‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 181 sur 197 · CES · texte numérisé non relu

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destinée à sauvegarder les apparences de l’orthodoxiet.

Le mérite d’avoir imaginé cette ingénieuse fiction ne revient pas d’ailleurs à Nestorius lui-même. Derrière lui se cachent Diodore et Théodore. Ce manque d'originalité excuse dans une certaine mesure la conduite du condamné d’Éphèse et explique la sincérité comme aussi la ténacité de ses convictions. Il savait n'être pas l’auteur de la théorie qui provoquait les attaques de saint Cyrille et les foudres du pape Célestin. Diodore et Théodore jouissaient dans l’école d’Antioche d'un grand renom de science et de vertu, qu'aucune condamnation n’était venue flétrir. Fermant les yeux sur la conduite du pape, qu'il croyait, dans sa présomption, peu capable de saisir les subtilités orientales, Nestorius, nous l'avons déjà dit, n’aperçut dans l’évèque d’Alexandrie qu’un nouveau Théophile s’attachant à la perte d’un nouveau Chrysostome. Il ne vit point, il ne pouvait voir en lui le champion de l’orthodoxie s’attaquant avec toute la véhémence de son génie à une doctrine qui circulait paisiblement depuis plus d’un demi-siècle dans une partie de l'Orient et dont il était grand temps d'arrêter la diffusion, parce qu’elle n’allait à rien moins qu'à saper par la base le mystère central du christianisme. La résistance opiniâtre de certains Orientaux au concile d'Éphèse, les sympathies durables que conserva parmi eux Nestorius, prouvent combien sérieux était le péril que courait la vraie foi. Les froissements d'amour propre, l’antagonisme des grands sièges orientaux ne suffisent point à expliquer les longues dissensions qui suivirent le concile. Sans en avoir conscience, beaucoup d’Antiochiens, qui avaient subi — quoique dans un degré moindre que Nestorius — l'influence des maîtres Diodore et Théodore, étaient sur une pente glissante qui menait droit à l’hérésie.

La théorie nestorienne, plus ancienne que Nestorius, ne devait point disparaître avec lui. Un groupe important de chrétiens orientaux lui resta fidèle, au grand détriment de l'unité de l’Église et de son extension dans les contrées de

1, Il est entendu que la συνάφεια nestorienne est une amitié d’un genre à part, une amitié transcendante poussée au maximum d'intimité.

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l'Asie. À la fin du νι siècle, elle ressuscita en Occident sous 16 nom d'adoptianisme. De nos jours encore, certains rationalistes et des modernistes de renom, en quête d’un Christ qui ne soit ni un pur homme ni véritablement Dieu, ne sont au fond que des nestoriens et des adoptianistes d'un genre spécial. La persistance de cette vieille hérésie ne doit point nous surprendre. Elle est l'explication la plus séduisante qu'ait trouvée la raison humaine pour abaisser le dogme à son niveau en faisant évanouir le mystère.

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