‹ Nestorius et EutychèsChapitre 74 sur 279 · LIVRE IT · texte numérisé non relu

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Quand l’évêque de Mélytène eut fini sa déposition, Théodote d’Ancyre à son tour se leva, non moins troublé, et portant dans son attitude les marques d’une profonde émotion. « C'est le cœur plein d’amertume que je viens, dit-il, témoigner contre un ami: mais, puisque le service de Dieu l'exige, je surmonterai ma douleur pour exposer la vérité dans les choses sur lesquelles on m'interroge', quoiqu’au fond je pense que mon témoignage n'était pas nécessaire. » Alors il raconta les étranges propos de Nestorius sur un Dieu de deux mois, de trois mois, sur un Dieu allaité par une femme et contraint de fuir pour sauver sa vie. « Je n'ai pas été le seul malheureusement à entendre de tels blasphèmes sortir de la bouche de l'accusé : d’autres évêques peuvent en faire foi comme moi? », ajouta-t-il en terminant ; puis il se rassit comme accablé de douleur.

Après ces déposilions, où l’honnéteté et la vérité percaient dans tous les mots, les extraits des discours et des lettres de Nestorius étaient de bien pâles témoignages; plusieurs évêques demandèrent qu’on en cessât la lecture pour ne pas souiller plus longtemps leurs oreilles par cet amas d’impiétés.

Cyrille fit lire alors des passages des Pères pour

1. Equidem amici causa graviter affligor; nihilominus omni amicitiæ præpono pietatem. Adigor proinde, idque non magna absque animi mei tristitia, ut eorum de quibus interrogor, veritatem exponam. Concil., I, p. 505.

2. Atque hæc non solum nos ex eo intelleximus, sed alii præterea non pauci. Concil., III, p. 505.

démontrer que la doctrine dont il s'était fait le défenseur était celle de la science non moins que de la tradition : parmi les docteurs cités, les trois premiers étaient d'Alexandrie. Quand les débats furent clos, on alla aux voix sur la condamnation, que l’assemblée prononça à l'unanimité : la sentence, libellée dans les termes suivants, fut insérée aux actes du concile :

« Nestorius ayant refusé d’obéir à notre citation, force nous a été d'en venir à l’examen de ses impiétés. Nous l’avons convaincu tant par ses lettres que par ses autres écrits et par les discours qu’il a tenus depuis peu dans cette ville, discours prouvés par témoins, de penser et d'enseigner des blasphèmes. Réduits alors à une dure extrémité par les canons et par la lettre de notre trèssaint père et collègue Célestin, évêque de l'Église romaine ; après avoir souvent répandu des larmes, nous avons rendu cette triste sentence : « Notre-Seigneur « Jésus- Christ, qu’il a blasphémé, déclare, par ce saint « concile, qu'il est privé de toute dignité épiscopale et « retranché de toute assemblée ecclésiastique‘. » Suivaient les signatures au nombre de cent quatre-vingtdix-huit; les adhésions postérieures le portèrent à un peu plus de deux cents.

Ainsi finit la session, ouverte et close en un seul jour. Quand l'assemblée se sépara, il était nuit noire. Une foule immense encombrait les alentours de

4. Igitur Dominus noster Jesus-Christus, quem suis ille blasphemis vocibus impetivit, per sanctissimam hanc synodum eumdem Nestorium cpiscopali diguitate privatum, et ab universo sacerdotum consortio et cœtu alicnum esse detinit. Concil., IL, p. 533.

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