NESTORIUS ET LE SYMBOLE D'UNION DE
quelques-uns de ses partisans décidés rejeter jusqu'à la fin cette formule de concorde. C'est qu’en réalité celle-ci n’est pas aussi anodine qu'on pourrait se le figurer au premier abord. Malgré son antiochénisme prononcé, elle accentue trop fortement l'unité de sujet individuel dans le Christ pour ne pas choquer la pensée nestorienne. Sans doute Nestorius eût pu la signer, mais ce n’eût pas été sans des réticences voisines de l'hypocrisie.
Ce qui devait déplaire au condamné d'Éphèse dans ce symbole, ce n'était pas seulement l'emploi du terme de ἕνωσις au lieu de συνάφεια, ni l'appellation de θεοτόχος donnée à la Vierge Marie et expliquée d’une manière peu capable de le satisfaire ; c'était principalement ce passage :
« Nous confessons Notre-Seigneur Jésus-Christ, le fils unique de Dieu, Dieu parfait et homme parfait. engendré avant les siècles, par son Père selon la divinité, et dans les derniers jours, le même, τὸν αὐτόν, à cause de nous et pour notre salut, engendré de la Vierge Marie selon l'humanité. »
« Le Fils unique de Dieu, le même qui a été engendré du Père avant tous les siècles, engendré dela Vierge Marie », voilà un langage que les oreilles de Nestorius pouvaient difficilement supporter. Qu'on se remémore le septième de ses contre-anathèmes :
« Si quis hominem qui de Virgine et in Virgine creatus est, hunc esse direrit Unigenitum qui ex utero Patris ante luciferum natus est, et non magis propter unitionem ad eum qui est naturaliter Unigenitus Patris, Unigeniti appellatione confiteatur eum participem factum, Jesum quoque alterum quempiam praeter Emmanuel dicat, anathema sit 1, »
Dans sa lettre à Euloge de Constantinople, saint Cyrille montre bien comment le symbole d'union, malgré des expressions obscures?, contredit la doctrine nestorienne :
« Ceux qui confessent que le Verbe Fils unique, engendré de Dieu le Pere, est le même qui a été engendré d'une femme selon la chair, et reconnaissent que la Sainte Vierge est théotocos, que la personne (du Fils), τὸ πρόσωπον, est unique, et qu'il n’y a pas deux Fils ou deux Christs, mais un seul, comment ceux-là seraient-ils de l’avis de Nestorius ? Sans doute Nestorius dans ses homélies fait semblant de dire qu'il n’y a qu’un Fils et qu’un Seigneur, mais il reporte la filiation et la domination sur le seul Verbe de Dieu. Lorsqu'il arrive à l’Incarnation, il considère à part l’homme né de la femme comme un autre Seigneur uni (au Verbe) par la dignité d’un honneur égal, ὡς ἕτερον Κύριον συναφθέντα τῇ ἀξίχ τῆς ἰσοτιμίας. En effet, dire que Dieu le Verbe est appelé Christ, à cause de son adhésion au Christ, ὅτι ἔχει τὴν συνάφειαν
1, Loors, p. 214-215.
ἃ. εἰ καὶ περὶ τὴν λέξιν ὀλίγον ἐσχοτίσθησαν. Saint Cyrille s’est bien rendu compte de l’'amphibologie que pouvaient présenter certaines expressions pour ceux qui étaient au courant de la controverse.
τὴν πρὸς Χριστόν, n'est-ce pas affirmer clairement l'existence de deux Christs, puisque vraiment un Christ adhère à un autre Christ comme un autre à un autre, ὡς ἄλλος πρὸς ἄλλον ? Les Orientaux n’avancent rren de tel ; ils ne font que diviser les paroles τὰς φωνάς ; et ils les divisent ainsi : d’après eux, les unes conviennent à la divinité, les autres à l’humanité et d’autres à l’une et à l’autre à la fois, parce qu’elles expriment en même temps l’humain et le divin ; mais toutes sont dites d’un seul et même sujet, περὶ ἑνὸς χαὶ τοῦ αὐτοῦ. Nestorius, au contraire, attribue séparément, ἰδικῶς, les unes à Dieu le Verbe, les autres au fils de la femme comme à un fils distinct. Mais autre chose est reconnaître la différence des paroles (attributs, propriétés), autre chose est les partager à deux personnes, comme à un autre et à un autre 3.»
Nous croyons que saint Cyrille a raison et que ceux-là se trompent qui prêtent à Nestorius une doctrine absolument identique à celle des Orientaux signataires du symbole d'union.
1, Cyrilli epist. XLIV ad Eulog. Const., P. G., t. LXXVII, col. 225 sq. Voir aussi Episl. ad Acac. Meliten., ibid., col. 189 sq.