‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 156 sur 197 · La présence réelle et le sacrifice eucharistique · texte numérisé non relu

La présence réelle et le sacrifice eucharistique

Certains Protestants, notammeut le pasteur Aubertin, ont essayé de faire de Nestorius un partisan de la théorie symboliste, qui ne voit dans l'Eucharistie qu'un pur signe vide de toute réalité. Ils se sont basés sur le texte suivant, tiré d’un fragment de sermon :

« Écoute le bienheureux Paul, qui dit : Chaque fois que vous mangerez ce pain; il n’a pas dit : « Chaque fois que vous mangerez cette divinité » mais : Chaque fois que vous mangerez ce pain. Vois ce qu'il avance au sujet du corps du Seigneur : « Chaque fois que vous mangerez ce pain » dont le corps est l'anlitype ! ».

Nestorius, disait Aubertin, appelle le corps du Christ «antitype du pain eucharistique ». Cela signifie que le corps est la réalité dont le pain est le type, la figure ; le mot « pain » ne peut que désigner la substance du pain?. Comme il ne pouvait venir à l'idée du pasteur protestant que la réalité et sa

1, Βλέπε περὶ τοῦ σώματος αὐτῷ τοῦ δεσποτιχοῦ (λεγόμενον) τὸ προχείμενον . ὁσάκις ἂν ἐσθίητε τὸν ἄρτον τοῦτον, οὗ ἐστιν τὸ σῶμα ἀντίτυπον. Loors, Nestoriana, Ῥ. 3586. Habituellement, ce sont les éléments qui sont appelés par certains Pères « antitypes du corps et du sang du Christ», Ici, c'est le corps qui reçoit ce nom. On lit dans l'Histoire des dogmes de M. Tixeront, t, Il, Paris, 1909 : « Les mots ὁμοίωμα, ἀντίτυπον, bien que susceptibles d’une bonne interprétation, devaient cependant paraître moins exacts, et c’est pourquoi nous les trouvons ou omis ou implicitement condamnés par l’école littérale et rigoureuse d’Antioche. » (p. 178). Cette affirmation est appuyée par deux textes, l’un de Théodore de Mopsueste et l’autre de son contemporain, Macaire de Magnésie, cités déjà par Batiffol, L’Eucharistie, la présence réelle et la Transsubstantiation, 3° édit., Paris, 1906, p. 259. Or, comme l'a fort bien remarqué J. Lebreton, Le dogme de la Transsubstantiation et la chrislologie antiochienne du Ve siècle, dans les Actes du Congrès eucharistique de Westminster, Londres, 1909, p. 337, en note, on a donné à ces textes une portée qu’ils n’ont pas. Celui de Macaire de Magnésie est cité généralement isolé de son contexte, Quant à Théodore, « il ne réprouve pas l’usage du mot σύμθολον ; il remarque seulement que, pour la raison qu'il indique, le Christ ne l’a pas employé à la Cène », Cela suffirait à faire considérer l’affirmation de Tixeront comme dénuée de fondement sérieux. L'emploi du mot ἀντίτυπον par Nestorius et du mot σύμδολον par Théodoret, deux Antiochiens de marque, lui ôte toute valeur, Rien n'est périlleux comme les généralisations en patristique, à partir du rve siècle, car pour généraliser, il faudrait avoir tout lu.

2, Voir Garnier, Dissertatio I de haeresi et libris Nestorii. ». L., t. XLVIII, col. 1165,

figure, le corps du Christ et le pain pussent coexister ensemble, il concluait que Nestorius avait en effet séparé l’un de l’autre et nié la présence réelle. Cette conclusion est loin de s’imposer ; même en l’absence de tout autre texte, on pourrait avancer que Nestorius n’a pas disjoint le signe et la chose signifiée, le type et l’antitype, et défier Aubertin de prouver le contraire. Mais d’autres passages lèvent l'obscurité créée par l'emploi du mot « antitype ». L'hérésiarque y déclare « que nous sommes nourris par le corps et le sang du Seigneur! » ; il se plaint que les fidèles « délaissent la chair du Seigneur » pour courir à leurs plaisirs et à leurs affaires?. « Tous, dit-il dans le Livre d'Héraclide, nous recevons de ce même pain par lequel il nous fait participer au même sang et à la même chair, qui sont de la même nature (que notre sang et notre chair) 3. » À plusieurs reprises il répète que nous mangeons la chair du Christ et non la divinité ".

Nestorius a aussi reconnu très clairement que l’Eucharistie était un sacrifice véritable, reproduction du sacrifice de la croix :

« Aux fidèles comme à des soldats est offerte la solde royale que sont les saints mystères ; mais l’armée des fidèles, on ne la voit nulle part; comme une paille légère, le vent de la négligence les a emportés avec les catéchumènes; et le Christ est symboliquement crucifié, égorgé par le glaive de la prière sacerdotale; mais comme au jour de la passion, ses disciples ont pris.la fuite*. »

Il n’est pas téméraire de supposer que ce glaive de la prière sacerdotale, dont parle Nestorius, fait allusion aux paroles dominicales : « Ceci est mon corps... Ceci est mon sang » et que c’est à elles qu'il attribue la force consécratoire, à l'exemple des docteurs antiochiens, dont saint Jean Chrysostome est le plus illustre représentant 6.

1. τὸ δεσποτιχὸν αἷμά τε χαὶ σῶμα σιτούμενοι. Loors, op. cit., p. 271.

2. τῆς δεσποτιχῇς σαρχὸς ὑπὸ πιστῶν ἐγχατάλειψις. Loors, p. 241.

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