‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 109 sur 197 · Joannis el synodi ad Cyrillum, loc. cit., col · texte numérisé non relu

Joannis el synodi ad Cyrillum, loc. cit., col

5. Voir la réponse de Cyrille à Jean et à son synode, ibid., col. 332-338 et Ja lettre à Acace de Mélitène, ibid., col, 338-340.

Il faut avouer que les Orientaux avaient de la peine à se rendre compte de l'erreur de Nestorius. Les formules de l'hérésiarque ressemblaient aux leurs ; ils avaient subi comme lui l'influence de l'évêque de Mopsueste. La mauvaise impression que pouvaient produire certaines expressions particulièrement choquantes des homélies nestoriennes était corrigée par des passages qui paraissaient tout à fait irrépréhensibles. Voilà qui expliqueles déplorables malentendus que révèle la lecture du Synodicon. On y voit Cyrille traité d'hérétique et Nestlorius réhabilité par des évêques dont l'orthodoxie ne semble pas douteuse. Théodorct, qui finit à la longue par reconnaître que saint Cyrille n’est ni apollinariste, ni monophysite, ne peut se résoudre à approuver la déposition de Nestorius et persiste à le croire innocent!, Un Alexandre de Hiérapolis écrit des lettres magnifiques, dignes des plus vaillants confesseurs de la foi et brave les rigueurs de l'exil plutôt que d’entrer en communion avec l’hérétique Cyrille et l’apostat Jean et de consentir à la déposition de l'orthodoxe Nestorius?. Quoi d'étonnant dès lors que ce dernier ait vu destraîtres dans ceux qui firent d’abord cause commune avec lui à Éphèse et qui ensuite l’abandonnèrent pour se réconcilier avec Cyrille?

$ V. — Nestorius et les docteurs occidentaux.

Nestorius paraît être mort dans la persuasion que sa doctrine concordait avec celle des Occidentaux, exprimée dans

la Leltre de saint Léon à Flavien. La lecture de ce document

1. Il ne paraît pas que Théodoret ait anathématisé Nestorius avant le coneile de Chalcédoine, Nombreuses sont ses lettres où il déclare Nestorius innocent : « Si volunt ut indeterminate et virum, cujus judices non sumus facti anathematizemus et dogma ipsius quod novimus rectum, impie facimus, ut arbitror, si ei obediemus, Ad Andream episcopum. Synod. LXI, Mawsi, loc. cit., col. 841 A B. Cf. 00]. 846-847, 847-848, 876, 898-899. Cette dernière référence, synod. CXX, renvoie à une lettre de Théodoret à Nestorius, dans laquelle l’évêque de Cyr déclare avoir reconnu l’horthodoxie de Cyrille, mais proteste contre l'injuste sentence portée à Ephèse. Certains critiques considèrent cette lettre comme apocryphe. Nous ne voyons pour notre part aucune raison d’en suspecter l'authenticité. Voir encore col. 918-919, 928 C, 938.

2. Tria sunt ab Antiocheno commissa : communio cum haerelico, rectae fidei anathematismus, orthodoxi hominis depositio. Synodic. CLXV, col. 942 D.

lui laissa l'impression que l'évêque de Rome élait nestorien. C'est du moins ce qu'il dit dans le Livre d'Héraclide. I dut bien rencontrer çà et là des expressions qui le choquèrent, et qui étaient de nature à le faire réfléchir ! ; mais il passa outre et ne s'arrêta qu'aux passages qui semblaient le favoriser.

« L'évèque de Rome, dit-il, lut ce qui avait été fait contre Eutychès et il condamna Eutychès à cause de son impiété. Pour moi, lorsque j'eus trouvé et lu cet écrit (la lettre à Flavien), je rendis grâces à Dieu de ce que l'Église de Rome avail une confession de foi orthodoxe et irréprochable, bien que les Romains eussent été disposés autrement à mon égard ?.

5" Lorsque je me taisais, parce qu'on m'avait enlevé la faculté d'exposer mes théories οἱ qu'on ne me croyait pas, Dieu suscita ceux qui étaient crus, lorsqu'ils répétaient ma doctrine, qui était l'expression de la vérilé, sans qu'ils pussent être soupçonnés de dire cela par amitié pour moi. Dieu ne faisait pas cela pour moi, car qu'est-ce que Nestorius? Qu'est-ce que sa vie? Qu'est-ce que sa mort dans le monde 9 Mais il l’a fait pour la vérité qu'il a donnée au monde, qui était perdue pour des prétextes trompeurs, et il a réfuté les séducteurs. Comme ils avaient des préjugés contre moi et qu ils ne croyaient pas ce que je disais, comme si j'avais été un obstacle à la vérité et en avais empêché l’exacte expression, Dieu suscita un héraut qui était pur de ce préjugé — Léon — qui proclama la vérilé sans crainte. Comme la prévention créée (contre moi) par le concile en imposait à beaucoup, même à la personne des Romains, et les empêchait de croire ce que je disais et qui était resté sans examen, Dieu permit que le contraire arrivât, qu'il retirät (de ce monde) l'évêque de Rome, (Célestin), lui qui avait eu le principal rôle contre moi à Éphèse, et qu'il fit approuver et confirmer (par Léon) ce qui avait été dit par l’évêque de Constanti- ΠΟΡ 65.

Voir plus loin la note C.

Beaucoup m'ont blâmé à diverses reprises de n'avoir pas écrit à Léon, évêque de Rome, comme à un homme dont la foi était orthodoxe, pour lui apprendre exactement ce qui s’élait passé et la déformation de la foi, au moins lorsqu'on m'eut remis une partie de la lettre qui contenait son jugement sur Flavien ét Eutychès et d'après laquelle il était évident qu'il ne craignait pas de perdre l'amitié impériale. Voici pourquoi je π᾿ αἱ pas écrit : ce n’est pas parce que je suis un homme orgueilleux et sans intelligence, mais c'est parce que je n'ai pas voulu arrêter dans sa course celui qui marchait si bien, à causes des préventions qui existaient contre ma personne. J'ai accepté de souffrir ce dont on m'accusait, afin que les hommes pussent recevoir sans encombre l’enseignement des Pères tandis que j'étais ainsi accusé, car je ne m'occupe pas de ce qui ἃ été fait contre moi. Sije n'ai pas écrit, c'est encore pour ne pas laisser croire que je fuyais la lutte, parce que je craignais les peines, moi qui, durant de nombreuses années, n’ai pas eu un instant de repos ni une consolation humaine, car voilà assez de maux qui sont venus sur le monde, et ils peuvent mieux que moi faire éclater à tous les yeux l’oppression de la vraie [οἱ '. »

Même en admettant la parfaite authenticité de ces belles déclarations 3, ilest permis dese demander si ellesnerecèlent pas quelque arrière-pensée. On se figure difficilement que Nestorius ait refusé d'écrire à Léon uniquement pour ne pas l'arrêter dans sa course et par pur désintéressement. N'y aurait-il pas sous les mots quelque crainte habilement dissimulée de n'être pas en parfait accord avec « le chef aimé des Romains »? S'il s'était senti pleinement rassuré, il est plus que probable que l’hérésiarque n’aurait pas hésité à faire la démarche décisive qui l’aurait réhabilité aux yeux de ]᾿ Église et l'aurait arraché aux souffrances d’un exil rigoureux.

Quoi qu'il en soit, si Nestorius a vraiment cru que les Occidentaux partageaient ses idées, parce qu'ils admettaient deux natures, ceux ci ont toujours reproché à l'hérésiarque

fr P: 030:

Page 1