‹ Nestorius et EutychèsChapitre 68 sur 279 · LIVRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE Il

Ces mots faisaient reeuler d'horreur l’évêque de Mélytène, lorsqu'un de ceux qui servaient d'acolytes à Nestorius s’échappa jusqu’à dire: « Quant à moi, tout en trouvant les Juifs coupables, je ne les condamne pas eomme déicides, ear ils n’ont pas tué le Dieu, mais l'homme seulement‘. » Un autre évêque du groupe nestorien ajouta que le Verbe divin, seconde hypostase de la Trinité, n'était pas le même que le Verbe incarné ayant souffert dans le Christ ?. On voit que les opinions les plus diverses se donnaient earrière de ce côté. Acacius s'enfuit indigné et ne reparut plus.

TBéodote d’Ancyre éprouva le même désappointement. Comme il exposait avec chaleur la cause du fils éternel de Dieu « né, dans le temps et selon la chair, des flancs de la Vierge Marie » —: « Vous penserez làdessus ce que vous voudrez, s’écria Nestorius, mais, moi, je n’admettrai jamais un Dieu de deux mois, un Dieu de trois mois; jamais je n’adorerai comme tel un enfant qui a sucé le lait de sa mère, et qui s’est enfui en Égypte pour sauver sa vie*, » Nestorius ce jour-là n'était plus un hérétique, il n’était pas même un chrétien. Ses amis s’aperçurent qu'il se perdait et l’en avertirent; mais lui, toujours confiant, toujours inconsidéré, excusait ses paroles en disant: « qu'il ne

4. Aderat et alius quidam ipsi, qui Judeis patrocinatus, eos non in Deum, sed in hominem impios extitisse affirmabat. Concil., HI, p. 506. 2. Episcopus quidam qui cum jipso erat, sermonem excipiens,

alium assercbat Filium esse qui mortem subierat, et alium item Dei Verbum. Concil., III, p. 506.

3. Verum graviores blasphemias Nestorius adjecit, dicens nolle se

faisait tout cela que pour s'exercer à la controverse, qu'après tout il en avait assez de ces disputes interminables, et se lavait les mains des impiétés de ses adversaires. »

Acacius et Théodote n’avaient pu réprimer leur indignation en quittant Nestorius, et leur conversation fut rapportée à Cyrille. Cyrille voulut qu'ils en déposassent authentiquement, ces preuves d’hérésie étant plus fortes que tout ce qu’on pouvait lire dans les écrits de l'accusé. Les deux évêques, qui étaient gens d'honneur, hésitaient à le faire : on les contraignit par leur caractère même, et ils durent obéir. Cyrille avait maintenant dans les mains des faits patents, indiscutables; il ne songea plus qu’à précipiter la crise.

Une considération grave l’engageait à profiter de l'absence des Orientaux. Qui présiderait le concile? En droit, ce devait être Nestorius, à qui appartenait le siége le plus élevé de l'Empire d'Orient; mais Nestorius, étant accusé, ne pouvait présider ses juges : luimême le comprenait d’ailleurs, et, comme je l’ai dit, ne cherchait point à sortir de son rôle. Après le patriarche de Constantinople, le second dans le rang de dignité était celui d'Alexandrie, Cyrille, qui était aussi accusé!, comme on l’a vu, par la lettre de l’Empereur; il l'était même doublement pour le scandale public de sa sommation à Constantinople et pour les

bimestrem ac trimestrem Deum, aut acte nutritum adorare; neque

illum, qui fugit in Ægyptum, Deum nominare. Concil., III, p. 634. 1, Nec Cyrillo judicare licuisse, cum unus esset ex eis qui judi-

candi erant. Concil., III, p. 720. |

Page 1