QUELQUES AUTRES AFFIRMATIONS DOCTRINALES DE NESTORIUS
Les écrits qui nous restent de Nestorius sont loin de nous livrer sa pensée sur toules les questions dogmatiques. Nous avons fait connaître dans les chapitres précédents ce qu'ils
| reuferment de plus saillant en fait de théologie. Nous | réunissons ici quelques autres affirmations intéressantes | glanées çà et là sur divers points de doctrine. Ces aflirma-
tions ont trait à Dieu, aux anges, à l'homme, à la mariologie el aux fins dernières.
ΣΤ. — Sur Dieu.
L’incompréhensibilité de Dieu.
L Nestorius affirme en passant, dans le Livre d'Héraclide, que | Dieu est par sa nature invisible et incompréhensible !, οἱ que, : si le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous a fait | connaître les secrets divins, il ne nous a pas montré cependant l’immensité et l'incompréhensibilité de l'essence divine.
C’est là une doctrine qui était familière aux Pères grecs du | iv° siècle et du commencement du v°, obligés de combattre ; l'hérésie anoméenne 3. On sait que saint Jean Chrysostome 4 insiste particulièrement sur ce point dans ses discours contre les Anoméens. En disant que Dieu est invisible, les Pères : n’entendent pas nier la possibilité pour les intelligences
PR δ. 6.
3. Eunomius, le théologien de la secte, prétendait que l'essence divine était pour nous parfaitement compréhensible, parce qu'elle consistait, d'après lui, dans l’attribut d'innascibililé, ἀγεννησία : Quiconque ἃ une idée claire de Pinnascibilité, connaît Dieu aussi parfaitement qu'il se connait lui-même,
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créées d'être élevées surnaturellement à la vision de l'essence divine. Ils veulent simplement dire qu'aucun être créé ne saurait connaître Dieu aussi parfaitement qu'il se connaît lui-même, c’est à-dire totalement. [nvisibilité est pour eux synonyme d'incompréhensibilité. Nul doute que Nestorius n'ait parlé dans ce sens.
Les théophanies de l’Ancien Testament.
Certains anciens hérétiques assimilaient les théophanies de l'Ancien Testament à l’Incarnation et prenaient au pied de la lettre les expressions scripturaires. D'après eux, quand Dieu apparaissait aux patriarches et aux autres saints, Q il marchait dans celui qui marchait, parlait dans celui qui parlait, mangeait dans celui qui mangeait ; car Dieu ne fait
rien pour tromper, mais il fait tout en vérité et en nature. H
est en effet le Créateur et il ne fait rien qui ne soit qu’apparence et fantôme. » Nestorius repousse celte interprétation grossière et explique tes théophanies par la médiation des anges :
« Dans les endroits où Dieu a pris la figure de l’homme ou du feu, ilest dit que Dieu est apparu et qu'on a vu Dieu. On lit dans un passage que Dieu a donné la loi (Nombres, xxx, 17, Exod. xxx1, 18), et dans un autre que « c’est par l'intermédiaire des anges que la loi a été donnée (Galat., 111, 19, Actes, vu, 3). Ce ne sont pas là des choses mensongères ni contradictoires les unes aux autres. Ce n’est pas que (l'Écriture) appelle les anges Dieu, ni non plus qu’un ange se dise Dieu; mais comme Dieu est apparu par l'intermédiaire des anges, on peut parler en vérité de l’une ou de l’autre façon : ou que Dieu est apparu par l'intermédiaire d'un ange dans le feu du buisson, ou que Dieu est apparu dans le buisson 3. »
1. Le Livre d’'Héraclide, p. 9. Voir plus haut, p.204 sq. 2. lbid., p. 49-50.