LIVRE If
le commissaire impérial, « illustrissime » comte Candidien, préposé au maintien de l’ordre et de la discipline, n’avait point permission d'assister aux discussions de dogme‘, ces questions étant de la compétence des seuls évêques. La lecture fut écoutée en silence et suivie des acclamations ordinaires de souhaïts de longue vie pour le prince, ce qui fit croire au commissaire que l'assemblée se soumettait, et allait obéir à sa sommation. Il lui renouvela en conséquence l'invitation de se dissoudre.
Mais alors un tumulte plus grand que le premier éclata dans toute l'assistance. Ge qu'avaient voulu les meneurs, C'était d'obtenir du délégué de l'Empereur la lecture des lettres et instructions qui devaient inaugurer l’ouverture du concile, et empêcher qu'on n'arguât de ce défaut pour soutenir la nullité de ses actes. La formalité se trouvait remplie, et le comte Candidien avait été joué. « Maïntenant que nous connaissons la lettre sacrée, dit un des évêques, profitant d’un instant de silence, nous allons nous conformer au désir de notre très-clément et très-religieux Empereur en portant d’abord nos délibérations sur les questions de foi; en conséquence, nous invitons l’illustrissime comte à vouloir bien quitter l’assemblée. »
Candidien, reconnaissant sa faute, tâcha de la réparer comme il put; mais on ne l’écouta pas : de
4. Igitur Candidianum præclarissimum sacrorum domesticorum comitem ad sacram vestram synodum abire jussimus; sed ea lege et conditione, ut cum quæstionibus et controversiis quæ circa fidei dogmata incidunt, nihil quidquam commune habeat. Concil., III, p. 441.
telles clameurs, de telles huées étouffèrent sa voix qu’il fut obligé de sortir. « Je sortis, dit-il dans. son rapport, injurié, expulsé!. » Alors vint le tour des évêques qui l'avaient suivi. Ceux de Nestorius furent l'objet de tant d’insultes et de menaces qu’ils ne songèrent qu’à s'enfuir ?. La députation des soixante-huit n’eut pas une chance plus heureuse; elle fut mise hors de léglise sans avoir pu lire la protestation qu’elle apportait. Ainsi débuta la cession du concile d'Éphèse, qu'un magistrat incapable venait d’inaugurer à SON insu.
Après leur départ, la séance reprit, et le protonotaire exposa l'affaire du révérendissime archevêque de Constantinople, Nestorius, accusé d’hérésie. Comme l'accusé était absent, on demanda qu’il fût cité en personne à comparaître, afin d'entendre ses réponses et de pouvoir rendre un jugement contradictoire. Quatre évêques furent désignés pour lui porter une citation en règle. Sa maison était entourée de soldats armés de massues* que lui avait envoyés Candidien, et les évêques pe furent point admis; mais un officier leur dit, de la part de l’archevêque, qu'il comparaîtrait dès qu’il y aurait un concile.
4. Me quoque, cum precibus iterum obnoxius instarem, veluti qui non deberem eorum esse particeps quæ illis gerebantur, e suo concessu expulerunt. Concil., III, p. 591.
2, Sedet religiosissimos episcopos, quos sanctissimi Nestorius miserat, ceterosque qui comites ipsis adjuncti fuerant, non absque ignominia exegerunt. Concil., III, p. 591.