LIVRE II
faits relatifs aux plaignants égyptiens. À ce titre, l’archevêque égyptien eût dû imiter la conduite de Nestorius, et se récuser pour la présidence; toutefois, l’accusation dont il était l’objet n'ayant pas été formulée selon les règles ecclésiastiques, comme celle qu’il avait lancée lui-même contre Nestorius, il profita de ce vice de forme pour jeter de côté l'accusation et l'incapacité qu'elle entraînait, et s’empara de la présidence en vertu de son droit de primatie‘,
Jean d’Antioche présent au concile, la chose pouvait se passer autrement. Jean tenait le troisième rang parmi les patriarches, et, à défaut de Cyrille, c'était lui qui devait présider ; or il eût étayé son droit dans la circonstance sur un argument devant lequel la prétention de son rival se serait évanouie. Au lieu de la mise en accusation informe que les officiers impériaux pouvaient soulever contre celui-ci, Jean d’Antioche en apportait une, régulièrement formulée, au nom des évêques de la province d'Orient, et certes ni le concile, ni les officiers impériaux, n'auraient permis à Cyrille de passer outre. Cette crainte, que lui faisaient concevoir les nouvelles envoyées par ses espions d’Antioche, car il en avait partout, préoccupait vivement le patriarche d'Alexandrie : il se hâta de conjurer le péril en brusquant l'ouverture de la session.
Le 20 juin, treizième jour après la Pentecôte, les
1. Cyrillus sibi auctoritatem usurpans, neque a canonibus, neque a vestris edictis ei concessam, in omne genus i mmodestiæ ac sceleris ruit. Concil., III, p. 714.
102 NESTORICS ET ECTYCHES.
Orientaux n'étaient pas arrivés, mais on savait qu’ils ne se trouvaient plus qu'à très-peu de journées de la ville : ils avaient été retenus dans lear marche par ia fatigue et la maladie de quelques-uns d’entre eux. Leur tête de colonne, composée des plus jeunes ou des plus alertes, avait même déjà gagné Éphèse : Théodorêt était du nombre. Jean écrivait particulièrement à Cyrille que tous ils paraîtraient sans faute le 26, et deux évêques dépêchés en avant déclaraient de sa part que, si lui-même dépassait cette date, il ne s’offenserait pas qu’on ouvrit le concile avant sa venue‘. Les hommes prudents et modérés étaient d'avis qu’il fallait attendre, soit par sentiment de convenance entre évéques, soit par sentiment d'équité et même de devoir canonique; on ne pouvait, disaient-ils, sans les plus graves motifs, priver du droit de discussion et de vote, dans une question de dogme, la plus grande et la plus illustre Église de l'Empire d'Orient.
Cyrille, au contraire, opinait pour qu’on passat outre. « Nous avons assez contrevenu, répétait-il, aux ordres de l'Empereur, qui a fixé le 7 de juin pour l'ouverture de la session. Beaucoup d’entre nous sont malades et découragés, plusieurs même sont morts ?; tous demandent à partir, et quelques-uns sont déjà partis. Que ceux qui se sont montrés exacts et soucieux de leurs devoirs ne pâtissent pas au moins pour la négligence d’autrui. » Telles étaient ses raisons