de furieuses tempêtes à la hauteur de Rhodes, il avait dû y relâcher, et n’atteignait enfin le port d'Éphèse qu'après de graves avaries. Il ne manqua pas d’atiribuer son salut et celui de sa flotte à la protection de Marie!, mère de Dieu, dont il s'était constitué le champion. Laïissant ses navires à l'ancre, il fit dans la ville une entrée triomphale : devant lui marchaient processionnellement ses cinquante évêques, et derrière lui en ordre de bataille, toute une armée de valets de l'évêché, de parabolans”,

4. Mare sese subdidit. Concil., III, p. 585. — Cyril., Ep. 18.

2. On appelait de ce nom, qui signifie en grec affronteurs du péril, la corporation des infirmiers et ensevelisseurs des morts de la ville d'Alexandrie, corporation attachée à l'Église, et qui, selon toute vraisemblance, succédait au corps hiératique des embaumeurs, si puissant au temps de l’ancienne Égypte. Les membres en étaient choisis par l’archevèque sous la toute-puissance duquel leurs statuts les plaçaient, et ils lui composaient une garde du corps résolue et bien armée, qui veillait sur lui dans la ville et le suivait au dehors. L’histoire nous montre le nom des parabolans mêlé à beaucoup d’excès commis soit à Constantinople, soit en Asie, partout enfin où se trouvaient leurs archevèques, dont ils étaient la milice privilégiée. Il fallut qu’à plusieurs reprises la loi elle-même intervint pour mettre un frein

de marins de la flotte et de gens à gages, portefaix et mendiants qu’il amenaït d'Alexandrie; il avait enrôûlé, dit-on, jusqu'aux laveurs des bains publics. Dans le cortége figuraient un certain nombre de diaconesses ou autres femmes consacrées à l’Église, qui devaient administrer la maison du patriarche et veiller sur sa santé pendant la durée de son voyage. À l'instar de ses prédécesseurs, les potentats épiscopaux d'Égypte, Cyrille n’arriva que les mains pleines de présents et d'or dont il sut faire libéralement l'emploi. Il reçut des magistrats et du peuple un tout autre accueil que son rival : on croyait saluer en lui comme un second patron de la ville.

Memnon, si dur pour les amis de Nestorius, livra toutes ses églises aux Égyptiens, et se fit le vicaire ou plutôt le lieutenant de leur chef pour la campagne qui allait s’ouvrir. Prêtres, magistrats, habitants, rivalisèrent de bons procédés et d’égards envers Cyrille, à tel point qu’il eût pu se croire dans une de ses cités pharaoniques des bords du Nil.

La maison du patriarche d'Alexandrie et celle de Memnon devinrent dès lors deux centres où l’on attira les nouveaux venus à mesure qu'ils arrivaient. C’est là que se recruta l’armée de Cyrille. Memnon se chargeait des intrigues, des corruptions, des menaces — car rien de tout cela ne fut épargné — et il remplit sa

à cette dangereuse corporation. J'ai parlé déjà des violences des parabolans de Cyrille, dans le volume de mes Récits de l'Histoire romaine au v° siècle, intitulé Placidie et Pulchérie. — Le Démenbrement de l’Empire.

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