‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 161 sur 197 · A OR · texte numérisé non relu

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du pain par la nature οἱ par l'essence. Mais lorsqu'il s’agit de croire que le pain est son corps par la foi et non par la nature, il cherche à nous persuader de croire ce qui n’a pas lieu par essence ; de sorte que cela a lieu par la foi et non par essence. S'il s'agissait de l'essence, à quoi bon la foi ! Aussi, il ne dit pas : Croyez que le pain est du pain, parce que quiconque voil le pain sait que c'est du pain; il n’a pas besoin non plus de faire croire que le corps est un corps, car tout le monde voit et sait que c’est son corps. C'est donc ce qui n'est pas (par essence) qu’il nous demande de croire tel (par la Joi), de sorte que cela arrive par la foi à ceux qui croient !. » On avouera que ee commentaire n’est pas la limpidilé même. Cependant, si on le prend dans le contexte, on arrive à saisir ce que l'auteur a voulu dire. Il bataille toujours contre Cyrille, qu'il accuse de contradiction, parce qu'il admet une seule φύσις du Verbe incarné et en même temps l'union sans confusion de l'humanité et de la divinité. Cela paraît à Nestorius un défi au bon sens, « car il est impossible qu'une essence soit deux dans la même essence, lorsqu'une essence n’est pas changée en l’autre. » Logiquement Cyrille ne peut être qu'un monophysite. Quant à lui, Nestorius, il est résolument dyophysite. La foi dit sans doute que le Christ est Dieu, tout comme elle dit que le pain est son corps; mais cela n'oblige point à admetlre un changement, une conversion des essences : « Celui qui dit que les choses évidentes el connues quant à l'essence sont une certaine aulre chose quant à la foi, ne supprime pas les propriélés de la nature. » C’est pourquoi, en disant : Ceci est mon corps, le Christ n’a point voulu affirmer que le pain cessait d’être du pain, « car tout le monde voit que c’est du pain; » son intention a été simplement de nous faire croire que son corps était uni au pain. ssh - Nous trouvons donc en Nestorius un prédécesseur de £ Luther et d'Osiander. Il n’a pas été le seul. Peut-être même $ n'a-t-il pas été le premier. Un de ses contemporains, qui fut longtemps son ami et qui appartient à la même école d’An-

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tioche, Théodoret, ἃ aussi rejeté la doctrine de la transsubstantiation dans son Eranislès, dont une première édilion parut vers 447. Si cette dernière date est exacte, Nestorius a pu connaitre l'ouvrage de son ancien ami. Il ἃ pu aussi Fignorer, ou bien n'y pas trouver Iles passages relatifs à l'Eucharislie, pour la raison que l'Eranistès fut refondu quelques années plus lard, vraisemblablement après la mort de Nestorius et le concile de Chalcédoine !. Quoi qu'il en soit, une chose est certaine, c'est que la doctrine sur le mode de la présence réelle développée dans l'Eranistès est la même que celle que nous avons relevée dans le Livre d'Héraclide. Qu'on en juge par ce dialogue entre un monophysite et un orthodoxe :

« L'orthodoxe : Dans Finstilution des mystères, il a appelé le pain son corps et le vin son sang.

» Le monophysile : En effet. — Mais, naturellement, le corps ne peut être appelé que corps et le sang ne peut être appelé que sang. — J'en conviens. — Or Notre Sauveur ἃ

changé ces noms : il a donné à son corps le nom du symbole, au symbole le nom du corps ; de même, s'étant appelé luimême la vigne, il a appelé le symbole son sang. — Tu dis vrai ; eltje voudrais bien savoir la raison de ce changement de nom. — L'intention est évidente pour les iniliés aux mystères. Le Christ a voulu que ceux qui participent aux divins mystères ne s'attachent pas à la nature de ce qu'ils voient, mais par suite du changement des noms, croient à la transformation opérée par la grâce. Car lui qui a appelé son corps naturel froment et pain, et qui s'est nommé luimême la vigne, il a honoré les symboles visibles du nom de corps οἱ de sang, non pas qu'il ait changé la nalure, mais parce qu'il a ajoulé la grâce à la nature?. »

1, Voir SALTET, Les sources de ν᾽ Ἐρανιστὴς de Théodoret, dans la Πουιο d’histoire ecclésiastique, t. VI (1905), p. 290-294, 298. IL est sûr que Théodoret a ajouté au texte primitif de son ouvrage le dossier patrislique par lequel saint Léon compléta, dans la première moitié de 450, la lettre à Flavien. On ignore si ce Pare a été le seul.

« © γὰρ δὴ τὸ φύσει σῶμα σῖτον χαὶ ἄρτον προσαγορεύσας, χαὶ αὖ πάλιν ἑαυτὸν ἄμπελον ὀνομάσας, οὗτος τὰ ὁρώμενα σύμόολα τῇ τοῦ σώματος χαὶ αἵματος προσnyopla τετίμηχεν, οὐ τὴν φύσιν μεταδαλὼν, ἀλλὰ τὴν χάριν τῇ φύσει προστεθειχώς. Ρ. G., t. ΠᾺΧ ΧΙ, col. 56. J'emprunte la traduction de ce passage, comme aussi

du suivant, à J. Lesrerox, art, cil., p. 334. Cf. ΒΑΤΙΡΡΟΙ,, ΟΡ. cit., p. 278-284, où la doctrine de Théodoret est bien exposée.

Le passage qu’on vient de lire est tiré du premier livre de l’'Eranislès. Il contient une négation assez claire de la conversion eucharistique. Au livre second, cette négation est formulée d’une manière plus précise. C’est toujours un orthodoxe et un monophysite qui parlent. L’orthodoxe commence :

« Dis-moi, les symboles mystiques, qui sont offerts à Dieu par les prêtres, de quoi sont ils les symboles ? — Du corps et du sang du Seigneur. — Du corps réel, ou non réel? — Du corps réel. — Très bien ; car il faut qu’existe l’archétype de l’image. Les peintres, en eïfet, imitent la nature et dessinent l’image de ce qu'ils voient. — C’est vrai. — Si donc c'est du corps réel que les divins mystères sont le symbole, le corps du Seigneur est encore maintenant un corps, il n’a pas été changé en nature divine, mais rempli de gloire divine. — C'est bien à propos que tu as parlé des divins mystères; car par eux je te montrerai que le corps du Seioneur est converti en une autre nature. Réponds donc à mes questions. — Je répondrai. —

« Avant l’épiclèse sacerdotale, comment appelles-tu le don offert ? — Je ne dois pas le dire clairement, car il ya sans doute ici des non initiés. — Réponds donc énigmatiquement. — L'’aliment fait de tels grains. — Et l’autre symbole, comment l'appelons-nous? — Ce nom aussi est commun et signifie un breuvage. — Mais après la consécration, comment les appelles-tu ? — Corps du Christ et sang du Christ. — Et tu crois participer au corps et au sang du Christ ? — Je le crois. — De même donc que les symboles du corps et du sang du Seigneur sont une chose avant l’épiclèse sacerdotale, el après l'épiclèse sont transformés οἱ deviennent une autre chose, ainsi le corps du Seigneur après l’Ascension a élé transformé en la substance divine. —

» Tu es pris dans tes filets ; car après la consécration les symboles mystiques ne perdent pas leur nalure propre; ils demeurent dans leur substance première, dans leur apparence, dans leur forme, ils sont visibles el langibles comme ils l'élaient auparavant. Ce n'est que par la pensée qu'on alleint ce qu'ils sont devenus ; on les croit tels, on les adore, comme élant ce qu'on les croit. Compare donc son archétype à son image,

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et tu verras la ressemblance. Car il faut que la figure ressemble à la réalité. Et en effet ce corps a sa forme première, son apparence, sa figure, et, en un mot, sa nature de corps; mais après la résurrection, il est devenu immortel et supérieur à la corruption et il siège à la droite, et il est adoré par toute la création, comme étant appelé le corps du Seigneur de la nature. — Mais le symbole myslique perd son appellalion première ; car il n'est plus nomimé comine auparavant, mais il est appelé corps. Il faut donc que la réalité soit appelée Dieu et non pas corps. — Tu me sembles ignorer que (le symbole) est appelé non seulement corps, mais pain de vie !. »

C'est en répondant à une objection monophysite que Nestorius a été amené à nier la transsubslantiation; c’est en réfutant la mème objection que Théodoret ἃ versé lui aussi dans le dyophysisme eucharistique, et a faussé le sens des mots μεταξάλλεσθχ! et 1127250256, qui ne désignent plus une conversion substantielle, mais ladjonction du corps du Christ au pain. La comparaison entre l'Incarnation et l'Eucharistie, qui fournissait aux monophysites un argument spécieux, ne pouvait qu'être fatale aux théologiens dyophysites d'Antioche, et les conduire à sacrifier la doctrine traditionnelle de la conversion eucharistique, à une époque où cette doctrine n'avait pas encore élé élucidée par la spéculation théologique ?. Cela nous explique pourquoi les négations de Nestorius et de Théodoret n'attirèrent point l'attention des contemporains?. Ceux-ci élaient tout entiers occupés de la controverse christologique.

1. Οὐδὲ γὰρ μετὰ τὸν ἁγιχσμὸν τὰ μυστιχὰ σύμβῥολχ τῆς οἰχείας ἐξίσταται φύσεως “ μένει γὰρ ἐπὶ τῆς προτέρα: οὐσίας καὶ τοῦ σχήματος καὶ τοῦ εἴδους, καὶ ὁνατά Este καὶ ἅπτα, οἵα καὶ πρότερον ἣν, νοεῖται δὲ ἅπερ ἐγένετο καὶ πιστεύεται, χαὶ προσχυνεῖται, ὡς ἐχεῖνα ὄντα ἅπε; πιστεύεται, Π᾿χράθες τοίνυν τῷ ἀρχετύπῳ τὴν εἰκόνα, καὶ ὄψει τὴν ὁμοιότητα. Χρὴ γὰρ ἐοιχέναι τῇ ἀληθείχ τὸν τύπον, Καὶ γὰρ ἐχεῖνο τὸ σῶμα τὸ μὲν πρότερον εἶδος ἔχει, χαὶ σχῆμα, καὶ περιγραφὴν, καὶ ἁπαξαπλῶς εἰπεῖν, τὴν τοῦ σώματος οὐσίαν, ἀθάνατον δὲ μετὰ τὴν ἀνάστασιν YÉYOVE καὶ χρεῖττον φθορᾶς. Ρ. 6., ἔ. Lxxxunt, col. 165-169.

2. S. Grégoire de Nysse avait déjà esquissé nne théorie de 15 conversion, mais cet essai était resté isolé. Catechesis magna, 37. ». G. t. XLV, col. 93 sq.

3. L'Eranistès de Théodoret exerça une cerlaine influence sur quelques docteurs comme le pseudo-Chrysostome dans la Lettre à Césaire, le pape Gélase, Ephrem d’Antioche. Voir 7. LEBRETON, loc. cit. Dans le traité que Denys bar Salibi, auteur jacobite du xu* siècle, composa contre les Nestoriens, on lit le

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Il est permis, d’ailleurs, de supposer que si saint Cyrille avait pu lire le Livre d'Héraclide ou l'Eranistès 1, il aurait répondu autrement que Nestorius et Théodoret à l’objection monophysite et leur aurait reproché leur erreur sur la conversion eucharistique. Le docteur d'Alexandrie dit en effet dans un passage de son commentaire sur saint Luc « que nous recevons la chair et le sang du Verbe en eulogie vivifiante, comme dans du pain et du vin, ὡς ἐν ἄστῳ τε χαὶ οἴνῳ ?. » Π ne dit pas comme Nestorius « que le corps du Christest dans le pain ». mais bien : comme dans du pain. 11 y a là plus qu’une petite nuance d'expression ; il y a l'indice de la pensée catholique, que traduira plus tard très exactement le mot transsubstantiation, et qu'expriment déjà, quoique d'une manière un peu confuse, les mots de conversion, de transmutation, de transélémentation 3.

passage suivant : « Comment le Verbe a-til été chair sans changement ? Nous dirons : De mème que le feu tenait le buisson et ne le brülait pas, que les eaux du Nilétaient du sang pour les Egyptiens et de l’eau pure pour les Hébreux, et que la colonne éclairait les Hébreux οἱ aveuglait les Egyptiens. Et de même que nous ne savons pas comment ces choses se sont passées, de mêine nous ne savons pas non plus comment le Verbe a été chair. Cependant, de même qu’il est apparu en figures aux prophètes sans changement, de même il fut chair sans changement, Tel il était avant, tel il fut après. De mème que la salamandre s’unit au feu sans être changée par la combustion, que le pain devient corps sans que sa nature soit changée, que les eaux du bapléme deviennent spirituelles sans que leur app«rence soit changé:, que les hommes deviennent flls de Dieu, sans que leur nature soit modifiée, ainsi le Verbe fut chair sans que Dieu, qu’il élait, fût changé, » M. Nau, qui cite ce passage dans son Analyse du traité de Bar Salibi, Revue de l’Orient chrélien, t. XIV (1909), p. 310-311, n'indique pas clairement s’il appartient au jacobite ou à quelque auteur nestorien cité par celui-ci. En tout cas, on y voit sans peine la mème doctrine eucharistique que nous avons trouvée dans le Livre d’Héraclide. Euthérius de Tyane, un des amis de Nestorius, recourt aussi au mystère eucharistique pour expliquer l'union des deux natures, et il semble bien nier la transsubstantiation : Τοῦτον τὸν ἄρτον et μόνον ἐν μιὰ φύσει γνωρίζει» ψιλὸν ἄρτον χομίζη - εἰ δὲ χχὶ τὴν τοῦ Πνεύματος χάριν συνοῦσαν αὐτῷ πιστεύεις» σῶμα Χριστοῦ κατὰ τὸ ἀληθὲς ὑποδέχη. G. Ficxer, Eutherius von Tyana, Leipzig, 1998, p. 20. Cf. p. 21.

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