LES DÉBUTS DE LA CONTROVERSE SUR LE « THÉOTOCOS
Nestorius avait emmené à Constantinople un de ses amis d’Antioche, le prêtre Anastase, dont il fit son conseiller intime. Un jour, c'était vers la fin de 428, ce personnage, prêchant dans l’église en présence de l’évêque, s’écria: « Que personne n’appelle Marie Mère de Dieu, θεοτόχος, car Marie appartenait à la race humaine; or il est impossible que d’une créature humaine puisse naître un Dieu !. » Ces paroles causèrent un grand émoi dans l'assistance, tant parmi les clercs que parmi les laïques; des protestations énergiques, se firent entendre. On croyait que Nestorius allait désapprouver le prédicateur. Mais iln'en fut rien ; tout au contraire, il prit lui-même la défense d’Anastase et confirma ce qu'il venait de dire.
Que Marie ne fût pas à proprement parler Mère de Dieu, Théodore de Mopsueste l'avait dit à plusieurs reprises dans ses ouvrages: « C’est une folie, avait-il écrit, de dire que Dieu est né de la Vierge ?» ; et encore : «Celui qui est né de la Vierge est celui qui est de la substance de la Vierge, mais Dieu le Verbe n'est pas né de Marie 3. » Le docteur antiochien avait concédé cependant que la Vierge pouvait être appelée Théolocos en un certain sens:
« Sil’on me demande : Marie est-elle mère de l’homme ou mère de Dieu, anthropolocos ou théotocos ?, je répondrai que j'admets les deux termes. La Vierge est anthropolocos par la nature même de son enfantement; elle est {héolocos en vertu d'une relation. Elle est anthropolocos par nature, puisque celui qui était dans son sein et en sortit était un homme ; elle est théolocos, puisque Dieu était dans l'homme enfanté, sans être circonscrit par lui ὅν.
C’est en réfutant le monophysisme apollinariste que les docteurs d’Antioche avaient été amenés à contester à la Vierge Marie le titre de θεοτόχος. Profondément pénétré de
1. Θεοτόχον τὴν Μαρίαν καλείτω μηδεὶς. Μαρία γὰρ ἄνθρωπος nv * ὑπὸ ἀνθρώπου δὲ Θεὸν τεχθῆναι ἀδύνατον. SOCRATE, VIL, 32, col. 802.
2. Est dementia Deum ex Virgine natum esse dicere Fragmenta. dogmatica. Ρ. G. t. LXVI, col. 993 C.
3. Natus est ex Virgine qui ex substantia Virginis constat, non Deus Verbum ex Maria natus est. Jbid., col. 994 B.
4. Ὅταν τοίνυν ἐρωτῶσιν " ἀνθρωποτόχος ἢ θεοτόχος n Μαρία; λεγέσθω παρ᾿ ἡμῶν ἀμφότερα " τὸ μέν γὰρ τῇ φύσει τοῦ πράγματος, τὸ δὲ τῇ ἀναφορᾷ. Ibid., col. 991 BC.
90 NESTORIUS ET LA CONTROAERSE NESTORJENNE
leur doctrine, Nestorius résolut de la faire prévaloir à Constantinople et d'instruire un peuple « fort dévot, à la vérité, mais peu éclairé, à qui ses docteurs antérieurs n'avaient pas pris le temps, à l'en croire, de donner une connaissance exacte des dogmes chrétiens!. » Déjà, à Antioche, il avait eu l'occasion de combattre les Apollinaristes et de rejeter le θεοτόχος sans avoir soulevé de protestation :
«Pourquoi m'appelles-tu «inventeur de nouveautés », écrit-il dans le Livre d'Héraclide, en s'adressant à Cyrille, moi qui n’ai jamais lancé une telle question, mais qui l'ai trouvée à Antioche ἢ Dans cette ville j'ai enseigné et parlé sur ces matières et personne ne m'a blämé; je pensais que ce dogme était déjà rejeté?.»
Le scandale provoqué à Constantinople par le discours du prêtre Anastase et l'attitude de Nestorius ne fut pas petit. Bientôt la ville fut divisée en deux camps. Les uns, dociles à l'enseignement traditionnel qu'ils avaient reçu, soutenaient énergiquement que Marie était Mère de Dieu et traitaient de photinien quiconque n'était pas de leur avis. Les autres, convaincus par les raisons spécieuses d’Anastase, se prononçaient contre le θεοτόχος et accusaient leurs adversaires de manichéisme. Les deux partis allèrent trouver Nestorius dans son palais épiscopal pour lui demander la solution de leur querelle :
«Lorsque je les interrogeai, dit-il, les premiers ne niaient pas l'humanité ni les seconds la divinité ; ils confessaient ces deux points de la même manière, et n'étaient divisés que par les mots. Les partisans d’Apollinaire acceptaient « Mère de Dieu », et ceux de Photin, « Mère de l’homme », mais lorsque j'ai su qu'ils ne se disputaient pas selon le sens des hérétiques.….. je les ai ramenés de cette controverse en disant : « On peut accepter ce qui est dit par les uns et par
1. HA προσέχω τοῖς ἡμετέροις δήμοις εὐλάδειαν μὲν πολλὴν χεχτημένοις καὶ θερμοτάτην εὐσέόδειαν, ἀπὸ δὲ τῆς περὶ τὸ δόγμα θεογνωσίας ἀγνοία ὀλισθαίνουσι. Τοῦτο δὲ οὐχ ἔγχλημα τῶν λαῶν, ἀλλὰ — πῶς ἂν εὐπρεπῶς εἴποιμι; --- τὸ μὴ ἔχειν τοὺς διδασχάλους χαιρὸν χαί τι τῶν ἀχριδεστέρων ὑμῖν παραθέσθαι δογμάτων. Loors, p. 283. On voit l’euphémisme auquel recourt Nestorius pour accuser ses prédécesseurs.
2, Le Livre d’Héraclide, p. 91.