Voir plus haut, p, 4o sq
esprits habitués à envisager autrement le problème de l'union des deux natures. Des accusations contre l’orthodoxié de saint Cyrille s'étaient produites avant le concile. Quand on parcourt les Actes de celle assemblée et du conciliabule, on s'aperçoit que si les Orientaux protestent contre la. déposition de Nestorius, et encore assez timidement, 118. ne prennent pas ouvertement et sans restriction la défense de sa doctrine. Tout l'effort de leur polémique est dirigé contre Cyrille et ses anathématismes. Les déclarations que fit Jean d'Antioche, au moment de se réconcilier avec Cyrille en 433, sont à cet égard fort instructives :
» L'année dernière, écrit-il au pape Sixte, à Cyrille et à Maximien de Constantinople, s’est réuni à Éphèse, sur l'ordre du pieux empereur, le saint concile des évêques aimés de Dieu, pour s'occuper de l’affaire de Nestorius !, en union avec les légats du pape Célestin, d'heureuse mémoire. Ils ont déposé le susdit Nestorius comme professant une doctrine pernicieuse, ὡς βεβήλῳ διδασχαλίχ χρώμενον, COMME ayant scandalisé beaucoup de monde et ayant dévié de la vraie foi, χαὶ où ὀρθοπηδήσαντα περὶ τὴν πίστιν. Arrivés à Éphèse après que celte affaire avait été conclue, nous en avons éprouvé du mécontentement, λελυπήμεθα. Il s’en est suivi un différend entre nous et le saint concile. Après bien des discussions, nous sommes revenus dans nos Églises et dans nos villes sans avoir ratifié la sentence de déposition du saint concile contre Nestorius. Les Églises se sont ainsi trouvées divisées d’opinion. Mais comme c’est notre devoir de faire cesser ces dissensions et que les empereurs très pieux et amis du Christ l'ont demandé par l’entremise du tribun et notaire Aristolaüs,..... nous nous sommes décidés à adhérer à la sentence rendue par le saint concile contre Nestorius, à le tenir pour déposé et à anathématiser ses doctrines mal famées, δυσφήμους διδχσχχλίας : car notre Église, de même que
1, τῆς χατὰ Νεστόριον ὑποθέσεως χάριν. D. Leclercq traduit : « afin de vaincre lhérésie de Nestorius, » op. cit., p. 4oo. C’est un des nombreux exemples de traduction défectueuse qui abondent dans l’Histoire des conciles. Il est regrettable qu’on ait si peu soigné la nouvelle édition française de l'ouvrage d’Hefele.
Nous avons constaté qu’on ne pouvait guère se fier aux traductions des textes originaux.
votre Sainteté, a toujours professé la doctrine orthodoxe !. »
Le patriarche d'Antioche, on le voit, reconnaît assez candidement que ce n’est pas une pure question de doctrine qui a brouillé les Orientaux avec les Pères d'Éphèse. Il s'était aperçu, dès le début de la controverse, que Nestorius s’exprimait de travers sur le mystère de l'Incarnation, et il ne paraît pas qu'il ait jamais cru sérieusement que saint Cyrille était hérétique. Il était lui-même d’une orthodoxie irréprochable, bien que sa conduite ait été parfois peu en harmonie avec ses principes. Lui qui se réconciliait avec Cyrille, lui qui condamnait les nouveautés perverses de Nestorius? et félicitait Proclus de sa lettre aux Arméniens?, ne trouvait presque rien à reprendre chez Théodore, qu'il comparait à Athanase, à Basile et à Grégoire *. Saint Cyrille ne pouvait comprendre ces inconséquences et s’en plaignait amèrement.
1, Maxsr, V, col. 285 D.
2. Mgr Duchesne écrit que « Jean d’Antioche ne voulut point taxer Nestorius d'hérésie, mais qu'il accepta, et les siens avec lui, de condamner ses excès de langage ». Histoire ancienne de l'Eglise, t. I, p. 452. Cf., p. 379. Le mot d’hérésie ne parait pas en effet avoir été prononcé par les Orientaux, mais Jean d’Antioche a employé des termes équivalents. Il ne parle pas seulement des doctrines mal famées de Nestorius, δυσφήμους δαδασχαλίας, Maxsi V, 285 D, ni de ses nouveaulés (ou de ses balivernes) perverses et profanes, τὰς φαύλας αὐτοῦ wa βεβήλους χαινοφωνίας (ou χενοφωνίας), ibid., col. 291 D, toutes expressions dont se sert souvent Cyrille pour désigner les erreurs de Nestorius, mais il déclare aussi que l'hérésiarque a altaqué la vraie foi : « Depositum sive damnatum habemus Nestorium,... anathematismo subjicientes quaecumque ab eo aliene ac peregrine dicta sunt contra apostolicam doctrinam, » Epistol. ad Theodosium imperalorem. Synodic. XCI, Maxsi, tbid., col. 8732 AB ; et dans une lettre à Proclus, synodic. CXCVII, ibid., col, 972 B : Agnovimus et nunc et prius quae sit secta Nestorii, quam contra rectam patrum fidem noviter adinvenit et ipsum quidem ab eis dejectum. Quae autem male sapuit vel dixit, seu in conscriptie, sive in expositionibus, haec omnes abjecimus et anathematizavimus, et qui eum excipiunt et qui ea eadem quae ille aliene a pia confessione sapiunt,
3. Sanctissimo episcopo Proclo tomum recte revera et pie se habentem, quem ad Armenios scripsit, nobjs destinante, et nostrum quaerente consensum, omnia facta sunt a nobis, et in nullo minus fecimus, Joannis Antiocheni el synodi ad Cyrillum. ».6.,t. LXXVII, col. 329-330. Cf. Joannis Ant. ad Proclum, ». α., ἢ LXV, col. 877. La lettre de Proclus renferme la formule suivante, d’une saveur toute cyrillienne : μίαν ὁμολογῶ τὴν τοῦ σαρχωθέντος Θεοῦ Λόγον ὑπόστασιν, ibid., col. 865.