RES ET
Ces affirmations banales ne sullisent certainement pas pour faire de Nestorius un partisan de la sotériologie pélagienne. Entre les deux hérésies, il n'y a sur ce point qu'une ressemblance lointaine consistant dans une tendance à exagérer le pouvoir du libre arbitre pour le bien et à présenter le Christ homme comme soumis à la lutte morale.
δ II. — Jésus Rédempteur.
Nestorius se fait du dogme de la Rédemption une conceplion qui serait satisfaisante, si elle n’était viciée par sa docirine chrisiologique. Cette conception peut se résumer ainsi : Par la désobéissance du premier homme, la nature humaine tout entière a contracté une delte vis-à-vis de Dieu. Comme elle était insolvable, Dieu a porté contre elle uné sentence de condamnation, en suite de quoi elle est devenue sujelte du démon. Nouvel Adam, le Christ est venu payer notre dette à la justice divine et nous enlever ainsi très Justement à la domination de Satan, qui désormais n’a plus aucune raison de nous opprimer et se trouve dépouillé de tous les droits que lui conférait sur nous l'acte de la condamnation primitive. D'ailleurs, pour échapper au pouvoir de Satan, il faut devenir membre du corps du Christ par le baptême. Le simple catéchumène est encore débiteur, et s’il meurt, l'ennemi réclame son âme comme son bien.
Cette doctrine n’a rien que de très orthodoxe ; un théologien de nos jours ne parlerait pas mieux. Elle surpasse en pureté el en précision l’enseignement de certains Pères grecs, comme Origène et saint Grégoire de Nysse. La théorie des droits du démon n'y tient qu’une place très secondaire, et elle est présentée sous une forme qui n’a rien d’inacceptable. Pourquoi faut-il que Nestorius bouleverse l’économie rédemptrice, après l'avoir si bien exposée, en nous rappelant sans cesse que son Rédempteur n’est point la personne du Verbe unie hypostatiquement à une nature humaine, mais la personne humaine unie à la personne divine? Pourquoi aussi, pour appuyer cette doctrine hérétique, fait-il un appel inattendu aux droits du démon, en essayant de nous prouver
D 4 e Fr ΕΝ Σ
que ces droits seraient lésés et que Dieu n’agirait pas avec justice à l'égard de son ennemi, si le Rédempteur n'était pas une personne humaine? Ce sont là des conséquences logiques de sa christologie. Les dogmes chrétiens sont intimement unis les uns aux autres ; en attaquer un, c'est, directement ou indirectement, fausser la notion des autres. Montrons par quelques citations l'objectivité de cette courte synthèse.
La satisfaction du Christ.
Nestorius affirme tout d'abord que le but de l’Incarnation a été « d'effacer la faute du premier homme et de rendre à la nature humaine la ressemblance divine, que cette faute lui avait fait perdre!. » La faute d'Adam en effet n’a pas seulement nui à lui-même, mais à toute sa race. Celle-ci ἃ contracté par elle à l'égard de Dieu une dette qui n'a fait que s’accroitre par les péchés personnels de chaque individu. C’est alors que le Christ, nouvel Adam, est venu s'interposer entre le créancier irrilé et la débitrice insolvable, et il l’a fait en alliant merveilleusement la justice à la miséricorde :
» Non hoc solum Christianis praedicandum, quia incommutabilis est Deus Christus, sed et benignus, formam servi accipiens et quod subsistebat existens, ut noveris (eum non solum) non mutatum post unitionem, sed visum simul benignum et justum ; mors enim pro impiis sine peccalo carnis est ejus, et quod eam pro inimicis non refugit, inestimabilis benignitatis est gratia : Vix enim, secundum Paulum, pro juslo quis morialur (Rom. v, 7); suscipere autem humanum genus per hominem et reconciliare Adam mulla justiliae circumspectio est.
» Justum enim erat, naturam quae offenderat, hanc denuo Deo placitam liberare, et justum est, obnoxiam quondam, quae debitum incurrit, absolvere. /rreprehensibilem namque et sine querela hominum nalura debebat Deo conversalionem, sed deficiebat in exsolutione?; negligentiae emim passiones animam huc atque illuc trahentes, nudam cam ἃ virtutibus impellebant, et rari erant pictalis ac
1, P. 59. Cf.. p. 161 et 188-189.