‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 158 sur 197 · EXPLICATION DE LA PRÉSENCE RÉELLE ET DU SACRIFICE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PRÉSENCE RÉELLE ET DU SACRIFICE

Est-ce à dire que Dieu le Verbe n’est en aucune manière présent dans le sacrement? Nestorius ne s'explique pas làdessus, mais il est constant que le Verbe n'est jamais séparé de l'humanité. Il se trouve dès lors dans l'Eucharistie par le fait que l'homme auquel il s'est uni s’y trouve aussi, c'est-àdire par concomitance. Seulement, cette union du Verbe et de l'homme dans le sacrement est la même que celle qui a toujours existé entre les deux : c'est une union morale et accidentelle. Le corps et le sang que nous recevons dans les saints mystères, c'est le corps et c'est le sang d'une personne humaine, non pas, directement et véritablement, le corps et le sang de la personne divine du Verbe. Voilà pourquoi saint Cyrille reproche tant à Nestorius et aux siens de « paralyser l'eflicacité du sacrement ! ». C’est que le corps et le sang d'une personne humaine ne sauraient être vivifiants. La vie, c'est le Verbe; c'est lui qui vivifie. Si le corps et le sang eucharistiques ne sont pas le corps et le sang de Dieu le Verbe, ils ne sauraient être vivifiants :

« IL faut le répéter, dit l'évêque d'Alexandrie, la chair ne peut servir de rien pour la sanctification et la vivification de ceux qui la reçoivent, si l'on s’en tient à sa propre nature. Mais si l'on considère et si l’on croit qu'elle est le temple du Verbe, alors on comprendra qu'elle puisse procurer la sainteté et la vie, non à cause d'elle-même, mais à cause du Logos qui lui est uni ?.

» Quand nous prenons part à l'Eulogie mystique et que nous recevons la chair sacrée du Christ notre Sauveur, ce n'est pas comme une chair ordinaire que nous la recevons, — Dieu nous garde d'un pareil sacrilège! — ni comme la chair d'un homme sanclifié el associé au Logos par une union de dignité... Le Seigneur nous dit : « En vérité, en vérité, je vous le déclare, si vous ne mangez la chair du Fils de

1. Νεστόριος καὶ où τὰ αὐτοῦ φρονοῦντες παραλύουσιν ἀμαθῶς τοῦ μυστηρίου τὴν δύναμιν. Erplicatio duodecim capilum, ad ΧΙ. ». ο., t, LXXVI, col, 312 Β.

2, In Joan., p. G., t. LXXIV, col. 528 C.

3. Voilà qui vise direclement Neslorius, Mgr Batiffol écrit, op. cit., p. 276 : « Xestorius n'admet d'autre présence réelle que celle de la chair du Christ, abstraction faite de la divinité, » Ceci n’est pas tout à fait exact : Nestorius n'exclut pas le Verbe, mais il ne l’unit pas assez intimement à l’aumanité,

l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Mais ne vous imaginez pas que cette chair du Fils de l'homme soit la chair d’un homme comme nous (comment la chair d'un homme serait-elle vivifiante?); c’est la propre chair de celui qui s’est fait et a été appelé Fils de l'homme à cause de nous ἷ. »

Ce dernier passage se lit dans la troisième lettre à Nestorius, rédigée au concile d'Alexandrie, en novembre 430. Un des anathématisines qui terminent cette lettre, le onzième, vise à la fois la doctrine christologique αν la doctrine eucha-

ristique de l'hérésiarque :

« Si quelqu un refuse de confesser que la chair du Seigneur est vivisiante etest la propre chair du Logos de Dieu le Père ; mais prétend que c'est la chair de quelque autre, distinct de lui et uni seulement à lui par la dignité, la chair de quelqu'un en qui habiterait simplement la divinité ; au lieu de reconnaître qu'elle est vivifiante, comme je l'ai dit, parce qu'elle est la propre chair du Logos qui peut tout vivifier,

qu'il soit anathème?. »

Quand il réfute ex professo les affirmalions de Nestorius citées plus haut, saint Cyrille lui fait toujours le même

τ, Epistol. III ad Nestorium. ». α., t. LXXVIL col. 113 C D.

2, EÙ τις οὐχ ὁμολογεῖ τὴν τοῦ Κυρίου σάρκα ζωοποιὸν εἶναι, at ἰδίαν αὐτοῦ τοῦ Ex Θεοῦ πατρὸς Λόγου, ἄλλ᾽ ὡς ἑτέρου τινὸς παρ᾽ αὐτὸν συνημμένου μὲν αὐτῷ χατὰ τὴν ἀξίαν ἤγουν ὡς μόνην θείαν ἐνοίκησιν ἐσ ηχότος * ua οὐχὶ δὴ μᾶλλον ζωοποιόν; ὡς ἔφημεν, ὅτι γέγονεν ἰδία Λόγον, τοῦ τὰ πάντα ζωογονεῖν ἰσχύοντος " ἀνάθεμα ἔστω.

α., t. LAXVIL, col. 121 D. Saint Cyrille a expliqué cet anathématisme 81581 bien du corps eucharistique que du corps historique du Christ. C*‘est en l’appliquant à l'Eucharistie qu’il a écrit : Ἐπειδὴ δὲ Νεστόριος at οἱ τὰ αὐτοῦ φρονοῦντες παρα) ύουσιν ἀμαθῶς τοῦ μυστηρίου τὴν δύναμιν, ταύτητοι, χαὶ μᾶλα εἰχότως γέγονεν ὁ ἀναθεματισμός. Explicatio duodecim capitum, ad ΧΙ, ». α., t. LXXVI, vol, 312 B. On est étonné de voir Mgr Batiffol donner dans une note la référence x acte de ce passage (qu'il ne cite pas en δηΐου, ilest vrai), et écrire quelques lignes plus loin : « Dans ses Anathématismes 11 et 12, Cyrille condamne quiconque ue reconnait pas que « la chair du Seigneur est vivifiante, parce qu’elle est la propre chair du Verbe » et puisque le Verbe « est vie et vivifiant en tant que Dieu », Eu s'exprimant ainsi, il précise la discussion, il la restreint aussi et la dégage de son apptiicalion à l’Eucharistie, pour la fixer sur le seul terrain de da chrislologie ». Op. cit. p. 277. Le onzième Anathématisme est d’ailleurs commenté en fonction de l'Eucharistie à deux autres endroits, dans la Réponse aux Orientaux, p. G., t. LXXVI, col. 376 À, et dans la Réponse à Théodoret, ». G., Ibid., col. 448 D. Cf. l'excellent article du Ρ, Mahé : L’Eucharistie et Cyrille d’Atexandrie, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, t. VHI (1907), p. 677-606.

reproche d'enlever à l'Eulogie mystique son caractère vivifiant!. C'est toujours l'erreur christologique que poursuit

Tévèque d'Alexandrie, quand il attaque l'hérétique sur l'Eu-

charislie.

$ IT. — Négation de la transsubstantiation.

Jusqu'ici, nous n'avons relevé chez Nestorius aucune erreur proprement eucharistique. Sa conception de la présence réelle est un corollaire évident et nécessaire de sa christologie. Avant la découverte du Livre d'Héraclide, il était diffieile de savoir ce qu'avait pensé l'hérésiarque du mode de la présence réelle. Le Père Garnier cependant, se basant sur l'étroite parenté qui existe entre l'Incarnation et l'Eucharistie, et aussi sur certains indices historiques, en particulier sur la doctrine de l'Antiochien Théodoret, avait conclu avec beaucoup de perspicacité que Nestorius avait enseigné la théorie de la consubstantialion, ou plutôt l'impanation 3. Le Livre d'Héraclide est venu transformer cette conjecture en cerlitude. Nestorius a réellement nié la conversion substantielle du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, et il a admis entre les éléments et l'humanité (ou la personne humaine) du Sauveur une union analogue à celle des deux nalures-personnes dans l'Incarnation.

Il ἃ été amené, semble-t-il, à formuler cette doctrine par une objection des Monophysites eutychianistes, qui cherchaient une justification de leur théorie christologique dans la conversion eucharistique. D’après le Livre d'Héraclide, ces Monophysites s’exprimaient ainsi sur l’union des deux natures : |

« Dieu le Verbe n'est pas venu pour changer sa propre essence immuable et pour en faire l'essence de la chair, mais pour élever notre propre essence misérable et chan-

1. Adversus Nestorium, lib. V, cap. ν et νι. p.G., t. LXX VI, col. 197 sq.

ἃ. Dissertalio 1 de haeresi et libris Nestorii, ν. L., t. cit. col. 1165-1168. On connaît la nuance qui sépare la consubstantiation de l’impanation. Luther admet la consubstantiation, c’est-à-dire la simple coexistence du pain et du corps du Christ. Osiander est impanatisle et établit une sorte d’union hypostatique entre le paiu et le corps.

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