‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 165 sur 197 · LES MISSIONS DIVINES · texte numérisé non relu

LES MISSIONS DIVINES

ne sont pas sans prosôpon ; la nature n’est pas non plus sans prosôpon (le prosôpon naturel), ni le prosôpon (naturel) sans nature ; car chacune des essences se sert de la même manière du prosôpon de l’autre, à cause de l’union f. »

« Le mot « Dieu » indique la nature, et « Père, Fils et Saint- Esprit » indiquent les personnes (prosôpons). C'est pourquoi la divinité est une et les personnes sont trois, à savoir Dieu le Père, Dieu le Fils el Dieu le Saint-Esprit ?. Les personnes ne sont pas sans essence. De la même manière, il y a dans le Christ deux natures — l’une de Dieu le Verbe et l’autre de l'humanité — et un prosôpon du Fils dont l'humanité se sert aussi, et un (prosépon) de l'homme dont la divinité se sert aussi. Ils ne (se servent pas l’un de l’autre) de la nature, mais du prosôpon naturel des natures ; car, même dans l'union, les natures demeurent sans confusion. Les natures ne sont pas sans prosôpons, ni non plus les prosôpons sans essences Ÿ. »

Sinous ne savions déjà que, d’après Nestorius, il y a deux personnes en Jésus-Christ, cette comparaison entre Ia Trinité et l'Incarnation suflirait à nous l’apprendre. Nestorius n’a pas aperçu que dans le mystère de l’union des deux natures il y a un fait nouveau qu'on ne trouve point dans la Trinité, à savoir l'existence d’une nalure concrète, individuelle, intégrale, privée de personnalité propre.

Les missions divines.

Le système nestorien était de nature à fausser gravement la notion de la mission divine. L'idée de mission impliquant une certaine infériorité ou dépendance de la personne envoyée vis-à-vis de celle qui l'envoie, Nestorius devait être amené

1. Le Livre d’'Héraclide, p. 219. M. Nau traduit : « Car l’autre essence se sert de la même manière du prosépon d’une essence et non d’une autre, à cause de Punion ». Pour trouver un sens à ce passage, nous croyons qu’il faut lire : et non d’une autre manière, au lieu de : et non d’un autre prosôpon.

2. Voilà qui indique bien que la nature divine se montre à la pensée de Nestorius comme inséparable de la personne divine. C’est là d’ailleurs la visée grecque, comme l’a établi le P. de Régnon dans ses Etudes sur la Trinité,

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tout naturellement à expliquer de la personne humaine du Christ, à l’exclusion de la personne du Verbe, les textes scripturaires où il est dit que le Fils de Dieu est envoyé par son Père. Un passage du Sermon sur l'Incarnation conservé par Marius Mercator montre que le condamné d’Éphèse a versé dans cette exégèse :

« Paulus demonstrans peccati per dominicum corpus condemnationem ; Deus, inquit, Filium suum millens in simililudinem carnis peccali (Rom. vin, 3)... Deus Filium suum misit, nomen commune naturarum, hominis scilicet et Dei; non dixit « Deus Deum Verbum millens », ut accepta hac voce haereticus insiliat et dicat: « Vides quemadmodum alius mittit, alius autem mittitur ». Filius, o Ariane, millitur secundum humanitalis naturam, non aulem müillitur secundum essentiam deitalis ; non enim est ullus locus a Dei potentia separatus…

» Missionem a Patre nusquam divina Scriptura divino Verbo consignat, sed Filio, qui est Deus Verbum et homo. Sic et alibi : Misit Deus Filium suum (factum ex muliere) (Galat. 1v, 4); non dixit : Misit Deus Deum Verbum » : ambo enim, si ita diceret, invenirentur locales et in parte : si divinitatis erat natura, quae mittebatur, et qui mittebat localis et in parte; quia enim et qui mittitur, illuc mittitur, ubi non est, misit Deus Filium suum : quoniam inconveniens erat deitatis naturam inter missos videri!. »

Nestorius, on le voit, ne se préoccupe point d’épurer l’idée de mission et de la dégager de tout authropomorphisme afin de pouvoir l'appliquer à Dieu. Il nie purement et simplement que les personnes divines puissent être envoyées. Ce n’est pas là une conséquence négligeable de son système christologique. Il serait facile de montrer tout ce qu'une telle conception présente de dangereux pour la théologie de la Trinité. Appliquée en rigueur aux textes scripturaires qui parlent de l’envoi du Saint-Esprit par le Fils ou le Père, elle aboutirait à affirmer que ce n’est pas la personne du Saint-Esprit qui est envoyée, mais seulement ses dons. Les disciples de Photius adopteront plus tard cette

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