‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 121 sur 197 · LE MONOPHYSISME PROPREMENT DIT · texte numérisé non relu

LE MONOPHYSISME PROPREMENT DIT

mais pour élever notre propre essence misérable et changeante jusqu'à sa propre essence, qui est immuable, et pour la rendre divine et adorable, non pas à part, mais dans l'union. Il l’a gratifiée de l'union avec sa propre essence, afin qu'il y ait une seule essence et un seul prosüpon d’une seule essence. La petite a été mélangée et égalée à celle de la divinité, grande et immuable. De mème que les choses que l'on jette dans le feu deviennent semblables à l'essence du feu et deviennent la nature du feu, qui les a faites ce qu'elles sont devenues, de mème aussi la nature divine ἃ reçu la nature humaine, l’a enfermée dans sa propre nature, l'a changée et l’a faite désormais une, sans division, en essence comme en prosôpon ; et ni dans la nature, ni dans le prosôpon, il n'y a eu vraiment d'addition à la Trinité. C'est ainsi, disent-ils, que son Incarnation a eu lieu et qu'elle est conçue !, »

Nestorius marque très nettement la position des monophysites vis-à-vis de la doctrine de l'Église et des hérésies précédemment nommées :

« D'une manière générale, ils sont en dispute avec tout le monde : avec les manichéens, en ce qu'ils admettent deux essences réelles (avant l'union) ; avec les hérétiques précédents en ce que d’après eux, la chair n'est pas formée de la nature de Dieu, mais de la nature de nos pères; avec l'Eglise, en ce qu'ils changent la chair en l'essence de Dieu. — En ne laissant pas la chair subsister dans sa propre essence, ils ressemblent aux manichéens, parce qu'ils détruisent l’essence de la chair ; mais ils s'écartent d'eux, en ce qu'ils disent d'une façon absolue que Dieu ἃ été dans la matière de la chair 5. »

Les monophysites pervertissent la véritable notion de l'Incarnation, et, malgré leurs affirmations, ils introduisent un changement, une addition dans la Trinité. Leur Christ n'est ni vraiment Dieu ni vraiment homme. Au point de vue philosophique, leur doctrine se heurte aux mêmes contradictions que celle des précédents hérétiques.

1, P. 21. Cf. p. 81 a. P. 232.

« Ils enseignent non l'Incarnation de Dieu, mais la déification de l’homme.

» Si la nature de la chair, qui a été divinisée, subsiste dans l'essence dans laquelle elle a été divinisée, comment la Trinité n’a-t-elle pas reçu une addition dans l'essence et dans le prosôpon ? 1 n’y ἃ en effet dans la Trinité rien de la nature humaine...., mais elle est seule, et si quelque chose qu'elle n'avait pas éternellement lui est survenue, elle a donc reçu une addition...

» Si ce qui est survenu n’est pas resté ce qu'il était, mais si la nature humaine a été détruite par la nature divine comme par le feu, et si de cette manière la Trinité n’a pas reçu une addition, il n’y a plus là une incarnation, mais la destruclion même de l’Incarnation..…,

» Et en cela ils sont d'accord avec ceux qui changent l’essence divine avec la nature humaine : car c’est tout un : que Dieu soit devenu corps ou qu'il ait changé l'essence humaine en la nature divine. Il supprime en effet la nature divine, celui qui la change en la nature humaine, et il se moque de la nature humaine, celui qui la change en la nature divine. Il en fait une nature incréée, ce qui est impossible...…, car il n’est pas possible que l'essence qui est créée soit incréée, que l'essence faite ne soit pas produite, que ce qui n’est pas devienne une nature éternelle et soit avec ce qui est éternel. Il n’est pas non plus possible qu'une nature incréée devienne créée, soit par changement de nature, soit par confusion ou mélange. »

On tomberait aussi dans l’absurdité, si l’on avançait que la nature divine n’a changé qu’en partie, car cette nature est absolument simple, indivisible et immuable?.

Pour appuyer leur théorie, les monophysites établissent une comparaison entre l'Incarnation et l'Eucharistie. De mème que le pain et le vin sont converlis au corps el au sang du Christ, de même, disent-ils, la nature humaine a été changée en la nature divine. À cette objection imprévue,

L'APOLLINARISME οι

Nestorius fait une réponse malheureuse, qui sera examinée plus loin !.

$ IV. — L’apollinarisme.

Après avoir exposé et réfuté le monophysisme proprement dit, Nestorius passe à l'apollinarisme, qui est un monophysisme d'un genre spécial. La descriplion qu'il en donne est particulièrement exacte et cadre bien avec l'enseignement authentique de l'évèque de Laodicée, tel que le résume G. Voisin dans son savant ouvrage sur l'Apollinarisme :

« Il est d'autres hérétiques qui en quelque chose ressemblent (aux monophysites) et en quelque chose se séparent d'eux. Ils sont aussi d'accord avec les ariens en un sens, mais diffèrent d'eux à un autre point de vue. Ils font figure d'orthodoxes d’une certaine façon, mais c'est pour retomber aussitôt dans la maladie des premiers (des monophysites). Ils reconnaissent que le corps de Notre-Seigneur est de la nature de nos pères, et en cela ils ressemblent à ceux que nous avons combattus un peu plus haut ; mais ils se séparent d'eux parce qu'ils nient le changement de la chair en l'essence divine et qu'ils admettent l'union sans mélange et sans confusion 3,

» Is iaclinent vers les ariens parce qu'ils disent que l'union a eu lieu pour donner une seule nature, non par un changement d'essence, mais par une réunion et une composition naturelle, de même que l'âme et le corps sont réunis en une seule nature, et que par une nécessilé naturelle, l'âme endure naturellement les souffrances du corps et le corps celles de l’âme δ. Ce que chacune des natures ne peut recevoir dans sa nature, le Verbe l'a reçu dans le composé naturel, par mélange naturel, souffrant et opérant par une seule sensibi-

1, Voir plus bas, p. 259 sq.

2. Certains Pères ont atttribué à Apollinaire et à ses disciples l’erreur de la confusion (σύγχυσις) de la divinité et de la chair dans le Christ ; mais l’évêque de Laodicée a rejeté explicitement cette doctrine. On voit que Nestorius est bien renseigné. Cf. G. Vousex, L’Apollinarisme, p. 288, 339.

3. Apollinaire recourt fréquemment à l'exemple de l’union de l'âme et du corps ponr expliquer l'union du divin et de l'humain dans le Christ ; il trouve d'ailleurs que la comparaison n’est pas adéquate. Voisix, op. cit., p. 280.

lité... L'union consiste en ce que Verbe et le corps s’associent pour agir et souffrir naturellement. Mais ils s’éloignent des ariens, parce qu'ils admettent qu’il y ἃ eu un corps et une âme animale, que Dieu le Verbe est consubstantiel au Père, et que ce n'est pas par ordre, mais parce qu'il la voulu, qu’il s’est soumis à l'union!

» Soit parce qu'il n'a pas voulu, soit parce qu'il ne pouvait pas entrer là où il y ἃ une intelligence, il s’est uni par une union naturelle à l'âme sensible et vivante et au corps, de manière à compléter et à achever la nature humaine, afin de pouvoir souffrir et mourir naturellement dans l'âme et le COLPS. F4. C’est donc sans partir d’une nature complète qu’il est devenu et qu’il est la nature de l’homme. Il n’a pas été dans un homme, mais il était homme véritablement ; car 1} a été avec la nature de l’homme et il a été attaché à l’âme et au corps comme pour les compléter, et non pour y demeurer. Celui qui habite peut s'éloigner de celui en qui il a habité, et il ne ne reçoit ni la nature, ni le nom de ce en quoiila habité. C'est pourquoi, bien qu'il ait habité dans tous les saints, il n’est pas dit qu'il se soit incarné ni qu'il était homme dans l’un d’eux. Iln’est devenu véritablement homme qu’en s’unissant à la nature de l’homme pour la compléter naturellement. Il ἃ pris pour lui le rôle de l'intelligence, afin d’être le guide naturel de l’âme et du corps #. »

Lorsqu'il récapitule ce qu'il a dit sur les divers hérésies, Nestorius résume en quelques mots les idées essentielles de la théorie apollinariste : Le Verbe s’est uni à un corps et à une âme sensible, afin de pouvoir souffrir: il a remplacé l'intelligence qui transgressa l’ordre et n’obéit pas à Dieu. »

1, Cf. Voisin, op. cit., p. 301.

2. Quoi qu’en aient dit certains Pères, Apollinaire n’a pas enseigné que la divinité avait souffert. C’est le corps animé par l'âme animale qui a éprouvé la souffrance et la mort; mais, en vertu de la communication des idiomes, sur laquelle Apollinaire insiste beaucoup, les propriétés de la chair peuvent être attribuées au Verbe. Voisin, p. 345-346.

3. Cela signifie sans doute que, d’après Apollinaire, le Verbe ne s’est pas uni à une nature humaine complète, mais qu’il forme avec le corps et l’âme sensible une nature complète dont il constitue comme une partie.

k. Le Livre d’Héraclide, Ὁ. 30-32.

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