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n’y ἃ qu’une essence. De même les eaux, soit courantes soit congelées, ne sont pas deux essences d’eau mais une seule qui subsiste à l’état liquide et à l’état solide, bien qu'on regarde l'état solide comme opposé à l’état liquide. Il en est de même pour Dieu : le même est corps et sans corps, mais en ce qu’il est corps, il diffère de ce qu'il est sans corps f. »
Nestorius n’a pas de peine à renverser tous ces sophismes. Il répond d'abord à l'argument tiré de la toute-puissance de Dieu :
« De ce que Dieu peut tout et qu'il fait tout ce qu'il lui plait, il suit que son essence n’est pas devenue la chair, car celui qui devient chair dans sa nature cesse de pouvoir tout faire, parce qu’il est chair et non Dieu. Pouvoir tout faire est le propre de Dieu et non de la chair. En restant Dieu, Dieu ne peut pas tout vouloir : il ne peut pas ne pas vouloir être Dieu, au point de faire que lui-même ne soit pas Dieu... Introduire en Dieu l’essence de la chair serait le détruire et lui enlever la toute-puissance ?. »
Il établit ensuite qu’une chose qui est changée substantiellement en une autre cesse d'être elle-même pour devenir celte autre chose. C’est donc en vain que les hérétiques prétendent qu’en devenant chair, Dieu n'a pas perdu sa nature. Ou il a cessé d'être Dieu, ce qui est une absurdité, ou il est resté ce qu'il était, et alors la chair dans laquelle il s'est montré n'était qu'une apparence :
« Vous ne le reconnaissez pas comme Dieu par essence, puisque vous l’avez changé en l’essence de la chair ; il n’est pas non plus homme par nature, puisque vous l'avez fait essence de Dieu ὃ.»
« Celui qui, de pierre ou de terre, est devenu homme, possède la nature de l’homme, parce qu'il est vraiment homme et non la nature de la pierre ou de la terre; et celle qui d'un corps humain est devenue une statue de sel n’a plus eu cette dernière nature. Car les choses qui sont changées d’une première essence, possèdent seulement la nature en
ouh. 14:
LE MONOPHYSISME À REBOURS 207
laquelle elles ont été changées. Par conséquent, si tu dis que de la matière première de la nature divine il est devenu la nature de la chair, il possède cette essence qu'il est devenu et qu'il n'élait pas !. »
Les héréliques insistent. Ils font remarquer que le bâton de Moïse, lorsqu'il est devenu réellement un serpent, était à la fois serpent et bâton. Les eaux du Nil qui furent changées en sang avaient aussi à la fois la nature du sang et celle de l'eau. Les enfants d'Israël se servaient des eaux devenues sang selon la nature de l’eau, et Moïse se servait du serpent comme d'un bälon, parce qu'il était les deux en vérité, car Dieu produit des natures comme il veut ?. Mais, réplique Neslorius, siles Hébreux puisaient seulement de l’eau, c’est que le sang s'était pour eux changé en eau ; et si les Égypliens puisaient seulement du sang, c'est que l’eau pour eux avait élé changée en sang ?.
La distinction élablie par les hérétiques entre les théophanies de l'Ancien Testament et la grande théophanie du Nouveau, à laquelle ils réservent le nom d'incarnation, est sans fondement, car la manifestation du Nouveau Testament n'a pas été vue par tous les hommes, mais seulement par les habitants de la Palestine, contemporains du Christ. D'ailleurs, on ne saurait donner le nom d'incarnation à la métamorphose de la divinité en chair. Pour qu'il y ait véritablcment incarnation, il faut que Dieu, restant immuable dans son essence, prenne une nature humaine en dehors de luimême :
« S'il n'était pas venu dans la nature humaine, mais était devenu chair dans sa propre essence, il ne se scrait pas incarné, parce qu'il l'aurait fait pour eux dans sa propre essence el non dans la nature des hommes #. »
Enfin, de ce que Dieu a pris une nature humaine étrangère à sa propre essence, il ne s'en suit pas qu'il y ait eu une addition à la Trinité :
. Ibid.
MU
« Il n’a reçu aucune addition dans l'essence, parce que les essences demeurent sans changement. Quand une essence devient une autre essence, c’est alors qu'il y a addition. Etil n’a pas reçu non plus une addition sur le prosüpon, parce qu'il a pris son propre prosôpon et non celui d’un autre. Il n'as pas séparé mais uni son propre prosôpon et celui de la nature dans laquelle il s’est incarné, et ainsi le prosôpon de celle-ci est en lui et non dans un autre. Il s’est en effet revêtu de la forme du serviteur et il s'est anéanti par elle; il l’a revètue de son prosôpon, et il a élevé son nom au-dessus de tous les noms. C’est donc dans le prosépon de la divinité qu’elle est adorée, et non dans un autre; à cause de cela, un est le prosôpon et un le nom du Fils !. »
On reconnaît dans ces dernières phrases la théorie nestorienne du prosôpon d'union, que nous avons exposée plus haut. Abstraction faite de cette théorie, il n’y a rien à reprendre aux arguments que Nestorius oppose aux hérétiques. |
ξ III. — Le monophysisme proprement dit.
Le monophysisme proprement dit, celui d'Eutychès?, que Nestorius ἃ connu, puisqu'il a survécu au brigandage d'Éphèse de 449, dont il a eu les Actes entre les mains, est exécuté avec la même rigueur que l’hérésie précédente. Voici d’abord en quoi il consiste :
« Dieu le Verbe n’est pas venu pour changer sa propre essence immuable et pour en faire l'essence de la chair,
2. Ou celui qu'on lui prète. Il est bien difficile en effet de savoir au juste quelle était la doctrine de ce moine têtu et peu instruit. Il parait s'exprimer parfois d'une manière orthodoxe, mais en adoptant la terminologie de saint Cyrille. Voir ses déclarations à la septième session du concile de Constantinople de 448 dans HereLe-LECLERCQ, op. cit ,t, Il, 1re partie, p. 535-538. Quoi qu’ilen soit, Eutychès a eu des disciples qui ont nié la consubstantialité de la chair du Christ avec la nôtre. De ces vrais monophysites, les monophysites sévériens, qui étaient orthodoxes dans le fond, se séparèrent dès le début. Cf. LeBow, op. cit., p. 489-500.
St.
πο - ΡΥ ΧΡ ΤΣ D AI πε - ἡ -