LIVRE PREMIER
leur père Arcadius avait fait enlever d’Antioche Jean Chrysostome pour en faire un évêque, et involontairement ils tournèrent les yeux de ce côté. Antioche avait en ce moment même parmi ses simples prêtres un orateur dont tout le monde vantait l'éloquence, et qu’on venait entendre de toutes les parties de l'Orient; les deux souverains jetèrent leur dévolu sur lui, et Théodose II lui demanda de se rendre le plus tôt possible dans la ville impériale pour y recevoir le siége épiscopal vacant. Ce prêtre se nommait Nestorius?.
Nestorius était Syrien, de cette partie de la Syrie que l’Euphrate traverse et qui avait le singulier privilége de fournir à l'Orient un grand nombre d’hérésiarques, soit que l'aspect d'une nature sauvage et triste y portât l'esprit vers les rêveries de la contemplation, soit que le voisinage de l’Arabie, de la Chaldée et de la Perse y introduisit des idées qui influençaient . et altéraient la foi chrétienne. Il avait pris naissance dans la petite ville de Germanicia *, appelée plus correctement Cesarea Germanica en souvenir du grand Germanicus, qui avait gouverné la Syrie. Sa famille était obscure, et même d'assez bas étage pour que son adversaire Cyrille osàt lui dire, par une de ces amé-
4. Consulter à ce sujet le volume de mes Récits de l'Histoire romaine, intitulé Saint Jean Chrysostome et l'Impératrice Eudoxie, 1 I, |
2. Theodosius ex Antiochena ecclesia episcopum adducendum putavit Nestorium, nomine Germaniciæ natum, dicendi quidem facultate præditum. Concil., IT, p. 6.
3. Erat illic vir quidam, nomine Nestorius, ortus ex urbe Germanicia. Socr., VII, 29, — Theodoret., Hær. fab. IV, 12.
nités théologiques dont la polémique du temps ne se faisait pas faute, qu'il sortait de la boue et que son origine était honteuse ‘. Pour échapper aux misères d’une telle condition, Nestorius s’expatria de bonne heure, courut l'Orient, et vint se fixer à Antioche, où ilse mit à étudier. Il fréquenta ces écoles fameuses appelées à donner au monde des rhéteurs païens ou . des orateurs chrétiens, suivant que les disciples étaient ou non baptisés : Nestorius, baptisé dans son enfance, en sortit orateur chrétien. Il passait d’ailleurs pour un des produits les plus brillants de ce gymnase, qu'avait dirigé Libanius et où Chrysostome était devenu un grand homme à.
En quittant les bancs, il se retira dans le monastère d'Euprèpe *, à quelques milles d’Antioche, pour y étudier en paix les ouvrages des Pères et s'exercer à la
pratique de la vie monacale : c'était le noviciat de ceux qui se destinaient à l’Église et à la prédication : mais Nestorius n'aimait ni les mortifications, ni la pauvreté, dont il avait fait de bonne heure un trop rude apprentissage, et qu’il se hâta de rejeter loin de lui dès qu'il le put. Quant à l’exégèse des Pères, elle le rebuta par son aridité : l'esprit facile, mais superficiel du néophyte ne se pliait pas aux travaux longs et sérieux; l'art oratoire était son génie, du moins tel
4, Cyrill., Homil., V, 2.
9. Voir dans mes Récits de l’Histoire romaine au v° siècle le volume intitulé : Alaric, l’Agonie de l’Empire.