‹ Nestorius et EutychèsChapitre 63 sur 279 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

tâche avec une audace éhontée dont nous verrons bientôt les effets. Prenant exemple sur le patriarche, qui avait dégarni la province d'Égypte pour amener avec lui cinquante votants, il fit venir trente-cinq des suffragants-de son exarchat entièrement ignorants des questions de dogme, sans compter une multitude d’évêques étrangers non convoqués par leurs métropolitains! : plusieurs de ces évêques étaient des interdits, déposés pour crimes, et même des hérétiques reconnus’, si l’on en croit les documents contemporains.

Tous ces gens-là furent appelés et accueillis favorablement au mépris des canons. A leur suite accoururent des prêtres qui abandonnaient leurs églises, des moines qui désertaient leurs couvents, des laïques de toute condition, les uns amenés par la curiosité, les autres par le fanatisme, et fiers de prêter mainforte au triomphe de la patronne de l’Asie. Grossie par des gens sans aveu, cette tourbe d'étrangers jetait le désordre dans la ville, où l’on avait chaque jour des rixes sanglantes à déplorer. — Les officiers impériaux

4. Episcopi, qui non vocati, ad turbandam sanctam synodum, accesserunt. Concil., III, p. 566.

2. Alii a synodis vel ab episcopis diversis in locis excommunicati et depositi : qui sane aliud nihil sunt, quam hominum turba divinorum dogmatum nescia, et ad tumultus seditionesque nata. Concil., HI, p. 707.

3. Comperimus Cyrillum Alexandrinum episcopum, et Memnonem Ephesiorum, sexcenta gravissima et detrimentosa contra sanctam Dei ecclesiam gessisse, et civitatem, sanctamque synodum turbis tumultibusque complesse. Concil., III, p. 603.

durent prendre des mesures énergiques pour maintenir la paix; ils expulsèrent la foule inutile des étrangers et des moines, et concentrèrent dans Éphèse les garnisons des villes voisines.

Quels que fussent les moyens de séduction prodigués aux nouveaux arrivants pour les enrôler sous un drapeau, beaucoup voulurent rester libres. Au lieu de se joindre aux deux groupes déjà formés, ils essayèrent d'en former un à part, groupe de gens consciencieux qui attendaient pour se décider la lumière de la discussion, et croyaient se montrer respectueux envers le concile en ne s’engageant point dans une opinion avant d’avoir entendu toutes les autres. Ce parti intermédiaire s’abstint de paraître aux conciliabules soit des évêques de Cyrille — on commençait à qualifier ainsi ceux qui s’enrôlaient après lui sous la bannière de Marie théotocos, — soit du petit troupeau de Nestorius. Les membres de ce tiers-parti attendaient pour passer d'un côté ou de l’autre l’arrivée des évêques syriens, dont le nombre et les lumières détermineraient, à leur avis, la majorité.

Cette tactique inquiéta Cyrille, qui redoutait l’arrivée du patriarche d’Antioche autant que les autres la souhaitaient, et Memnon résolut de soumettre les récalcitranis par la force, si la persuasion n’y faisait rien. Il envoya d’abord chez les évêques dissidents des clercs de son Église pour les endoctriner, puis des citoyens notables pour les toucher, en leur remontirant que -voier contre Cyrille c'était travailler à la ruine de leur cité, dont on voulait déshonorer la

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