LIVRE Il
sur un trône élevé, disent les actes, le livre des Évangiles, comme pour indiquer que Jésus-Christ était appelé en témoignage dans les débats! qui allaient commencer sur l'honneur dû à sa sainte mère.
Au moment où, suivant l’usage, le protonotaire indiquait aux assistants l’objet de la réunion, le comte Candidien entra dans l’église avec une troupe de soldats; derrière lui marchait une députation des soixante-huit signataires de la protestation, qui venait la renouveler en face de l'assemblée, et quelques évéques connus pour appartenir à l'entourage de Nestorius. Candidien s’avança et dit d’une voix haute : « Les ordres de notre très-religieux Empereur interdisent la réunion d’assemblées particulières, cette source de discordes et de schismes, et exigent la présence du plus grand nombre possible d’évêques pour constituer le concile. Or beaucoup manquent encore et sont attendus incessamment; vous ne formez donc point le concile, vous n'êtes qu’une assemblée particulière, et je vous invite à vous séparer sur-lechamp.
— Lisez-nous la lettre sacrée — c'est ainsi qu’en style officiel on désignait les lettres écrites par le prince, — s’écrièrent plusieurs voix à la fois; la lettre sacrée !.…
— Je ne saurais la lire, reprit le comte Candidien,
1, Cum igitur sequenti die in sancta et magna ccclesia, quæ appellatur Maria, convenimus, sanctumque Evangelium, quod ipsum Christum præsentem nobis monstrabat, in throno, qui medium Iocum obtinebat, propositum erat. Concil., III, p. 570.
que devant le concile légalement constitué !. Vous ne la connaîtrez que lorsque le révérendissime archevêque d'Antioche sera ici avec les siens. Il n’est plus qu'à trois journées de marche; j’en reçois l'assurance par un de mes officiers envoyés à sa rencontre; je vous le répète avec instance : séparez-vous ! »
Un tumulte effroyable suivit ce discours. Tous parlaient à la fois. « Comment voulez-vous, disait-on à Candidien, que nous obéissions aux volontés de l'Empereur, si nous ignorons ce qu’il ordonne?? » Et on lui criait de nouveau de lire la lettre impériale. Candidien resta un moment interdit et comme se consultant lui-même, puis il déploya un rouleau de papier qu’il tenait à la main, et lut à haute voix ce qu’il contenait. C’étaient ses propres instructions, celles par lesquelles étaient déterminées ses attributions et ses devoirs comme haut-commissaire près de la future assemblée. Elles contenaient plusieurs dispositions principales : — d'abord l'ordre donné au concile d'avoir à se composer du plus grand nombre possible d’évêques « afin que ses décisions émanassent d’un même esprit et d’un même cœur » ; — ensuite, les premières matières mises en délibération devaient être des matières de foi, les questions personnelles ou individuelles étant rejetées après tout débat; — enfin
4. Optabam coram con:tiiuta totaque synodo in unum simul coacta, dominorum nostrorum ac piissimorum .Imperatorum litteras exhibere. Concil., Ii, p. 590.
3. Optamus piarum litteraram tenorem audire: oportet namque de rebus non conjecturam facere sed recta ad veritatem ipsam contendere. Concil., III, p. 590.
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