EXPLICATION DE LA PRÉSENCE RÉELLE ET DU SACRIFICE
La foi de Nestorius à la présence réelle est donc hors de doute. S'il faut en croire Léonce de Byzance, certains deses disciples n'ont pas été fidèles sur ce point à la doctrine du maître et n’ont vu dans le pain eucharistique qu'un simple signe destiné à rappeler le corps du Christ. A l’un de leurs prosélytes, hésitant encore entre leur secte et l’Église, et déclarant qu'on ne pouvait être en communion à la fois avec eux et avec l'Église, ils firent cette réponse :
« Que cela ne t'inquiète pas. Le pain qui est offert en signe du corps du Christ, n’a pas reçu plus de bénédiction que celui qu'on vend au marché et que les pains offerts à Marie par les Philomarianites !. »
Il ne faut sans doute voir là qu'un casisolé, car les Nestoriens ont conservé jusqu'à nos jours la croyance traditionnelle.
8 II. — Explication de la présence réelle, et du sacrifice.
Les textes scripturaires qui parlent de l'Eucharistie ont été expliqués par Nestorius dans le sens de sa théorie christologique. Il est ainsi arrivé à faire de ce sacrement, non le sacrement de l’'Homme-Dieu tout entier, mais le sacrement de la personne humaine du Christ. C'est ce qui ressort des passages suivants :
« Écoutez et faites attention à ce qui est dit: Celui qui mange ma chair. Remarquez qu'il parle de la chair et que ce n'est pas moi qui ai ajouté le nom de la chair, afin qu'il ne paraisse pas à ceux-là que j'interprète à faux : Celui qui mange ma chair et boit mon sang. 11 n’a pas dit : « Celui qui mange ma divinité ou qui la boit », mais Celui qui mange ma chair el quiboit mon sang demeure en moi el moi en lui... Que mangeons-nous ? La divinité ou la chair ?? »
1. τοῦ γὰρ ἐπ᾿ ἀγορᾶς πιπρασχομένου ἄρτοῦ, καὶ ὧν οἱ Φιλομαριανῖται προσφέρουσιν εἰς τὸ ὄνομα τῆς Μαρίας « οὐ » πλείονος τετύχηχεν εὐλογίας ὁ εἰς τύπον τοῦ σώματος τοῦ Χριστοῦ προχείμενος ἄρτος. Adversus Incorrupticolas et Nestorianos, lib. IE, cap. vi. ρ. 6., t. LXXXVI1, col. 1364 B. Le texte de la patrologie n’a pas la négation « οὐ », mais ilest évident que le contexte l'exige, comme le P. Garnier en fait lui-même la remarque : Dissertatio I, De haeresi et libris Nestorü.
». L., t. XLVIIL, col. 1167.
2. Τίνα ἐσθίομεν; τὴν θεότητα, ἢ τὴν σάρχα; Loors, pp. 227-228.
« Le Christ a dit : Ceci est — non ma divinité, mais — mon corps brisé pour vous !. »
« Apprends que le mot «Seigneur » se dit tantôt de l'humanité du Christ, tantôt de sa divinité et tantôt des deux : Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur (1 Corinth. 1x, 26). Apprends par ce qui précède l'ignorance de ceux qui nous font opposition, parce qu'ils reconnaissent que l'utilité du sacrement est très grande, et comprends de qui celui-ci rappelle la mémoire aux hommes... Vois que Paul parle du corps du Seigneur?. »
D’après la théorie de Nestorius, la manducation et la mort pe sauraient en aucune manière être rapportées à la divinité c’est-à-dire à Dieu le Verbe. On ne peut entendre ces termes que de l’humanité, c’est-à-dire de la personne humaine, ou bien du prosôpon d'union, c’est-à-dire du Fils, du Christ, du Seigneur, mots à double portée, comme on sait. L'Eucharistie est dès lors le sacrement qui contient l'humanité ou la personne humaine du Seigneur. Le sacrifice eucharistique rappelle, non la mort de Dieu le Verbe — Dieu ne meurt pas — mais la mort de l’homme Jésus, car, ajoute Nestorius, « la nature de Dieu reçoit le sacrifice ; ce n’est pas elle qui estimmolée*. »
1. Τοῦτό ἐστιν — οὐχ ἡ θεότης μου ἀλλὰ — τὸ σῶμα μον. Ibid., p. 178.
2, "Axouooy ἐκ τῶν προηγουμένων τὴν ἀμαθίαν τῶν ἀντιτιθέντων, ὡς ἰσχυρὰν ἀναγινώσχουσι τοῦ μυστηρίου τὴν ὠφέλειαν, καὶ τίνος τοῖς ἀνθρώποις παρέχεται τὴν ἀνάμνησιν. Loors, p.356. Mgr Batiffol écrit : « Nestorius écarte comme « une ignorance » la doctrine de ceux qui veulent attribuer une efficacité vivifiante à la réception du corps eucharistique ». L’Eucharistie, la présence réelle et la transsub stantiation, 3° édit., Paris, 1906, p. 275. Nous ne croyons pas que ce soit là le sens des paroles de Nestorius. On ne voit pas comment il pourrait nier l'utilité de la nourriture eucharistique, lui qui se plaint ailleurs de la désertion de la table eucharistique par les fidèles, L’ignorance de ses contradicteurs consiste en ce qu’ils ne veulent pas reconnaître que saint Paul, dans le texte cité, vise, non la divinité ou Dieu le Verbe, mais l'humanité ou l’homme, et que le mot « Seigneur » désigne quelquefois l’humanité seule, comme c’est ici le cas, quelquefois la divinité seule et quelquefois les deux. Cette ignorance pense se défendre en mettant en avant l'utilité du sacrement ; comme si lui, Nestorius, n’admettait pas aussi cette utilité !
3. Dei enim natura sacrificium suscipit, non ipsa sacrificio immolatur. Loors, p. 271. Le Commonitorium envoyé par saint Cyrille au pape Célestin nous apprend
que Nestorius ne voit dans les saints mystères que le corps d’un homme : χαὶ ἐν τοῖς μυστηρίοις σῶμά ἐστινὰ νθρώπου τὸ προχείμενον. P. α. t. LXXVII, col. 88.